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Panamá, ataques yanquis.

19 febrero, 2012

Fin XIXe siècle début XXe, la politique extérieure des États-Unis passe de l’expansionnisme territorial et commercial à l’impérialisme proprement dit. La guerre avec l’Espagne, en 1898, symbolise cette nouvelle étape. Cette transition correspond à la croissance économique du pays.

Les États-Unis s’engagent dans la politique dite de « La porte ouverte » dont John Hay, secrétaire d’état (1898-1905), est l’artisan et qui vise à conquérir le marché asiatique et plus particulièrement le marché chinois. Le creusement d’un canal entre l’Atlantique et le Pacifique devient plus que jamais indispensable car il évite de contourner tout le Sud du contient (soit environ15.000 Km). Outre le Nicaragua*, le Panama  présente pour cela une situation géographique idéale.

Depuis 1846, les États-Unis ont obtenu de la Colombie, dont dépendait la région du Panama, une concession pour la construction d’un chemin de fer transocéanique. Mais ce sont des Français qui les premiers obtiennent l’autorisation, en 1878, d’entreprendre le percement d’un canal.

Or, pour des raisons diverses, les travaux n’avancent pas est l’entreprise menée par Ferdinand de Lesseps est un gouffre. Les financiers français acculés doivent vendre. Ils réussissent à convaincre Washington que le Panama est une meilleure solution que le Nicaragua.

Le traité de Hay-Paunceforte passé avec l’Angleterre en 1901 laisse aux États-Unis l’exclusivité de la construction et de l’administration d’un tel canal à l’endroit de leur choix.

En juin 1902, le Congrès ratifie la décision d’acheter pour un montant de 40 millions de dollars le chantier en cours.

C’est seulement une fois que les négociations sont menées que l’on consulte l’autorité souveraine du territoire et actionnaire du projet d’origine; à savoir le gouvernement colombien.  Les conservateurs, alors au pouvoir, sont redevables des États-Unis depuis la guerre des mille jours (1902), ils n’ont donc plus qu’à acquiescer.

L’accord Hay-Herran, signé à Washington le 22 janvier 1903, cède aux États-Unis une bande de terre de six miles de large pour une durée de 99 ans en échange de dix millions de dollars et une rente annuelle de 250 000 dollars. Pourtant l’affaire n’est pas réglée. Le Congrès colombien refuse de ratifier cet accord ou, en tout cas, souhaite en négocier davantage les termes.

Les vendeurs français, les acheteurs américains ainsi que l’oligarchie panaméenne qui espère que cette affaire allait sauver l’économie sinistrée de son pays ne peuvent attendre plus longtemps une réponse. Washington ayant menacé la Colombie de représailles, soutient la « rébellion spontanée » des Panaméens.

Le 3 novembre 1903, les séparatistes déclarent l’indépendance du Panama tandis que la marine des États-Unis se poste dans les ports panaméens pour dissuader l’armée colombienne d’intervenir.

Peu de jours après, le 7 novembre, le président Théodore Roosevelt, ayant déclaré que le refus du gouvernement colombien portait préjudice à l’avenir de l’Amérique, reconnaît le nouveau gouvernement panaméen.  La France qui à aussi intérêt à ce que l’affaire avance, en fait de même dans les jours qui suivent.

Le 18 novembre est signé le traité de Hay-Bunau-Varilla ; Philippe Bunau-Varilla étant le principal actionnaire français du projet qui par un tour de passe-passe se trouve être devenu ministre plénipotentiaire de la nouvelle république. Pour finir, les Panaméens interviennent, la junte provisoire ratifie le traité sans même l’avoir fait traduire en espagnol.

Le Panama reconnaissant cède, non seulement la frange de terre convoitée, mais aussi les droits de souveraineté, de fortification et l’exemption d’impôts et de taxes douanières.

Les États-Unis réalisent ainsi leur désir de maîtriser un passage entre les deux océans pour le développement de leur commerce mais aussi celui de construire des bases militaires pour la « défense du canal » sans paiement de droits supplémentaires. En outre, l’article VII du traité, à l’instar de l’amendement Platt à Cuba*, autorise Washington à intervenir dans les affaires du pays sous couvert de protéger les intérêts du canal.  De fait cet accord instaure un quasi-protectorat. Washington déploie 10. 000 soldats distribués dans catorze  casernes et forts (pour comparaison : les Forces de Défense Panaméennes ne dépassent pas de 12 000 hommes).

Ce coup de force émeut l’ensemble de l’Amérique Latine. Pour résumer la réalité des faits mais aussi le sentiment de nombreux panaméens l’accord de novembre 1903 sera appelé «le traité qu’aucun panaméen n’a signé ».

Cette affaire inspire le poète Nicaraguayen Rubén Dario qui écrit alors sa fameuse « Ode à Roosevelt » : Eres los Estados Unidos, eres el futuro invasor…

Le 15 août 1914 le canal est opérationnel. Il relie la côte Est et la côte Ouest des États-Unis. C’est la voie qu’emprunte l’indispensable pétrole brut de l’Alaska vers les raffineries des Caraïbes. Le lieu a un second intérêt stratégique. Il devient le camp d’entraînement des forces armées états-uniennes en zone tropicale. Il servira de tête de pont pour de multiples interventions, secrètes ou non, menées par les États-Unis en Colombie*, en Bolivie, à la Grenade*, et en Amérique Centrale dans les années 80.

Ce n’est qu’en 1939 qu’un nouveau traité mettra fin à ce statut de protectorat et que le Panama obtiendra officiellement son indépendance.  Mais Washington garde encore pour longtemps la main mise sur le canal, et les liens économiques restent considérables : 30 % des importations, 60 % des exportations. Le chemin est encore long avant que la réalité d’une souveraineté intégrale du Panama ne rejoigne le statut officiel accordé en 1939.

La montée du nationalisme panaméen dont la principale revendication tourne autour de la récupération du canal, atteint un tournant radical avec l’arrivée au pouvoir en 1968 du général Omar Torrijos, chef de l’armée et leader populiste. Torrijos se lance dans un combat tenace en vue de mettre fin au statut colonial et revendique haut et fort la restitution de la zone du canal et de ses installations. Quatorze années de négociation sont nécessaires, quatre présidents se succèdent à la Maison-Blanche avant qu’on aboutisse à la signature du traité Carter-Torrijos, le sept septembre 1977. Ce texte entre en vigueur en octobre 1979 et donne vingt ans pour assurer le transfert de la zone, ainsi que de l’administration et de la gérence du canal aux autorités panaméennes.La montée des revendications nationalistes et surtout la perte d’importance du canal qui devient obsolète motivent le geste d’ouverture de Carter.

Dans les années 90, à l’encontre des accords Carter-Torrijos, des négociations discrètes ont lieu entre le Gouvernement panaméen, qui n’est plus tout à fait sûr de vouloir hériter de la lourde gestion du canal et le Gouvernement des États-Unis, qui tient beaucoup à ses bases militaires. Pourtant, le catorze  décembre 1999, le transfert de pouvoir se déroule apparemment comme prévu en 1977.

Il prévoit pour le 31 décembre 1999, le départ progressif des bases militaires américaines implantées dans sa zone de protection. La souveraineté de Panama sur le canal est reconnue. L’économie locale perd la manne financière que représentait la présence de milliers de gringos dans la région. Les anciens employés panaméens de l’armée nord américaine qui touchaient des salaires corrects fournissent maintenant la main d’œuvre à bas prix des nouvelles sociétés délocalisées. Les investisseurs spéculent sur l’immobilier ce qui rend la place hors d’accès à la grande majorité des Panaméens.

C’est un pas en avant, mais cela ne signifie pas la fin du contentieux. Le canal représente encore une grosse manne financière et les bases militaires gardent leur importance stratégique.

