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Octobre, Octobre.

27 marzo, 2011

Octobre, Octobre.  José Luis Sampedro, traduit de l’espagnol par Marianne Million. Editions José Corti, Paris, 1998, 729 pages, 170 F.

JOSÉ LUIS SAMPEDRO a partagé son enfance entre Barcelone – où il est né – et Tanger. Deux fois soldat dans la guerre d’Espagne, il combat du côté républicain pour passer l’arme à droite, à son corps défendant, du côté des franquistes. Plus tard, il sera connu et respecté en tant que professeur d’université, conseiller aux finances et sénateur désigné par le roi – “Je suis le républicain de Juan Carlos”, dit-il avec humour.

Au début des années 50, on découvre que Sampedro écrivait depuis l’âge de seize ans et menait une double vie: pendant la semaine, cravate et chemise pour siéger dans divers conseils d’administration; les samedis et dimanches, blue-jeans et sac à dos pour battre la campagne, couchant ici et là, dans des étables où il survit à des rixes – ce qu’aucun romancier n’aurait imaginé – avec des cochons enragés! De ces randonnées, il sortira la matière de l’un des ses romans les plus populaires, Le Fleuve qui nous emporte (1).

Octobre, Octobre (mois crépusculaire, mois de l’espoir rouge), admirablement traduit par Marianne Million, est son livre le plus ambitieux, celui dont il aimerait qu’on se souvienne après sa mort. L’ouvrage se compose de dix-sept chapitres, chacun d’eux évoquant la période de 1960, lorsque Sampedro, la quarantaine passée, ne voyait pas d’issue pour la triste Espagne, et la période de 1975, quand l’agonie du dictateur annonçait des horizons nouveaux. Roman qui s’immisce dans le roman, Agata et Luis vivent à Madrid un amour libérateur dans une société vulgaire, médiocre, timorée, qui n’a ni style ni grâce. Toutefois, le vrai personnage est le quartier de la Puerta del Sol, ce vieux Madrid que Sampedro décrit avec la précision d’un Galdós ou d’un Baroja. L’autre roman raconte l’histoire d’un écrivain, Miguel, qui a déjà publié trois ouvrages, parmi lesquels, justement, Octobre, Octobre. Cette mise en abyme, cette technique labyrinthique et rigoureuse sur la forme d’une sonate rendent court un roman de plus de sept cents pages et réduisent au silence cette caste d’écrivains espagnols qui prenait l’ancien économiste pour un romancier du dimanche. “J’ai été adopté par mes lecteurs”, dit-il avec son ironie modeste.

Le récit Octobre, Octobre est imprégné des philosophies orientales à la recherche de l’harmonie des contraires: temps et éternité, douleur et plaisir, concupiscence et mysticisme. Entre ces extrêmes, toujours la mort; cette mort par laquelle l’octogénaire jovial se prépare à être emporté “sans peur et sans impatience”. En attendant, il revendique et assume son état de vieillard, tel qu’un vieillard doit être selon lui: sage, tolérant et dépourvu de rancune. Un thème récurrent dans ses précédents romans.

Ramón Chao. Le Monde Diplomatique. Août 1998, page 30.

(1) José Luis Sampedro, Le Fleuve qui nous emporte, Métailié, Paris, 1996.

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