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Tous les noms. José Saramago.

25 marzo, 2011

Tous les noms. José Saramago ; traduit du portugais par Geneviève Leibrich. Points Litérature. 2001, 272 p., 6.86 euros.  Première édition : 1999

José Saramago a éclos, comme on disait avant Socrate, avec son premier roman, Manuel de peinture et calligraphie, en 1977.

Il avait cinquante-cinq ans. Ce journaliste d’un grand quotidien lisboète, qui avait écrit auparavant quelques recueils de poèmes, s’est alors ouvert pleinement à la littérature. Depuis, les fruits de cette plante tardive tombent régulièrement (Le Dieu manchot, L’Année de la mort de Ricardo Reis, Le Radeau de pierre, Histoire du siège de Lisbonne, L’Evangile selon Jésus-Christ, L’Aveuglement ) jusqu’à lui faire obtenir le prix Nobel en 1998.

Tous les noms est, comme souvent chez Saramago, un roman allégorique, une sorte de rêverie dont le contenu est en relation étroite avec l’âme et la vie profonde de l’auteur.

Médiocre fonctionnaire du Conservatoire général de l’état civil quelque part au Portugal ou ailleurs, monsieur José (le nom le plus répandu au Portugal, celui justement de Saramago) passe ses journées à classer des fiches. Celles-ci sont divisées en deux grands secteurs: structurellement et fondamentalement; ou, pour employer des mots simples, en respectant les lois de la nature. Il y a les archives et les fichiers des morts, et les archives et les fichiers des vivants. Près de lui les vivants; les morts, ou plutôt leurs documents, sont rangés plus loin, et pas toujours dans l’ordre qu’exigerait le respect.

MONSIEUR JOSÉ collecte en secret, par curiosité, des informations sur une centaine de personnalités célèbres. Une nuit, à une heure avancée, alors qu’il travaillait tranquillement à mettre à jour un dossier sur un évêque, il prend, par mégarde, la fiche d’une femme, née dans la ville anonyme où il vit. La fiche contient trois annotations: les dates du mariage, du divorce et de sa naissance. Elle a trente-six ans. La rencontre avec cette fiche change l’existence de ce fonctionnaire méthodique, soumis et pusillanime. Il va mener tout seul une véritable enquête policière, se découvre imaginatif et courageux pour retrouver celle qui deviendra – parce que morte – le seul et grand amour de sa vie. Et, au-delà, il constate l’erreur administrative qui consiste à séparer les fiches des vivants de celles des morts, ceux-ci ayant une existence réelle tant qu’ils perdurent dans la mémoire.

Saramago est un grand narrateur. Ici, comme dans ses romans précédents, il se permet des licences avec les dialogues, séparés avec une simple virgule, ou, entre autres choses, la suppression de la ponctuation. Cela donne (le personnage est couché dans son lit et parle avec le plafond): “Je ne suis pas bête, C’est vrai, tu n’es pas bête, ce qui ne va pas, c’est que tu mets beaucoup trop de temps à comprendre, surtout les choses les plus simples, Par exemple, Que tu n’avais aucune raison de te mettre en quête de cette femme, sauf si, Sauf si quoi, Sauf si tu en es amoureux, Il faut être un plafond pour avoir des idées aussi absurdes.”

Ainsi, tout en multipliant des procédés plus ou moins originaux, Saramago a écrit, avec bonheur, un roman selon les canons du réalisme. Il a l’imagination et le sens de la couleur d’un poète, sans perdre pour autant le contact avec le quotidien.

Ramón Chao. Le Monde Diplomatique, Août 1999, page 30

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