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Arturo Uslar Pietri: Le chemin de L’Eldorado.

30 marzo, 2011

Le chemin de L’Eldorado. Arturo Uslar Pietri ; traduit de l’espagnol par Philippe Dessommes-Flùrez. Critérion, Paris, 1997, 340 pages, 139 F.

Le rêve héroïque et brutal d’un conquistador lancé à la recherche de l’Eldorado avec une poignée de soldats, tel est le thème de ce roman qui réunit tous les éléments d’une grande aventure: la forêt de l’Amazonie, où vivent des Indiens cannibales; le fleuve et ses rapides, sur lesquels se lance la petite troupe à bord de frêles radeaux; les personnages, Espagnols aventuriers et féroces. Leur chef, Lope de Aguirre, s’est rebellé contre son roi Philippe II et les entraîne dans la folle poursuite de son rêve. La fièvre de l’or l’habite et, plus encore, une volonté de puissance qui ne connaît pas de limites. Il sera décapité.

On a, dans les premières pages, la sensation de partager un contact physique, une vibration tactile avec un personnage d’épopée, un décor, un paysage. La périlleuse navigation commence. Apparemment, sur les rives, nulle vie autre que végétale. Le cri perçant d’un oiseau traverse l’espace, puis le hurlement d’un singe et, soudain, c’est l’immense enchaînement de bruits entremêlés, de trilles et de vociférations qui constitue le réveil brutal de la forêt. Nous sommes en plein dans le “réel merveilleux”, mouvement littéraire créé dans les années 20 à Paris par le Cubain Alejo Carpentier, le Guatémaltèque Miguel Angel Asturias et précisément le Vénézuélien Arturo Uslar Pietri; ce qui, plus tard, s’appellera le “réalisme magique .

La fantaisie est constamment sollicitée par la splendeur des descriptions, mais chez Uslar Pietri l’esprit reste disponible pour une analyse. Ecrivain, humaniste et homme politique, il tente de concilier dans ses oeuvres deux tendances qui s’opposent: littérature contre économie. L’histoire républicaine du Venezuela n’a été, selon lui, qu’une longue chaîne d’erreurs ayant pour origine la violence engendrée par le divorce constant entre des propositions doctrinaires et la réalité, tant socio-économique que culturelle ou politique.

Son livre s’inscrit dans une longue série de films et romans qui évoquent la figure historique de Lope de Aguirre. Les quelques soldats qui se perdent au cours d’une expédition comptent peu. Chaque auteur s’est servi d’eux pour exorciser ses démons. L’Espagnol Ramun Sender a mis dans L’Aventure équinoxiale de Lope de Aguirre son mépris pour l’entourage de l’homme (une catégorie de républicains espagnols exilés en Amérique latine?) et sa haine envers l’Inquisition. Le cinéaste allemand Werner Herzog a peut-être évoqué dans Aguirre, la colère de Dieu le passé de son pays.

Uslar Pietri situe l’épopée d’Aguirre dans sa recherche des mythes fondateurs de la nation vénézuélienne et découpe son récit en tableaux qui cassent l’action au profit d’une allégorie de l’histoire nationale: “Voir ce que nous avons été, ce que nous sommes, ce dont nous avons besoin et ce que nous pouvons être.”

C’est un autre écrivain vénézuélien, Miguel Otero Silva, qui a le plus stimulé Uslar Pietri. Concernant Aguirre, Otero Silva répond en 1979 au despote d’Uslar Pietri par son roman Aguirre, prince de la liberté, où le héros est le précurseur de Bolivar et de la geste de Che Guevara.

Si l’on veut situer Lope de Aguirre dans le contexte vénézuélien, il faut lire ce livre superbe, mais aussi celui de Miguel Otero Silva; et si l’on veut comprendre l’histoire politique et culturelle des quarante dernières années de ce pays, rien de mieux que de se plonger dans les oeuvres parallèles de ces deux grands écrivains.

Ramón Chao, Le Monde diplomatique Mars 1997, page 30.

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