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Antonio Saura, poète prémonitoire

22 marzo, 2011

Antonio Saura, Nulla dies sine linea, Patrick Cramer éditeur, Genève, 600 pages, 80 francs suisses.

L’idée surgit au cours de l’été 1992, lors d’une conversation entre amis: faire un dessin par jour à partir d’une coupure de presse, d’une image publiée au cours de ce mois d’août. Appliquer le postulat du peintre grec Apelle tel que nous le rapporte Pline l’Ancien, suggère Antonio Pérez: Nulla dies sine linea.

Et ce sera le titre d’un premier livre. Saura développe l’embryon de Nulla dies sur toute l’année 1994. Il atteint alors soixante-quatre ans. Plus peintre que jamais, il figure parmi les artistes du siècle. Il sent néanmoins que ce travail est “le début de quelque chose”. “Pendant toute une année, je vais être occupé par cette idée extrême qui conditionne ma vie, car si dessiner peut être un plaisir, chercher le prétexte d’où surgira le dessin constitue un souci quotidien et une entrave. »

La spirale de la vie le ramène à croquer avec des taches cruelles l’agressivité quotidienne. Malade et à nouveau prostré dans son lit de Cuenca, il redevient le “peintre des présages qui sait lire dans le marc de l’air”, selon la prophétie d’André Breton. Avec des lignes en zigzag comme celles du vol des mouches; avec des traits justes comme la trajectoire des comètes, il scrute la banalité des images et, sans aucun préjugé esthétique, élève leur monstruosité à ses significations extrêmes.

Il s’agit, en résumé, d’un combat contre les clichés qui nous asservissent: tout ce qui s’offre à nos regards peut être métamorphosé par la violence du geste, suffisamment contrôlé pour atteindre à la création. Autrement dit, pour qu’il y ait plus, beaucoup plus dans le résultat, que la somme d’informations sur laquelle il est fondé, il faut aller jusqu’à la profanation de l’intouchable.

Ce nouveau Nulla dies sine linea, travail d’introspection, nostalgie de toute une enfance, d’un jour ou de quelques heures, sera la dernière grande œuvre de Saura, car en 1998, toujours à Cuenca, la maudite leucémie galopante le terrasse: “Une déflagration qui adopte la forme d’un beau livre, complet et nécessaire, une explosion de grisou de l’intelligence”, avait dit Claude Roy, lui aussi poète prémonitoire.

Ramón Chao

Le Monde Diplomatique. Mars 2000, page 31.

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