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Hoy, 2001 Afganistán

27 febrero, 2012

La quasi-totalité des interventions des U.S.A. à travers le monde a eu pour objectif final d’agir en faveur des intérêts américains. Même pour les opérations apparemment altruistes, comme l’entrée tardive dans la seconde guerre mondiale, le débarquement en Normandie et la « libération » de la France, on ne doit pas oublier qu’avec les marines Washington avait dépêché toute une administration prête à s’occuper du pays conquis, avec même une monnaie (l’angot) frappée par les américains. Il a fallu toute l’énergie et la personnalité de Charles de Gaulle pour que la France ne soit pas occupée, comme par exemple l’Autriche.

Les attentats terroristes de l’once septembre ont montré que les États-Unis sont, en fait, vulnérables et qu’il existe plusieurs pays qui leur sont hostiles. Si l’on ajoute ce constat aux pressions internationales articulées par le tandem Bush-Blair autour de la nécessité du soutien des autres nations à la lutte contre le terrorisme, le résultat peut être explosif. A moyen terme, la perspective est celle de voir augmenter le poids des arguments nord-américains en faveur du bouclier anti-missiles aussi bien au sein de l’ONU que dans la relation avec les principales puissances de la planète. Cela ne signifie pas que l’industrie de l’armement devra patienter pour grossir ses bénéfices.

Le rythme de ses machines a déjà été accéléré à la suite de la décision de déclarer la guerre à l’Afghanistan et les actions de groupes tels que Honeywell International, Lockheed Martin, Raytheon, Northrop Grumman et Boeing (qui, en plus des avions fabrique aussi des missiles et des satellites), sont les seules qui se sont valorisées même les jours où la Bourse de Valeurs de New York enregistrait des pertes successives dans ses indices. Pour eux, cette guerre (à laquelle ont déjà été consacrés 344 milliards de dollars) est simplement une sorte d’avant-goût lorsque comparée aux commandes attendues du projet de militarisation de l’espace. Apparemment, les vautours sont déjà en train de se positionner, le regard vif et le bec affûté. C’est l’issue du conflit en Afghanistan qui dira combien de carnages continueront à être offerts à leur appétit

Compte tenu des ressources énergétiques de la région, on ne peut douter que, cette fois-ci encore, l’intervention des U.S.A. en Afghanistan prend en compte ce facteur.

L’Afghanistan est considéré depuis un bon moment comme une des nations les plus pauvres et arriérées au monde. Jusqu’au début des années 70, le pays est gouverné par une monarchie qui a peu de pouvoir; le vrai pouvoir est aux mains d’une poignée de propriétaires terriens qui n’hésite pas à utiliser la religion musulmane pour légitimer sa domination. Cette réalité provoque un mécontentement croissant non seulement parmi le peuple mais aussi dans les secteurs progressistes et dans une partie de l’armée. C’est avec l’appui de ces mécontents  qu’en 1973 le roi Mohamed Zahir Shah  est chassé par son cousin Mohamed Daoud, qui instaure un régime républicain. Ce changement rend possibles les activités du Parti Démocratique du Peuple de l’Afghanistan (PDPA), d’inspiration communiste, qui a pour base les rares intellectuels afghans qui résident dans les villes, les étudiants et  quelques officiers des forces armées. Les principaux points de son programme sont : la réforme agraire, la libération de la femme et l’alphabétisation massive de la population. Cédant aux pressions des conservateurs, Daoud assume des positions de plus en plus modérées et, en 1978, essaye de supprimer les activités du PDPA.

A une époque où la situation économique et sociale de l’Afghanistan empire à vue d’œil, deux leaders de gauche sont assassinés et les manifestations de protestation s’étendent dans le pays. La police réagit par la répression et l’emprisonnement de plusieurs représentants des secteurs progressistes. Mais, loin de mettre un terme aux tumultes, ces évènements ouvrent le chemin à la révolte d’un secteur des forces armées.

Pendant les affrontements qui se déroulent en avril 1978,  Daoud et une bonne partie de son cabinet sont tués. Le PDPA prend le pouvoir et proclame l’Afghanistan «  république démocratique » sous le commandement de Mohamed Taraki. La même année, Taraki réalise une réforme agraire radicale. Environ 250 000 paysans bénéficient d’une large distribution des terres et toutes les dettes envers les anciens propriétaires sont annulées. Le nouveau régime libère 8 000 prisonniers politiques et déclare que l’éducation est un droit universel aussi bien pour les hommes que pour les femmes.

