Skip to content

Un autre Chiapas: Enfants de Zapata

22 marzo, 2011

Guerre au paradis. Carlos Montemayor, traduit de l’espagnol (Mexique) par Anny Amberni, Gallimard, Paris, 1999, 443 pages, 160 F.

“A l’aube, la camionnette vert olive sortit du champ militaire, escortée par deux véhicules, et prit l’anneau du périphérique, obscurci de brouillard à pareille heure. Elle roulait à grande vitesse sur l’autoroute déserte en direction du sud”.

Les militaires se dirigent vers la station balnéaire d’Acapulco. Touristes, milliardaires et trafiquants de drogue. A quelques kilomètres, la Sierra Madre del Sur, habitée par métis et Indiens.

Nous sommes dans l’Etat de Guerrero, qui est, avec ceux de Chiapas et d’Oaxaca, l’un des plus pauvres du Mexique. Le pouvoir y appartient, depuis la révolution de 1910, à des caciques. C’est ici qu’Emiliano Zapata se souleva et fut criblé de balles en 1919. En 1963, Genaro Vasquez, un maître d’école, abandonne la lutte pacifique. Comme Zapata, il s’identifie à son milieu et prend les armes à la tête de l’Association nationale civique révolutionnaire (ANCR). Genaro Vasquez mourra en 1972 dans un accident de voiture, selon la version officielle.

Carlos Montemayor, poète et romancier mexicain, nous raconte la suite: à la fin des années 60, un autre instituteur, Lucio Cabañas, incarne à nouveau la résistance, fonde le Parti des pauvres (PDLP) et entre dans la clandestinité. Le PDLP prône “un nouvel ordre politique et économique par l’expropriation des usines et des grandes propriétés”. Les actions des insurgés se multiplient et culminent, le 20 mai 1974, avec l’enlèvement de Rubén Figueroa père, candidat du parti officiel, le Parti révolutionnaire institutionnel, au poste de gouverneur de l’Etat.

CARLOS MONTEMAYOR a écrit ce roman en 1991, trois ans avant l’insurrection zapatiste du sous-commandant Marcos. “C’est-à-dire que l’Histoire se répète et tend périlleusement des pièges à la vie des armées”, avoue, dans le livre, le général Hernandez. Chargé d’étouffer la rébellion, il constate que les guérillas réapparaissent de façon cyclique dans les Etats du sud du Mexique (1). “L’essentiel dans cette affaire, explique un autre général, Escarcega, à ses collègues, c’est le soutien organisé des populations de la sierra. Il ne s’agit pas d’une poignée d’insurgés armés qui se déplacent d’un endroit à l’autre, indépendants et isolés, comme les autres terroristes, non; les gens les aident, les soutiennent et les cachent.” Avec l’assassinat de Lucio Cabañas, en décembre 1974, criblé de balles comme Zapata, une nouvelle étape de la guérilla rurale se terminait. Elle laissait un solde de plusieurs centaines de morts et plus de trois cents disparus dans le seul Etat de Guerrero.

Vingt ans plus tard, la lutte reprendra au Chiapas (et dans le Guerrero). Pour l’armée, toujours la même réponse, hier et aujourd’hui. Les paramilitaires organisent des massacres collectifs, l’armée occupe les villages et les hameaux, dresse la liste des habitants, et tout homme absent est décrété zapatiste. “Notre action ne saura se réduire à une contre-guérilla ni à un ratissage de la région, mais doit être un contrôle de toute la zone. (…) Il faut affronter le peuple, faire le siège du village et agir comme si toute la population était complice de Lucio Cabañas”, concluait déjà à l’époque le général Escarcega.

(1) Cf. Françoise Escarpit, “Une multitude de guérillas”, Le Monde diplomatique, janvier 1997.

Ramon Chao

Le Monde Diplomatique. Janvier 2000, page 30

No comments yet

Responder

Introduce tus datos o haz clic en un icono para iniciar sesión:

Logo de WordPress.com

Estás comentando usando tu cuenta de WordPress.com. Cerrar sesión / Cambiar )

Imagen de Twitter

Estás comentando usando tu cuenta de Twitter. Cerrar sesión / Cambiar )

Foto de Facebook

Estás comentando usando tu cuenta de Facebook. Cerrar sesión / Cambiar )

Google+ photo

Estás comentando usando tu cuenta de Google+. Cerrar sesión / Cambiar )

Conectando a %s

A %d blogueros les gusta esto: