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L’Ombre du vent. Barcelone, 1945-1960: Enigmes, mystères et labyrinthes

6 noviembre, 2011

L’Ombre du vent (La sombra del viento), de Carlos Ruiz Zafón, traduit de l’espagnol par François Maspero, Grasset, Paris, 2004, 525 pages, 21,50 euros.

« Quelques années plus tard, face au peloton d’exécution, le colonel Aureliano Buendía devait se rappeler ce lointain après-midi au cours duquel son père l’amena découvrir la glace. » « Je me souviens encore de ce petit matin où mon père me conduisit pour la première fois visiter le Cimetière des Livres Oubliés. »

Si je rapproche les phrases initiales de Cent ans de solitude, roman de Gabriel García Márquez, et de L’ombre du vent, ce n’est pas pour accuser Carlos Ruiz Zafón de plagiat, bien au contraire, car son récit est, avant tout, un hommage aux livres qui ont compté pour lui. Il est donc normal que nous marchions sur les pas de García Márquez, de Borges, de Michael Ende, et de bien d’autres écrivains, adeptes des genres fantastique, gothique, baroque ou « réel merveilleux ».

C’est d’ailleurs à travers le quartier gothique de Barcelone qu’un modeste marchand de livres d’occasion conduit son fils Daniel (le narrateur), par un matin brumeux de 1945, vers un endroit magique :« Ce que tu vas voir aujourd’hui, lui dit son père, tu ne dois le raconter à personne. » L’enfant (10 ans) sera soumis à un étrange rituel transmis de génération en génération : adopter un livre parmi les centaines de milliers de volumes cachés dans un labyrinthe, au cœur de la ville.« Quand une bibliothèque disparaît, quand un livre se perd dans l’oubli, nous faisons en sorte qu’il arrive ici… » Les membres de cette confrérie conservent les ouvrages oubliés dans cette bibliothèque de livres ressuscités. Daniel choisit par hasard L’Ombre du vent, écrit par un certain Julian Carax, qui va l’entraîner dans un entrelacs d’aventures et de secrets.

On entre de plain-pied dans le récit de Ruiz Zafón et on se laisse prendre au piège du mystère : qui est Julian Carax ? Autre énigme : pourquoi un étrange inconnu au visage ravagé court-il la ville en rachetant ses romans pour les détruire ? Le récit abonde en personnages truculents et en situations insolites. Comme dans les romans du XVIIIe siècle, le narrateur est un miroir à qui chacun raconte une histoire pour constituer peu à peu un puzzle d’existences détruites.

Le récit, qui recèle deux poignantes histoires d’amour et des portraits de femmes d’une sensualité infinie, se déroule dans une Barcelone marquée par la défaite républicaine, après la guerre d’Espagne.

Carlos Ruiz Zafón fait une description au vitriol de ce que furent les années du franquisme… Il mêle vie et littérature. On pense àFahrenheit 451, de Ray Bradbury, où les « hommes-livres » (ou libres) se cachent dans une forêt pour apprendre par cœur les ouvrages avant que le Pouvoir les détruise. On pense aussi à Jorge Luis Borges, qui rêvait de la « Bibliothèque de Babel », composée de toutes les combinaisons possibles de toutes les lettres de l’alphabet. Et comment ne pas songer à Cervantès et aux autodafés ? A chaque page, Ruiz Zafón entrelace intrigues, meurtres, disparitions autour de livres oubliés qui attendent d’être ressuscités par les lecteurs que nous sommes !

Par Ramón Chao. Le Monde Diplomatique, février 2005.

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