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Un truculent roman de Ramón Chao

23 noviembre, 2010

« L’odyssée du Winnipeg », 260 pages, Buchet Chastel.

Présentation du livre par l’éditeur.

C’est à la fin de l’été 1939 que deux mille cinq cents hommes, femmes, enfants et vieillards, pour la plupart communistes, tristes vaincus de la nouvelle Espagne franquiste et proscrits de l’histoire, embarquent à Bordeaux sur un improbable bateau. Il a pour nom Winnipeg. Pour armateur, Pablo Neruda. Pour destination, Valparaíso. A bord, Luis Contán, alias Kilowatt, électricien – comme son père avant lui – dans un petit village de Galice, a vu sa vie bouleversée par la guerre d’Espagne en 1937. De témoin, il en est devenu acteur. Bien malgré lui d’ailleurs, quand, par erreur, au cours d’une existence débridée, faite de tromperies et d’enchevêtrements amoureux, il est pris pour Foucellas, le redoutable guérillero galicien, anarchiste et antifranquiste. Une méprise qui l’a conduit à endosser bien d’autres vies.

Mais c’est en dérobant son portefeuille à un brigadiste mort qu’il trouve la clef de son destin : une carte d’adhérent au PC, le sésame grâce auquel il gravira la passerelle du Winnipeg en quête d’une raison d’espérer et d’une vie nouvelle au Chili…

Biographie de l’auteur :

Père de deux fils, Antoine et Manu Chao, et de plus d’une quinzaine de livres, Ramón Chao est galicien, écrivain et journaliste. Avec L’Odyssée du Winnipeg, il signe un très grand roman picaresque, haletant et sensuel, inspiré par une page émouvante et rocambolesque de la guerre d’Espagne.

Le livre vu par un lecteur :

Ce livre est captivant d’emblée, grâce à son personnage naïf et roublard à la fois, une sorte de Pierrot lunaire hyperactif, avide de vivre, mais qui va se mêler pourtant à tous les combats où l’on meurt, sans toujours bien comprendre, avec un grand détachement et une distraction comique. Un jour, il monte à l’assaut avec les franquistes en se croyant avec les Républicains, une nuit il abat une ombre qui ne répondait pas aux sommations et dont le cadavre est celui d’une mule. Ce personnage, Kilowatt, est en fait un petit escroc sans malice et amoral. Il traverse mille mésaventures burlesques sans se plaindre.

Nous, on sait qu’il ne va pas mourir. On s’amuse de sa dent dure contre tout ce qui bouge autour de lui et qui se dispute : les communistes, les trotskistes, les anarchistes, les franquistes, les curés…

Pour avoir la chance de bien connaître l’auteur et d’avoir participé à des débats et des soirées post-débats avec lui, je me demande s’il n’y a pas un peu beaucoup de Ramon Chao, dans son livre et dans ce Kilowatt. Ola Ramon ! si Kilowatt n’est pas issu de ton imagination, je suis partant pour un repas ensemble, lui, toi, moi. Je crois qu’on est cousins.

En tout cas, ce qui ajoute à ce livre, qui pourrait être un pantalonnade bien menée par un auteur intelligent et bourré d’humour, c’est que Ramón Chao a inséré des bouts d’Histoire du monde entre les chapitres et qu’il nous fait entrer dans les coulisses de la politique, notamment en nous décrivant dans le détail des rencontres truculentes avec Staline, dont on imagine qu’elle ne se sont pas passées tout à fait comme ça, mais dont les résultats historiques sont établis.

De même, l’odyssée du Winnipeg s’est réellement produite. Le bateau battait pavillon de France Navigation, une compagnie de navigation montée par le Parti communiste français et par l’Internationale communiste en avril 1937, compagnie qui ravitailla l’Espagne républicaine en armes soviétiques durant la guerre civile. Plus de 30 bateaux de la compagnie, déjouant les sous-marins allemands ont convoyé des centaines d’avions et de tanks en caisses, plus des milliers de tonnes d’armements, de Mourmansk, en mer Blanche, jusqu’à Bordeaux.

La défaite survenue, se retrouvèrent sur le Winnipeg 2 500 hommes, femmes, enfants, affaiblis, démoralisés, vaincus, dont la France ne voulait pas et qui sortaient des camps de concentration : Argelès, le Vernet, Gurs, Barcarès, Saint-Cyprien. Un échantillon d’un peuple trahi, puis abandonné.

Le voyage avait donc été organisé par Pablo Neruda. Le poète a écrit un jour qu’on pouvait ne pas aimer sa poésie, mais que l’organisation de ce voyage était ce qu’il avait fait de mieux dans son existence et que nul ne pourrait lui contester cela.

Ce sont des destins exceptionnels que nous conte Ramon Chao, destins d’une époque tragique de sang, de pleurs, de merde et de tripes étalées, d’injustice, d’héroïsme en lutte contre les lâchetés. Et l’exploit de l’auteur, est de nous conter tout cela sans que jamais nos zygomatiques retrouvent leur pleine position de repos.

L’odyssée du Winnipeg de Ramon Chao chez Buchet Chastel.

En ces temps où l’on commémore la « retirada », il faut lire et faire lire ce livre. Oublions d’offrir pour Noël le prix Goncourt que votre entourage a déjà lu (et peut-être déjà oublié). Offrez ce livre ! Personne ne vous le reprochera et vous aurez fait la preuve par ce choix que vous pouvez être aussi malin que Kilowatt.

Maxime Vivas

Reseña publicada en Le Grand Soir

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