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Jorge Semprún (1923-2011)

7 junio, 2011

[Lea aquí el texto en español]

Toute vie peut être résumée en quelques lignes, même celle mouvementée de Jorge Semprun : né à Madrid, il fait ses études au lycée Henri-IV de Paris et à la faculté des lettres; traducteur à l’Unesco, scénariste et dialoguiste pour Alain Resnais, Costa-Gavras et Yves Boyssier, il est nommé ministre de la Culture du gouvernement espagnol en 1988. Auteur notamment de La deuxième mort de Ramón Mercader, Quel beau dimanche, et L’Ecriture ou la vie, prix Femina 1994…

Evidement, pour celui qui connaît l’homme, sa vie et son œuvre, ce raccourci est insuffisant. Par bonheur, il suffit de fouiller dans ses livres. Pour commencer, sa jeunesse : C’est rue Alfonso XI, dans le quartier huppé de Madrid, que j’ai passé presque toute mon enfance avec mes six frères et sœurs, A 8 ans, j’ai perdu ma mère, Susana Maura. Au début du siècle, son père, Antonio Maura, était le leader du Parti conservateur espagnol. A trois reprises, il fut Premier ministre du roi Alphonse XIII, le grand-père de Juan Carlos.

Puis ses études, au Lycée Henri IV: J’y suis arrivé en troisième. J’y fus même interne le dernier trimestre de 1939. Pour moi qui avais connu jusqu’ici une vie familiale heureuse, cet enfermement avait des allures de prison dorée. Adolescent, j’étais très timide et renfermé. L’éloignement et mon français rudimentaire avaient encore accentué ce travers. Je passais pour un solitaire, un garçon triste. Plus mon français s’est amélioré et plus je me suis mélangé aux autres. En 1941, les élèves ont organisé des manifestations contre l’occupant. J’en faisais partie. C’est dans ce lycée que j’ai fait beaucoup de découvertes, tant sur le plan sexuel que littéraire. J’y ai eu ma première fiancée. Je me souviens de la silhouette de Georges Pompidou, qui fut le professeur de lettres de mon frère ainé, Gonzalo. Il faisait sa classe sans s’impliquer. Pas question pour lui de “déniaiser littérairement tes petits crétins de première” (sic). Mais si on se montrait passionné, il devenait alors chaleureux. Sinon, il donnait son cour machinalement.»

Bien que son père ait désiré, en mai 1940, partager l’affliction de son pays d’accueil et se faire naturaliser français, par pure solidarité… Mon père, c’était don Quichotte ! C’était un avocat, essayiste, poète, et un catholique de gauche. Autant dire un homme rare à l’époque, en Espagne. Il était le correspondant à Madrid d’Emmanuel Mounier et de la revue Esprit. Quand le grand poète national Antonio Machado est mort en exil à Collioure, en 1939, mon père s’est mis à nous déclamer ses vers. Et il attendait que nous prenions le relais. Quand Madrid est tombée, un ami exilé à Cuba l’invitait à le rejoindre : « Non, je reste ! Je ne veux plus être qu’un survivant. Je suis dans mon caveau de mort vivant, ne me parle plus de rien. Il avait 41 ans.

On savait tout cela depuis longtemps, bien sûr. Pour les plus attentifs de ses lecteurs, depuis 1963 très exactement, et la publication de Le grand voyage, un récit de déportation qui s’arrêtait à la porte d’un camp, après un trajet accompli dans un wagon plombé ; on le savait aussi depuis la parution d’antres récits, dont Quel beau dimanche!, son livre le plus cher parce que, pour moi, il est le plus grave. Il remet en cause ma mémoire communiste. Dans Le grand voyage, j’étais encore innocent. Un jeune homme imaginait que le “camp“, c’était l’expression condensée de la barbarie capitaliste. Or, il se trouve que ce n’est pas seulement ça. Autrement dit, que la barbarie pouvait être aussi dans le totalitarisme bolchevique, comme la seconde vie du camp de Buchenwald, libéré par Patton en avril et rouvert en septembre 1945 par les Soviétiques pour y parquer les opposants.

Ramón Chao, 7 june 2011.

Sources. Jorge Semprun : Autobiographie de Federico Sanchez, réédité en Points-Seuil en 1996
– Jorge Semprun  Quel beau dimanche! Grasset 1980
– Jorge Semprun  L’Algarabie, Fayard 1991, Gallimard Folio 1997

4 comentarios leave one →
  1. baldo permalink
    8 junio, 2011 8:36

    se fue, que descanse

  2. Colibri permalink
    8 junio, 2011 9:48

    Que la tierra te sea leve

  3. 9 febrero, 2013 18:55

    Hi, I think your website might be having browser compatibility issues.
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