Skip to content

Gabo par Gabito

31 octubre, 2011

Vivre pour la raconter, de Gabriel Garcia Marquez Traduit de l’espagnol par Annie Morvan. Grasset, 22003. 602 p. 22 euros.

C’est une litote de dire qu’il faut avoir vécu une vie pour pouvoir la raconter ; mais non pas la vie telle qu’on l’a vécue, « mais ce dont on se souvient et comment on s’en souvient », précise Garcia Marquez en exergue de son autobiographie Première partie de ses mémoires en cours, ce livre est en fait un roman singulièrement attachant.

Nous assistons à son retour à Aracataca, d’où Gabito est parti à l’âge de huit ans, chargé de souvenirs qui vont nourrir son œuvre durant toute sa vie. Il y revient à vingt-trois ans, pour aider sa mère à vendre la maison en ruines de ses grands-parents. L’auteur lui-même nous conduit , escorté par Luisa Santiaga : « Ma mère me demanda de l’accompagner pour vendre la maison … » Ces premiers mots, comme la phrase d’ouverture de Cent ans de solitude : « Bien des années plus tard, face au peloton d’exécution, le colonel Aureliano Buendíadevait se rappeler ce lointain après-midi au cour duquel son père l’emmena faire connaissance avec la glace » , soulignent le poids de la mémoire, ainsi que celui de la famille. Les deux cas, comme le reste de son œuvre, expliquent le passé et le futur de Garcia Marquez, pendant qu’une épopée se déploie sous nos yeux au rythme de l’écriture. En mélomane averti, il expose comme dans une sonate les sujets emmagasinés dans sa mémoire et les développe avec les arts et figures qui lui sont propres.

Ces mémoires sont construits en trois cercles concentriques, autant de mouvements de la pièce : humain, littéraire et politique.

D’avant sa naissance jusqu’à l’âge de vingt-huit ans, Garcia Marquez fait partager au lecteur les étapes d’une vie tantôt entourée de sa famille, tantôt de ses amis écrivains et journalistes. Ainsi, dès sa petite enfance, il commence à tisser la toile de son univers imaginaire. Avec une étrange transparence et une sérénité exempte de toute sensiblerie, l’auteur évolue au cours des 120 premières pages à travers les méandres des souvenirs d’un enfant qui a survécu aux massacres de 1928 (trois mille manifestants fusillés dans la zone bananière), et vit un jour passer, monté sur un âne, un homme décapité à la machette lors d’un règlement de comptes. Ces épisodes démesurés sont racontés à l’endroit et à l’envers, avec un assemblage si juste et disloqué à la fois, que l’auteur revendique son vécu comme un trop plein de subjectivité.

Il définit l’embarras de la vérité avec une phrase qui nous servirait, peut-être, de conclusion: « Tant de versions contradictoires sont la cause de mes faux souvenirs ». D’un côté, l’enfant imagine comment le jeune télégraphiste faisait la court à la plus belle fille des Marquez et fait revivre, comme un homme, les amours tumultueuses de ses parents; en contrepoint, il y a des passages graves où la fabulation se plie à la réalité, comme ceux consacrés à la révolution avortée du bogotazo – vécu par l’adolescent Gabo à – et à l’assassinat du syndicaliste Jorge Eliécer Gaytan.

Vivre pour la raconter, premier volume de 600 pages d’une trilogie à conclure, s’arrête en 195l. Il a occupé son auteur pendant une dizaine d’années. Lequel, à la suite d’une grave maladie, a pris au sérieux la nécessité de la raconter jusqu’à la fin. Comme si, à son âge, il estimait que la vie prend du sens dès lors que le souvenir la sauve du temps qui passe, et l’existence ne vaut la peine que pour devenir récit. La traduction d’Annie Morvan retransmet le ton, la couleur et l’exubérance de Garcia Marquez, au point de faire oublier qu’on lit le livre en français.

Ramón Chao. Konciencia Social, le 09.01.2004.

No comments yet

Responder

Introduce tus datos o haz clic en un icono para iniciar sesión:

Logo de WordPress.com

Estás comentando usando tu cuenta de WordPress.com. Cerrar sesión / Cambiar )

Imagen de Twitter

Estás comentando usando tu cuenta de Twitter. Cerrar sesión / Cambiar )

Foto de Facebook

Estás comentando usando tu cuenta de Facebook. Cerrar sesión / Cambiar )

Google+ photo

Estás comentando usando tu cuenta de Google+. Cerrar sesión / Cambiar )

Conectando a %s

A %d blogueros les gusta esto: