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El sitio de los sitios. Juan Goytisolo.

30 marzo, 2011

Sarajevo, 1994 ( El sitio de los sitios). Juan Goytisolo. Éditions Alfaguara, Madrid, 1996, 208 pages, 1 635 pesetas.

Engagé dans une course folle contre le temps, l’écrivain espagnol Juan Goytisolo multiplie les voyages, les fugues, les dangers. Est-il à la recherche de la rafale qui fauche, ou d’une écriture qui se dérobe et coule entre ses doigts? Aux dernières nouvelles, il revenait de Tchétchénie, envoyé par le journal madrilène El Pais. Déjà, il s’était rendu par deux fois, en pleine guerre, à Sarajevo, en tant que membre de l’association Reporters sans frontières.ç

Lors de la seconde visite, Goytisolo fut touché par une scène qu’il suivit de sa chambre d’hôtel: une femme à genoux, sous une pluie de mitraille, essayait de traverser l’avenue des francs-tireurs pour atteindre un refuge.

L’écrivain avait vu bien d’autres horreurs à Sarajevo, comme les jeux assassins de la communauté internationale ou les ruines de la bibliothèque avec ses milliers de livres – dans toutes les langues des combattants – réduits en cendres, mais l’image de la femme se traînant vers la mort continuait de le hanter. L’objectivité journalistique n’aurait pas été l’artifice adéquat pour exorciser son angoisse. Seule la fiction – une fiction extrême – pouvait refléter la violence extrême.

Dans ce nouveau roman, intitulé El sitio de los sitios (“le siège des sièges”, c’est-à-dire le siège par excellence, comme on dit, dans la Bible, “le cantique des cantiques”), un client est tué par un obus alors qu’il regarde la femme à genoux se traîner vers un refuge. Ce premier récit est écrit à la troisième personne. Il contient des choses vécues à Sarajevo par un auteur anonyme, ainsi que des évocations de la rue du Faubourg-Saint-Denis à Paris, où habitait sans doute le voyeur. Les descriptions, les rêves, les rapports du commandant des “casques bleus”, textes confidentiels et poèmes trouvés dans la valise du disparu mélangent leurs temps et se contredisent, ce qui rend impossible tout parti pris, et confirment la filiation cervantine de Juan Goytisolo.

Par son truchement, nous voilà attrapés, nous, lecteurs privilégiés, dans une structure de cercles concentriques faits d’intolérance, de racisme, d’exclusion, de néolibéralisme. Ces cercles correspondent à autant de sièges d’une ville de 250 000 habitants: le siège des extrémistes, celui des forces d’intervention, de la poste et du téléphone, sans négliger celui des journalistes qui ne témoignent que d’une partie de ce qu’ils voient. Il faut lire le texte de Goytisolo, le relire, revenir en arrière, tâtonner pour sortir du labyrinthe, comme cette sonate de Brahms que le premier personnage du roman entend déchiffrer au piano, d’abord mains séparées, puis ensemble, pour que surgisse enfin du clavier toute sa complexité harmonique.

Ramón Chao. Le Monde diplomatique Août 1996, page 26.

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