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Galice, le renouveau. Le pays du bout du monde

24 marzo, 2011
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Dibujo de Wozniak

La Galice est l’une des quatre “nations historiques” (avec la Castille, la Catalogne et le Pays basque) qui constituent l’Espagne. Longtemps, ses libertés, sa langue et sa culture furent ignorées, voire réprimées, mais depuis le rétablissement de la démocratie, en 1978, cette région s’est vu reconnaître ses droits ancestraux. Elle dispose désormais, comme les dix-sept autres communautés autonomes d’Espagne, de son propre Parlement, élu au suffrage universel, et de son gouvernement (la “Xunta”).Cette autonomie retrouvée a fortement stimulé la Galice, qui connaît depuis plusieurs années un formidable renouveau aussi bien économique, avec un essor industriel considérable, que culturel. A cet égard, et sans s’attarder sur la spectaculaire renaissance du Chemin de Saint-Jacques, on peut même parier de véritable foisonnement dans tous les domaines, de la musique à le littérature, en passant par la peinture, la photo et la mode.

LA Galice, c’est le bout du monde, le dernier quartier nord-ouest de l’Espagne. Un pays sur la frange océane, vert, humide. Des landes à l’intérieur des terres, qui rappellent bien davantage la Bretagne ou les Cornouailles que toutes les autres côtes espagnoles. Battus par l’Atlantique, à la longitude de l’Irlande, ses 29 434 km² sont entourés, au nord et à l’ouest, par l’océan Atlantique, au sud par le Portugal et à l’est par la province castillane de León. Le pays repose sur un socle granitique et montagneux. La main d’un dieu a dessiné les célèbres rias, ces fjords qui s’étendent en tout sur 1 289 km.

Pays de population celte, il a été occupé par les Romains, par les Suèves et par les Wisigoths, mais la culture arabe ne parvint pas jusque-là. Pendant les siècles du Moyen Age, Compostelle fut un des hauts lieux de la chrétienté et l’aboutissement du très légendaire pèlerinage.

Dans l’Antiquité, les hommes d’Orient voulaient atteindre les “bornes de l’Occident”, où le soleil disparaissait la nuit. La limite se trouvait dans la prestigieuse Gadès (Cadix), aux bouches du fleuve Bétis (actuel Guadalquivir). Plus tard, avec le développement de la navigation, le cap Finisterre, en Galice, allait devenir l’extrémité du monde connu. On peut donc affirmer, sans crainte d’être démenti, que, des siècles durant, la Voie lactée servit de guide aux pèlerins de l’inconnu qui accouraient des quatre points cardinaux, toujours vers l’ouest, jusqu’à une terre dont le nom peut soit venir du grec kakhos (beau), soit avoir des racines celtes qui évoquent les “excellentes montagnes” aussi bien que le “parage aux loups”. Ce en quoi la Galice se démarque, une fois de plus, du reste de la péninsule Ibérique, que les Phéniciens appelèrent Hispania (littéralement “terre aux lapins”).

Avec 2 800 000 habitants et quatre provinces – La Corogne, Lugo, Orense et Pontevedra-, la Galice est avant tout rurale et maritime, mais une évidente industrialisation est en cours.

Terre morcelée

Selon le statut d’autonomie, les pouvoirs de cette communauté autonome s’exercent à travers le Parlement, formé de soixante-quinze membres élus au suffrage universel direct, et de la xunta, c’est-à-dire le gouvernement. A noter que le galicien et le castillan sont langues officielles et que la Galice a son hymne et son drapeau, blanc, avec une bande diagonale couleur bleu ciel.

La première chose qui surprend, en entrant en Galice, est son orographie intimiste. Le vieux massif s’est fracturé à l’époque des cataclysmes. La terre en est sortie morcelée, avec de grandes différences d’altitude. Cette morphologie particulière imposa la dissémination de l’habitat en petits groupes, conditionnant l’histoire politique et économique du pays. Un des problèmes de la Galice est ce minifundio, l’atomisation des exploitations agricoles. Chaque paysan cultive son lopin, qui lui permet de subsister, mais il l’abandonne sans regret lorsque l’occasion se présente : en Galice, 70 % environ des propriétés ont moins de 1 hectare. C’est ce qui explique le morcellement des champs. Malgré quelques décennies d’industrialisation, la Galice reste foncièrement rurale et garde ses traditions. Des siècles d’exploitation et de servage ont créé chez ses habitants une double morale, faite de soumission et de méfiance, qui leur a permis de s’accommoder des pleins pouvoirs castillans.

Dans ce monde incertain, l’état de vie et de mort est tout aussi flou. Les relations entre les âmes de l’un et de l’autre monde sont familières et quotidiennes. La Santa Compaña, ce cortège nocturne de villageois déjà morts ou qui vont mourir dans l’année s’étire le long des chemins, un cierge à la main, n’importe quel jour de la semaine, sauf le dimanche. Le docteur Novoa Santos a étudié l’attirance qu’exerce la mort sur les Galiciens: “Cette volonté instinctive de mourir ne se manifeste que chez les gens ayant un subtil instinct poétique.” Ce qui, ailleurs, n’est que le mal du pays, commence en Galice par la morrina (petite mort), pour ensuite devenir saudade (solitude), quand il acquiert une dimension pathologique.

En Galice, encore moins qu’ailleurs, le christianisme n’a jamais réussi à éradiquer les croyances

primitives. Comme en Bretagne ou en Irlande, les dieux sont partout et nulle part : dans la maison, dans les chemins, dans la mer. Au large du Finisterre ou de la côte de la Mort, les curés continuent de bénir les sources; les marins, comme les légions de Junius Brutus, ressentent encore, à la vue de l’océan, une “terreur religieuse”, et les paysans s’arrêtent devant les croix de pierre pour y déposer des offrandes à la déesse Cérès, en priant le saint adéquat pour que la journée leur soit propice. Intermédiaires qui exercent devant la divinité le même rôle que les caciques vis-à-vis de l’administration : saint Antoine se charge de la santé des animaux; saint Albert guérit l’aphonie; saint Blas les maux de gorge; la Vierge au corselet est préposée aux exorcismes.

Compostelle symbolise cette stratification des croyances. Beaucoup de randonneurs de toute religion, voire sans religion, se concentrent devant la cathédrale de Saint-Jacques. La plupart d’entre eux ignorent encore qu’on chercherait en vain l’ombre d’un éclat d’os de l’apôtre du Christ, que celui-ci surnomma “Fils du tonnerre” en raison de sa fougue. Le philosophe Miguel de Unamuno soutient que les restes conservés dans l’urne d’argent appartiennent à I’hérésiarque Priscillien, évêque d’Avila. Premier dignitaire chrétien exécuté par le pouvoir séculier, Priscillien fut vénéré durant plusieurs siècles par les Galiciens, mais son culte a été détourné au IXe siècle vers Jacques (ou Jacob, l’Usurpateur dans le livre de la Genèse) par le clergé orthodoxe. Les Arabes campaient dans toute l’Espagne, et les chrétiens avaient besoin d’un mythe afin de galvaniser leurs troupes.

On sait que les Galiciens ont fourni des contingents à Rome pour la garde personnelle de Jules César et contenir les incursions barbares, et ce au moins depuis le Ier siècle avant notre ère. Plus tard, ils ont repeuplé I’Andalousie, en partie vidée des Arabes. Ensuite, ils poussèrent leurs essaims vers l’Amérique latine: tous les petits Galiciens répètent aujourd’hui que la plus grande ville de Galice, c’est Buenos Aires, dont l’Amicale galicienne compte 70 000 adhérents. Et de Montevideo à Mexico, à Cuba, combien de colonies gallegas! Enfin, le miracle économique européen des années 60-70 est dû, en grande partie, aux émigrants installés en Europe.

Souvent, lorsque les Galiciens ne sont pas outre-mer, ils sont en mer. Les journaux font leurs gros titres sur les conflits de pêche dans la mer de Norvège, les chenaux du cap Horn ou le golfe de Biscaye; des histoires de garde-côtes, de mailles trop petites, de filets déchirés.

L’émigration était une loi de la nature, une fatalité, et ceux qui restaient dans le pays s’en remettaient aux caciques, ces notables médiévaux qui faisaient – qui font encore – la pluie et le beau temps dans de vastes zones rurales.

La Galice compte plus d’agriculteurs que cinq pays européens réunis (Belgique, Luxembourg, Danemark, Irlande et Pays-Bas). Les décisions de la Commission de Bruxelles sur les quotas (bovins, lait, agriculture) leur ont porté des coups sévères. La résignation s’est installée chez les paysans, avec pour conséquence la peur du futur, la nécessité d’adaptation et une notable régression de la natalité. Le remembrement entrepris par le gouvernement régional s’est heurté à des difficultés juridiques et psychologiques insurmontables. Le Parti populaire (au pouvoir à Madrid et à Saint-Jacques, fortement enraciné dans les campagnes, est devenu “le parti qui n’enlève pas la terre), et, lors des dernières élections municipales, il y a conservé son assise, tandis que les grandes villes passaient sous le contrôle de l’opposition de gauche, voire des nationalistes. Une tendance irréversible, selon les projections des démographes: en l’an 2025, 78 % de la population habitera sur la frange atlantique.

Pour mieux pénétrer les mystères de cette région, il est préférable de connaître la langue galicienne. Ses intonations en sont mélodieuses, proches de celles du portugais brésilien. Il est parlé par 80 % de la population – paysans, ouvriers, marins et intellectuels. Langue romaine, l’une des plus proches du latin, elle possède un rythme dactylique qui enrichit le castillan de tournures insolites et légèrement archaïques. C’est l’un des mystères de la prose de quelques-uns des meilleurs écrivains espagnols du siècle: Ramon Maria del ValleInclan, Alvaro Cunqueiro et TorrenteBallester. Par son système syntaxique et grammatical, la langue galicienne se développe en spirale. De ce fait, les Galiciens ne sont généralement pas catégoriques, mais aptes à réaliser l’harmonie des contraires. Il en découle le plus souvent un être doux, doté d’un sens aigu de l’humour et dépourvu de tout instinct d’agressivité. La femme, habituée à commander et à diriger les affaires de la famille, ignore les tabous. Grâce à elle, l’ascétisme castillan n’a pas eu droit de cité ici.

Industrialisation

La Galice s’industrialise. Les constructions navales de Ferrol, les usines Citroën de Vigo, celle de cellulose de Pontevedra et l’essor de la mode (prêt-à-porter) en témoignent. Mais, précisément, ce début d’industrialisation a permis de mieux comprendre et juger l’économie de la région. On s’est rapidement aperçu que l’industrie ne profite guère à la Galice, soit parce qu’elle ne vise qu’à exploiter les “gisements” de main-d’oeuvre à bon marché (c’est le cas de l’industrie automobile), soit parce qu’elle se contente d’être un intermédiaire qui n’élabore pas de produits finis: les lingots d’aluminium ne sont pas transformés en Galice, la cellulose ne devient pas ici carton et papier, et le fameux granit galicien est exporté à l’état brut en Italie, où il subit les dernières phases d’élaboration et sera vendu comme granit italien. Les quotas de Bruxelles, alliés aux décisions politiques de Madrid, ont réduit les activités des chantiers navals, limités à la construction d’off shores ou de bâtiments de guerre.

Qui plus est, certaines de ces industries sont absorbées par des multinationales (l’aluminium de Cervo est passé sous le contrôle de l’américain Alcoa) ou sont hautement polluantes, comme l’usine de cellulose installée sur la ria de Pontevedra. De là à dire que la Galice est la poubelle de l’Espagne, il n’y a qu’un pas, que certains ont franchi. Aussi la Galice demande-t-elle maintenant une industrialisation véritable, afin d’augmenter le revenu régional et de résoudre, autant que faire se peut, le chômage et le sous-emploi, qui dépassent largement 14% de la population active.

La modernisation de la pêche – il est à noter, en passant, que c’est la pêche, par les salaisons et les conserveries, qui a fourni autrefois le point de départ d’une première industrialisation – devrait apporter, elle aussi, de nouveaux emplois. Mais là interviennent encore les fameux quotas de Bruxelles, ainsi que l’interdiction de pêcher dans les eaux territoriales des pays limitrophes et même lointains.

Nombre d’économistes pensent que le vrai salut de l’économie viendrait d’une restructuration hardie de l’agriculture. Quoi qu’il en soit, le pays regarde son avenir avec confiance. Nul ici n’a oublié que l’effondrement, réel ou mythique, de l’Atlantide a épargné la Galice. Et depuis, la Galice et ses habitants croient fermement en leur destin.

2 comentarios leave one →
  1. 28 marzo, 2011 16:04

    Un très bon résumé et une excellente présentation de la Galice. Je vous félicite pour la qualité des informations données!! Cela donne envie de découvrir une communauté autonome qui mérite d’être plus connue. Pour tous ceux qui sont intéressés par cette splendide région, vous pouvez contacter l’organisme officiel de promotion touristique de la Galice à l’e.mail suivant: cir.turgalicia@xunta.es.

    • 28 marzo, 2011 22:06

      Muy agradecido por los elogios que envió a mi blog. Quiero señalare que esa pàgina forma parte de un libro que hemos hecho Wozniak (pintor polaco, caricaturista en Le Canard Enchainé) y yo, tras un viaje a Galicia, por encargo del anterior gobierno. Al llegar al poder el PP, me puse en contacto con el conselleiro de Cultura. No quiso saber nada y no me extraña: generalmente a los nuevos gobiernos (sobre todo si son mediocres) no les gusta reconocer lo que hicieron sus predecesores. Así que sigue inédito. Y repito, muchas gracias.

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