Le Sénat et la Chambre des Représentants des États-Unis votent des amendements au traité qui limitent la souveraineté de la petite république centre-américaine. L’un d’eux permet de maintenir, aux forces armées américaines, le droit d’intervenir au Panama pour protéger la sécurité du canal, sans précision des circonstances.

Dans les années 80, le nouvel homme fort du Panama défie à son tour l’autorité de Washington. Le général Noriega assume le poste de commandant en chef de la Force de Défense. Soutenu par Washington dans les années 70 dans le dessein d’éclipser Torrijos, cet ancien agent de la C.I.A déçoit ses supporters. Une fois au pouvoir, il participe activement aux démarches de paix du groupe de Contadora. Il entretient des rapports cordiaux avec Cuba* et le Nicaragua*, et refuse de prêter main-forte aux mercenaires de la Contra. Comble de tout, il affiche clairement son attachement au désengagement progressif des États-Unis de la zone du canal et à l’application du traité Carter-Torrijos.

C’en est trop pour Ronald. Reagan, qui lors des accords de 1977 avait déclaré : “La zone du canal n’est pas une colonie, ni une location à long terme; elle est le territoire souverain des États-Unis au même titre que l’Alaska et que tous les États nés lors de l’achat de la Louisiane. Nous devons mettre un point final aux négociations sur le canal et dire au général que nous l’avons acheté, nous l’avons payé, nous l’avons construit, et nous allons le garder. “

Ces différences de vue se manifestent ouvertement en août 1989 date à laquelle les relations entre Washington et Panama se détériorent : le commandement US organise des manœuvres de grande envergure dans la zone du canal, provoquant une vive tension. À plusieurs reprises les forces de défense panaméennes (FDP) et les marines se heurtent. Cette guerre larvée continue jusqu’en décembre.  En octobre, une tentative de coup d’État contre le Général Noriega échoue. Le 16 décembre, il est désigné comme Chef du gouvernement.

Comme d’habitude, on commence par lancer une campagne médiatique: l’ex-protégé de la C.I.A est un « trafiquant de drogue », un « pornographe », un « adepte de la sorcellerie vaudou ». C’est un « dictateur partisan de la torture et violeur des droits de l’homme ». L’opinion publique est préparée.

Profondément agacé par la résistance de Cuba et du Nicaragua, le Président Bush renoue avec la politique du « big stick » et fait finalement appel à la manière forte. En vertu du traité de neutralité et des amendements des accords Carter-Torrijos, Washington prétend pouvoir intervenir au Panama.

Le quatuor inséparable Cheney, Rumsfeld, Wolfowitz et Perle (avec Colin Powell chef d’État major de l’armée) conçoit de bout en bout l’opération « Juste cause », dont le but est d’envahir le Panama, de renverser l’ « autocrate  Noriega » et « d’ instaurer la démocratie», en mettant au pouvoir leur nouveau protégé Guillermo Endara.

Cette fois, c’est la bonne : après plus de deux ans de pressions économiques, de ” putschs ” encouragés en sous-main et de déclarations belliqueuses, l’attaque est lancée soudainement le 20 décembre 1989, sans témoins, sans l’autorisation de l’ONU ni même celle du Congrès des États-Unis.

L’armée U.S dispose d’une force basée sur le territoire panaméen depuis des dizaines d’années. Avec une armada de plus de cent cinquante hélicoptères, un total de vingt-sept mille hommes, des chasseurs bombardiers, et tous les types d’engins blindés dont elle dispose, elle ne lésine ni sur les effectifs ni sur les moyens financiers – pour l’heure, toujours tenus secrets. Elle ne s’embarrasse pas non plus des effets déplorables d’une telle expédition.

Proche du quartier général de Noriega, le quartier populaire du Chorrillo est rasé par des bombes incendiaires et celui de San Miguelito dévasté. Les frappes chirurgicales sont de fait approximatives.

Le bilan est lourd : la capitale dévastée, l’économie paralysée. Si les pertes américaines sont limitées – vingt-trois soldats – en revanche le chiffre des victimes civiles est énorme. Et bien que le nouveau gouvernement panaméen cherche à les minimiser, la découverte en avril et juin 1990 de fosses communes est accablante. Les chiffres varient : entre deux mille et sept mille selon les sources.

De plus, scénario désormais classique, le laissez faire de l’armée américaine dans le domaine de la sécurité publique laisse la place aux pillages. C’est ainsi que sont inaugurés les sempiternels «dommages collatéraux».

Malgré la résistance de quelques groupes armés partisans de Noriega, les « bataillons de la dignité », le général, d’abord réfugié à la Nonciature du Vatican, finit par se rendre. Il est emprisonné en Floride pour être ensuite jugé et condamné (le 10 juillet 1992) à quarante ans de prison pour trafic de drogue au cours d’un procès plus que douteux. Un certain nombre d’éléments concernant son arrestation et ses relations avec les États-Unis restent mystérieuses.

Les fameux « dégâts collatéraux » n’entament pas la satisfaction de George Bush. Il considère que tous ses objectifs sont atteints. L’armée nord-américaine a éliminé un dictateur et rétabli la démocratie en redonnant le pouvoir à Guillermo Endara le candidat élu quelques mois auparavant, le 7 mai 1989. Peu importe que celui-ci rappelle qu’il n’avait rien demandé et que cette opération se soit faite au mépris du droit international. Panama est ravagé son armée est dissoute et ne représente plus pour la population pauvre un moyen d’ascension sociale comme par le passé.

Pour stabiliser le pays, et déjouer toute possibilité de contestation, il faut faire redémarrer au plus vite l’économie. Qu’à cela ne tienne, Washington,  bon prince, organise un voyage d’hommes d’affaires américains pour les encourager à investir dans le pays et chiffre les dommages causés par l’intervention. Sous perfusion économique, le Panama n’en sera que plus docile. Les fonds tarderont cependant à venir laissant finalement place au marasme et au mécontentement populaire.

Accessoirement, cette opération permet à Washington de couper les sources d’approvisionnement en matériel ” sensible ” (ordinateurs et produits sophistiqués) de ses deux ” ennemis ” de la région : Cuba et le Nicaragua parvenaient jusqu’ici à contourner l’embargo américain grâce à la monnayable bienveillance de l’ancien régime.

Aux États-Unis la popularité de G.Bush est maximale et aux yeux de l’opinion publique internationale ces événements passent relativement inaperçus car son regard est alors tourné vers l’Afghanistan*.

Mais au passif de cette opération il reste les réactions outrées des pays latino-américains et la condamnation de l’Assemblée Européenne et de l’O.N.U.

Certaines «bavures» sont vivement dénoncées par la presse, comme les pressions exercées sur le Nonce ou des diplomates cubains, la violation du domicile de l’Ambassadeur du Nicaragua ou la mort d’un photographe espagnol abattu par des soldats américains.

Pour calmer les esprits, George Bush adopte un discours apaisant : « Nous voulons assurer à tous les pays d’Amérique latine que la politique des États-Unis reste celle d’un voisin amical, efficace et respectueux. »

Peu de Latino-américains croient à la sincérité d’un tel message. L’O.E.A est discrédité.

Le Pentagone, qui débarrasse les lieux sans même prendre la peine de déminer ses anciens terrains militaires, cherche une nouvelle base en Amérique Latine.

À lire : L’Amérique Latine de 1945 à nos jours. Pierre Riado. Masson, histoire. 1992.

: Amérique centrale. Les naufragés d’Esquipulas, Maurice Lemoine, L’Atalante, Nantes, 2002.

Amérique centrale, la cinquième frontière ?, Michael Stuhrenberg & Eric Venturini, La Découverte, Paris, 1986.

Revolution and Intervention in Central America, Marlene Dixon, Synthesis, San Francisco, 1983.

– « Comment Washington a imposé au président Suazo Cordova un centre d’entraînement pour l’armée salvadorienne », Anonyme, Le Monde diplomatique, août 1983.

Del libro inédito  “Intervenciones nortemericanas”, de Ramón Chao e Ignacio Ramonet.

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