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Langue de cendre

25 abril, 2011

L’hommage judéo-espagnol de Marcel Cohén au peintre Antonio Saura et á ses« portraíts imaginaires»

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LETTRE A ANTONIO SAURA (Carta a Antonio Saura) de Marcel Cohén.Ed. bilingüe frangais-judéo-,espagnol, suivi d’un glossaire, éd. De L’Echoppe, 84 p., 72 F.

Ceux qui connaissent le judéo-espagnol, cette langue que parlérent les juifs expulses d’Espagne, risquent de se voir exposés comme des fossiles dans un musée. Marcel Cohén, par exemple, intéressant spécimen de Séfarade a été découvert par miracle á Asniéres, faubourg de Paris, dans la seconde moitié du XXe siécle. Plusieurs de ses ancétres peuplaient la péninsule Ibérique au temps des Rois Catholiques.

En parfait état de conservation. II a successivement été un Hébreu pour les Espagnols, un Espagnol pour les Turcs, un Turc pour les Français, et le voici maintenant tout á fait Françáis aux yeux des Espagnols comme des Turcs.

Ses parents avaient une trentaine d’années lorsqu’ils sont venus en France. lls parlaient couramment le français, puisque c’était la langue de tous les juifs de l’ex-Empire ottoman.

Mais cela ne les empéchait nullement de continuer á parler le djudyo chez eux. C’est en les écoutant que le futur fossile s’en est impregné.

Marcel Cohén cite Edmond Jabés: « Si vous voulez savoir l’áge d’un Juif, n’oubliez jamáis d’ajouter cinq mille ans á son age réel »

Cohén ferme les yeux, guette les paroles du passé. II se souvient de la splendeur de la Nouvelle Toléde que fut Salonique, ses savants et imprimeurs, ses rabbins célebres. II se souvient des quatre mille Saloniciens morts á Auschwitz avec cent mille autres Séfarades.

II ne lui reste á ce fossile que la mémoire.

Souvent, Marcel Cohén s’arréte devant les « Portraits imaginaires» d’Antonio Saura. II regarde ses spectres renfrognés, avec le nez qui leur tombe dans la bouche. Philippe II sombre et froid, convulsif. Torquemada macabre, habité par la férocité des convertís… Fasciné, Cohén ne s’en détache qu’avec peine et un curieux sentiment de malaise. Regarder ees tableaux, c’est s’imprégner de toute la noirceur du monde. II prend sa plume pour diré á Saura que ees portraits ne sont pas si imaginaires qu’il le croit.

Cohén s’adresse á Saura en Séfarade. Par nécessité de se libérer du poids de Fhistoire avec ees griffures de cendre.

Cette langue, le judéo-espagnol, est la moelle épiniére de Cohén. II enjoint Saura de faire un travail d’anamnése. II sait que ni les peintres ni les écrivains n’ont strictement ríen á diré. Leur seul souci est de peindre et d’écrire le mieux possible.

Quant á lui, il se considere juste comme dernier chaínon d’une histoire qui se termine avec lui, car Fagonie d’une langue n’est autre chose que Fagonie d’un peuple.

Ramón Chao. Le Monde des Livres. 30-I-1998

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