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Albert Camus (1913-1960)

2 junio, 2011

Né à Mondovi, Albert était le second enfant de Lucien Camus, ouvrier agricole, et de Catherine Sintés, une jeune servante espagnole qui faisait des ménages pour nourrir ses deux fils, Albert et Lucien. Elle était une Espagnole miraculeusement belle, écrit Albert, précisant qu’à soixante-dix ans sa mère gardait le visage de sa quarantaine. Silencieuse, à moitié sourde,  analphabète, Catherine parlait en phrases courtes. Albert lui dédia ainsi Le premier homme : A toi qui ne pourras jamais lire ce livre. Bien qu’il éprouvât pour elle une affection sans bornes, il n’y aurait jamais de véritable communication entre mère et fils : toujours exténuée par le travail, on peut penser qu’une partie de l’œuvre de Camus s’est édifiée pour tenter d’équilibrer cette absence et ce silence – ou de leur répondre.

C’est l’être que Camus aimait le plus au monde. Lorsqu’il reçut le Prix Nobel Stockholm, un Algérien lui reprochait de ne prendre partie dans la guerre entre l’Algérie et la France, Albert répondit:  Entre ma mère et la justice, je préfère ma mère.

Celle-ci n’eut que cinq ans de vie commune avec son mari, mort lors de la bataille de la Marne sans avoir connu Albert. Elle vivra chez sa mère, Marie Cardona-Sintés, dans le quartier de Bellecourt d’Alger.

Elle était, elle aussi, Espagnole de Minorque, née dans le petit village de San Luis qui parle encore français. Son arbre généalogique montre qu’il y a des Cardona et des Sintés depuis des siècles.

En 1874 à Alger, c’est justement un Sintés qu’elle épouse. Ils vont vivre à Ouled-Fayet dans le Sahel avec leurs neuf enfants. Puis, devenue veuve, elle vient s’installer à la au 93 de la rue de Lyon ; elle y couche sur un sommier à même le sol.

C’était une maîtresse femme, main de fer à côté du gant de velours de sa fille. C’est ma grand-mère qui commande à la maison, dira Albert à son instituteur. Elle gère l’argent du foyer, rangé dans une boite à biscuits ; donne des ordres avec le bâton à portée de main et le nerf de bœuf pas loin ; impose la sieste aux enfants ; prend son chouchou Albert à côté d’elle et lui lance en majorquin ” A béni dorm ? “.

Grâce à l’aide de M. Germain, l’un de ses instituteurs, Albert obtient une bourse pour faire ses études au lycée Bugeaud d’Alger. Il y découvre à la fois les joies du football (il devient le gardien de but du lycée) et de la philosophie avec Jean Grenier. Un début de tuberculose l’empêchera de devenir un as et de passer son agrégation.

La situation internationale se tend. Alger-Républicain cesse sa parution et Camus s’ennuie à Oran : Ici ce n’est pas drôle du tout, j’y étouffe un peu et j’attends l’occasion de m’en aller. J’ai demandé un poste à l’étranger. Je suis prêt à partir du jour au lendemain, même pour Valparaiso.

Finalement ce sera Paris, le samedi 16 mars 1940. Pascal Pia, ancien d’Alger, a été engagé à Paris-Soir par Lazareff, et y introduit Albert comme secrétaire de rédaction.

Le même Pascal Pia lui avait réservé une chambre à l’hôtel du Poirier, sur la butte Montmartre. Je dois dire qu’il est à peu près sordide, et qu’il est habité par des souteneurs et des sous-artistes, mais il n’y a rien de plus bourgeois qu’un ménage de souteneurs et ces messieurs vivent ici avec leurs “Dames”, qui ne travaillent pas dans l’hôtel où elles vivent. C’est immoral. L’hôtel est rempli d’avis : Prenez garde à la lumière ! Les tenanciers craignent les contraventions et, au passage, les bombes de l’aviation allemande. La patronne se couche à 5 heures du matin et refuse de s’occuper de ses clients jusqu’à 12 heures.

On fait les chambres dans la soirée et tout le monde trouve cela naturel. Moi aussi, comme de juste. II tente d’emprunter un réveil. Une invraisemblable et sympathique princesse, qui avait le genre de Margot Lion dans L’Opéra de quat’ sous, qui fumait en tournant sans arrêt autour de la pièce, lui en a promis un. Elle m’a conseillé : Couchez vous tranquillement, je rentrerai pendant que vous dormirez et je le passe de votre chambre […]   J’ai trouvé cette simplicité géniale et je suis rentré un peu rêveur sur le sort des quelques billets de cent francs qui me restaient.

Camus avait l’intention de séjourner à Paris un an ou deux, mais il s’installe dans l’hôtel Madison, au 143 boulevard Saint-Germain.

Eric Hobsbawm signale que dans l’enthousiasme de la Libération, le style de Camus est quelque peu gaullien, quoi qu’il ne cite ou n’évoque jamais le général. Il faudra attendre le 15 octobre 1944 pour qu’il applaudisse un discours du Général sur la nécessité de l’union à fin de battre l’ennemi et rénover le pays.

Ce qui importe à Camus et à toute l’équipe de Combat  c’est, tout en poursuivant la guerre, de faire la révolution. Dès son premier éditorial, alors que les balles sifflent encore dans les rues de Paris, Camus écrit que la liberté devra s’affranchir de la dépendance étroite de l’Argent. Dans le deuxième, De la Résistance à la Révolution, il demande la destruction impitoyable des trusts et des puissances d’argent. On imagine sa déception et sa colère quand, quelques mois après, des journaux trouveront leur légitimité dans des capitaux et non plus dans le sang versé contre la barbarie.

Ramon Chao, 2 de junio de 2011

Sources : Olivier Tood, Albert Camus. Gallimard,1996.
Herbert R. Lottman, Albert Camus. Seuil 1985.
Article de Fernand Destaing dans La revue de l’Algérianiste » n°86 de juin 1999
Eric Hobsbaum, Le Monde diplomatique novembre 2000.

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