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Un destin panaméen.

26 marzo, 2011

Panama Alfonso Brown, d’Eduardo Arroyo, Grasset, Paris, 302 pages, 128 F.

Eduardo Arroyo, ‘Direct Panama’, lithograph, 1984

Eduardo Arroyo, peintre et écrivain, nous offre ici un portrait d’Alfonso Teofilo Brown, champion parmi les plus passionnants du monde de la boxe. Au premier plan du tableau, sa naissance dans un quartier misérable de Panama, sa carrière fulgurante contrariée par la couleur de sa peau, sa chute pitoyable.

En toile de fond, l’ancienne Castilla de oro qui, après tant de spoliations et de drames, allait devenir le Panama.

En 1880 commencent les travaux de la construction du canal. Des va-nu-pieds affluent d’Amérique latine, du Sénégal et même des Etats-Unis. Ni la capitale ni la ville de Colon n’étaient prêtes pour recevoir une telle ruée. On construisit une ville-jardin pour les salariés blancs, alors que les immigrants noirs, gratifiés d’une Bible et de whisky bon marché, se voyaient relégués dans des baraquements insalubres. Six mille d’entre eux périrent au cours des vingt ans que durèrent les travaux.

Parmi les survivants, le père de Brown, esclave du Tennessee libéré par Lincoln. Son père mort, le jeune Alfonso sait qu’il devient un candidat anonyme à la correctionnelle ou à une disparition précoce. Au Panama, paradis de la boxe, le “noble art” pourrait le tirer de la misère.

Arroyo imagine Alfonso dans les rues de Colon boxant contre son ombre, rôdant autour des marins et des militaires américains, dépositaires de la technique et du règlement des combats. A vingt ans, il fait ses débuts de professionnel. Une victoire par KO face à Santana Kid. Si le gosse de Colon “savait de naissance placer un coup comme le poète sait placer un mot…”, maintenant il découvre que, grâce à sa droite, les portes du succès et de la fortune lui sont ouvertes.

Alfonso Brown s’embarque clandestinement pour les États-Unis. A partir de là, l’auteur abandonne les couleurs: pour conter l’ascension de son idole, sa prose devient sèche, directe comme un uppercut. Parfois, il lui cède la parole: “Je touchai donc 20 dollars et je compris ce que pouvait être le manager américain d’un boxeur noir: rarement un honnête homme, jamais un ami…”

Il multiplie les KO Alors, tout sera fait pour arrêter la carrière de cet artiste noir, extravagant, qui choque par sa vie privée, sa manière de ne pas préparer les combats, dans les bars et les cabarets de Harlem, autour des tables de jeu et aux courses de chevaux. Il n’en a cure.

ARROYO excelle dans les petits formats: description des managers escrocs, des combats arrangés, des assassinats sur commande. Mais rien ne perturbe l’insolence du boxeur homosexuel, snob, élégant, qui accepte les défaites avec la même indifférence que les victoires.

Il sait qu’aux Etats-Unis être un boxeur noir capable de battre des Blancs est impardonnable. Alors, il part pour la France.

A Paris, il fait ses débuts salle Wagram, en 1926. Le Marseillais Antonio Merlo en fait les frais: une droite doublée d’un crochet l’envoie au tapis à la troisième reprise.

En trois mois, Alfonso Brown devient une étoile, à la fois mondaine et populaire. Il oublie la couleur de sa peau et ose devenir champion du monde des poids coqs. Il est génial, atypique et seul.

Mais une scandaleuse campagne le prive de son titre. On le disqualifie, et c’est le début de la dégringolade: drogué par ses managers, syphilitique, en 1937 il s’improvise danseur au Cirque Medrano. Jean Cocteau le prend en amitié, mais lui préfère finalement le blond Jean Marais.

On le retrouvera mort, à Harlem, un matin de novembre 1950.

Ramón Chao. Le Monde diplomatique. Mai 1999, page 30

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