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Modigliani, Amedeo.

11 febrero, 2012

Modigliani est devenu, après sa mort, l’un des symboles du Paris capitale des arts au début du XX siècle, quand les artistes se retrouvaient à Montparnasse pour allier l’ivresse du génie à celle de l’alcool. S’il incarne «le dernier des bohémiens authentiques», comme le définit son ami le peintre allemand Ludwig Meidner, c’est qu’il mène au XX siècle une vie romantique digne de celle de Baudelaire.

Néanmoins, Modigliani échappe à la caricature du «peintre maudit» car, s’il est d’avant-garde, il n’adhère à aucun des courants phares de ce début de siècle, comme le fauvisme ou le cubisme. Aussi, lorsqu’il présente La Juive au Salon des indépendants de 1908, son œuvre est-elle éclipsée par la déferlante de Braque et Picasso, dont Les Demoiselles d’Avignon a été exposé l’année précédente. Pourtant La Juive révèle déjà l’atmosphère particulière de Modigliani, notamment à travers l’usage des couleurs.

Il était né à Livourne, dans une famille de vieille souche locale, en marge de la communauté nantie de la ville. Ses parents avaient déjà trois enfants, dont deux fils. Et parce que ce couple de négociants en bois et charbon se sentait d’abord italien, il choisit de faire porter à ses descendants les prénoms de la famille royale de Savoie : Emmanuelle, Margherita, Umberto et Amedeo.

Jusqu’à l’âge de dix ans, le frêle garçon brun aux yeux toujours cernés, à la santé trop précaire pour qu’il aille à l’école, s’imprègne de la vaste culture de son grand-père maternel, Isaac Canin. A once ans on le met au lycée, mais ses études s’avèrent chaotiques, interrompues au fil des trimestres par pleurésies, scarlatine, typhoïdes et tuberculose qui lui délabre les poumons.  Comme à quatorze ans il n’obtient pas des notes convenables, mais montre de précoces dispositions pour le dessin, il demande d’aller à Florence suivre les cours d’un disciple de Giovanni Fattori. Mais sa première ambition, avant d’en avoir une comme artiste, était de fuir l’étouffoir familial. Venise lui permet de gagner quelques lires en exécutant des portraits bourgeois, mais surtout de côtoyer le gratin artistique pour le prix d’un cappuccino au café Florian.

Modi (son surnom) décide de monter à Paris en 1906, année de la mort de Cézanne et de son vingt-deuxième anniversaire. Grâce aux subsides envoyés par sa mère et son oncle, il s’installe dans un atelier rue Caulaincourt, au cœur de Montmartre, s’éternisant au Lapin agile, cabaret peuplé de poètes, de peintres et de femmes peu avares de leurs charmes. Son physique de beau ténébreux longiligne, son entrain, sa nature généreuse et son caractère versatile en font un personnage captivant qui s’adonne à tous les plaisirs, tarissant les ressources familiales dans des soirées d’ivresse. Expulsé de son logis, il est recueilli au Delta, un pavillon de bric et de broc que le mécène Paul Alexandre met à la disposition des artistes.

La tuberculose commence à le ronger. Ignorant Montmartre, il fréquente Le Dôme et La Rotonde à Montparnasse. Modi dessine, offrant des croquis contre un repas, une eau-de-vie ou un whisky. Selon Cocteau, “il passe pour fou parce qu’il donne ses dessins au lieu de les vendre. Après avoir fait le portrait des uns et des autres, il les distribue à la ronde, telle une gitane tireuse de carte ».

En1914, l’homme atteint la trentaine ; patriote, il aspire à combattre, façon de tourner la page. Mais le médecin militaire oppose un veto formel. Déçu, effondré même, son équilibre déjà précaire vacille, entraînant de terribles sautes d’humeur. Il boit chaque jour davantage, s’adonne au haschisch ; son visage se ravine et laisse pousser une abondante chevelure et barbe noire. Ce côté ténébreux et abattu captive Béatrice Hastings, une riche journaliste anglaise, poète à ses heures, plus charmante que jolie, à laquelle il déclare l’ayant à peine croisée : «Je suis Modigliani et Juif». Pendant deux ans, ils ne se quitteront pas. Puis Béatrice s’en retourne à Londres et Amedeo reste à Paris.

Un jour d’hiver, il embrasse ses deux enfants ; par un froid cinglant, part se promener. Il rentre épuisé, s’effondre à côté du poêle à charbon et on doit le transporter d’urgence à l’hôpital des pauvres. Le 24 janvier 1920 il s’endort à jamais. Kisling organise une collecte pour les obsèques et prévient la famille. Le frère de Amedeo, député socialiste, lui adresse d’Italie ce télégramme laconique: « Enterrez-le comme un prince.» Le jour de ses funérailles, tous se rassemblent – modèles, femmes d’un soir, clients, et des amis qui deviendront l’élite de l’art moderne… – . Une immense escorte suit le cercueil de Montparnasse au Père-Lachaise. Le retour est tragique. Sa compagne s’est jetée par la fenêtre du cinquième étage de l’immeuble de ses parents. La famille refusera jusqu’en 1928 que leur fille soit enterrée au côté d’un Juif. Depuis, les amants reposent en paix au Père-Lachaise. Sur la tombe du peintre maudit figure cette simple épitaphe : « Amedeo Modigliani pittore. OJO»

Sources :

Herbert Lottman Amedeo Modigliani, Prince de Montparnasse. Calmann-Lévy.

Marc Restelli, Amedeo Modigliani, l’Ange au visage grave. Seuil.

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