Les réactions des secteurs conservateurs sont violentes et amènent Taraki à chercher l’appui de l’Union Soviétique. Ce choix provoque de durs conflits au sein du PDPA, qui finissent par renforcer l’opposition. En septembre 1979, Taraki est assassiné et remplacé par Hafizullah Amin, homme fort du régime précédent. Incapable de contrôler la situation du pays, Amin est tué en décembre de la même année pendant la rébellion qui place au pouvoir Babrak Karmal, avec l’appui de l’armée de  l’Union Soviétique qui occupe la capitale fin décembre 1979, et ensuite étend son contrôle au reste du pays.

Les changements commencés avec Taraki se poursuivent et les résultats commencent à apparaître. Si en 1977 seulement 15% des garçons et 2% des filles avaient accès à l’école, pendant le gouvernement du PDPA ce pourcentage augmente jusqu’à atteindre 63% des enfants en 1987. Pendant la même période, l’investissement dans les services de santé augmente l’espérance de vie de 33 à 42 ans. Les femmes font des pas importants pour commencer à sortir de la situation de marginalisation dans laquelle elles se trouvent. Pendant les gouvernements communistes, l’analphabétisme féminin passe de 98% à 75%, des milliers de femmes s’intègrent à la vie politique du pays et abandonnent progressivement les restrictions religieuses qui les marginalisaient.

On ne soulignera jamais assez que c’est la position stratégique de l’Afghanistan par rapport aux autres pays d’Asie Centrale et du Moyen Orient qui amène les États-Unis et l’Union Soviétique à se disputer à tout prix le contrôle de ce pays. Face à la présence de l’armée rouge, la CIA encourage la création de groupes de guérilla appuyés par les propriétaires terriens touchés par la réforme agraire, les services secrets du Pakistan, l’OTAN, Israël et l’Arabie Saoudite.

En mars 1985, le président des États-Unis, Ronald Reagan, autorise officiellement l’augmentation de l’aide que la CIA apportait aux moudjahidines afghans depuis 1979. En passant par le Pakistan, les États-Unis leur procurent des armes et de l’argent pour un montant de 1 milliard de dollars par an. Le moyen par lequel la CIA cherche à embrigader des adeptes dans tous les pays arabes consiste à mettre en avant l’explication selon laquelle les lois islamiques sacrées étaient violées par les troupes soviétiques qui professent l’athéisme, raison pour laquelle les serviteurs de Mahomet devraient s’unir pour revendiquer l’indépendance de l’Afghanistan et chasser le régime gauchiste soutenu par Moscou.

Motivés par le nationalisme et la ferveur religieuse, plus de 100 000 musulmans sont impliqués dans cette « guerre sainte » qui combat l’armée soviétique au service des intérêts des États-Unis. C’est dans ce contexte qu’un des fils de l’élite de l’Arabie Saoudite, Oussama Ben Laden, devient un proche collaborateur de la CIA et rejoint les filières du Parti Islamiste de Gulbudin Hekmatiar. En 10 années d’attaques, les moudjahidins armés par les États-Unis détruisent presque 2 000 écoles, 31 hôpitaux, des dizaines d’entreprises, plusieurs centrales électriques, 41 000 kmde voies de communication, 906 coopératives d’agriculteurs, font exploser des bombes dans des cinémas et des places pleines de gens. Ceux que Reagan appelle « combattants de la liberté », parmi lesquels Ben Laden, s’emploient à tuer sans pitié des femmes, des enfants, des vieillards, des chefs religieux partisans du gouvernement et des professeurs. Malgré le raffinement de cruauté qui les caractérise, les moudjahidins ne sont jamais désignés comme des  terroristes  ni par les États-Unis ni par les européens. Ils sont, tout au plus, traités de rebelles après avoir utilisé des missiles anglais et étatsuniens pour abattre deux avions civils des lignes aériennes d’Afghanistan.
En septembre 1987, Babrak Karmal démissionne de son poste et le général Najibullah prend sa place. Poussé par la nouvelle politique de Gorbatchev, le nouveau président essaye de démarrer un processus de pacification qui est refusé par les moudjahidines. Entre août 1988 et février 1989, l’armée soviétique quitte l’Afghanistan. La situation  du pays devient encore plus tendue non seulement à cause des affrontements entre les moudjahidines et les forces de Najibullah, mais aussi à cause des divisions qui surgissent entre les 15 groupes armés qui luttent pour abattre le gouvernement afghan, parmi lesquels huit sont composés de musulmans chiites  alors que les sept autres sont sunnites. En mai1992, l’armée du général Najibullah est vaincue, les moudjahidines occupent la capitale du pays et, en juin de la même année, ils nomment Burhanudin Rabani président par intérim.

Sa tentative pour faire cohabiter l’aile modérée et le secteur fondamentaliste du Parti Islamiste de Hekmatiar ne réussit pas et les deux factions s’affrontent en une sanglante guerre civile. En 1996, les islamistes intégristes (talibans) prennent le pouvoir. Leur armée bénéficie de la structure de la guérilla des années précédentes. Dans les camps d’entraînement d’Afghanistan et du Pakistan s’entraînent, maintenant, les forces qui vont s’opposer aux groupes musulmans modérés (qui forment « l’Alliance du Nord ») et celles qui aideront à soutenir la guerre séparatiste en Tchétchènie, appuyée par la CIA.

Les attentats terroristes du once septembre précipitent les choses. L’économie des États-Unis était balbutiante. Elle donnait des signes de récession, d’augmentation du chômage et de réduction de l’activité de plusieurs entreprises.

L’entrée en guerre des États-Unis impliquerait que l’industrie américaine de l’armement, quelques mois à peine après l’élection de George W. Bush, se voit remboursée des sommes investies dans la campagne des Républicains. Tandis qu’ ils s’engageraient sur le terrain militaire, les États-Unis rebondiraient donc sur le terrain économique.

En plus des problèmes de l’industrie de l’armement et de  l’approvisionnement en pétrole et en gaz naturel, l’économie nord-américaine était en train de patiner dans ce que les spécialistes appellent « crise de surproduction ». Si, vous avez bien entendu, il ne s’agit pas d’une situation de manque, mais plutôt de surplus de capitaux et de marchandises. C’est une réalité qui, de temps en temps, s’installe dans n’importe quel pays capitaliste à la suite d’une phase de croissance économique. La cause de son apparition ne se trouve pas dans le chômage, mais dans le mécanisme qui fait tourner  les engrenages de l’exploitation : la production de la richesse est collective, mais au moment de partager le gâteau, les patrons se réservent la plus grosse part. Ils l’utilisent non seulement pour avoir des conditions de vie bien meilleures que les nôtres, mais aussi pour réaliser de nouveaux investissements augmentant ainsi le nombre de gâteaux et la taille de leurs parts. Comme les travailleuses et les travailleurs ne gardent que les miettes, vous comprenez facilement que tôt ou tard, la société se retrouve dans la situation absurde de la pauvreté au milieu de l’abondance.

La guerre est un moyen nécessaire pour affirmer le pouvoir des États-Unis dans le monde mais aussi pour tenter d’établir le contrôle des gisements de pétrole et de gaz naturel sur des bases plus favorables et durables.

L’exportation des hydrocarbures d’Asie Centrale est un enjeu disputé entre Américains, Russes mais aussi Iraniens et Chinois depuis 1991. La région est au centre d’un nouveau « grand jeu » entre ces pays pour le contrôle et l’acheminement des hydrocarbures de la Caspienne vers les marchés européen et asiatique.

La dispute pour le contrôle des gisements de pétrole et de gaz naturel dure depuis plus d’une décennie. Si la consommation de pétrole se poursuit au rythme actuel, d’ici à 2020 les deux tiers des réserves de combustibles fossiles de la planète seront épuisées. Un délai de 19 ans paraît quelque peu éloigné dans le temps, mais, comme il s’agit d’une matière première stratégique pour l’économie mondiale, la course pour garantir l’accès à ces ressources sera de plus en plus rude. Dans ce contexte, la position des États-Unis est assez vulnérable, et ceci, pour au moins trois raisons.

La première vient d’un constat inquiétant. Si les États-Unis devaient uniquement compter sur les réserves qui se trouvent sur leur territoire ils auraient suffisamment de pétrole pour quatre années tout au plus. Cela sans compter sur le fait que, par exemple, l’exploitation des réserves de l’Alaska exigerait des investissements d’au moins 20 milliards de dollars uniquement pour la construction d’un oléoduc et devrait faire face à de fortes oppositions des groupes écologistes.

La deuxième réside dans le fait que sur 100 barils de pétrole importés par les États-Unis, 82 viennent d’Arabie Saoudite. La monarchie qui gouverne ce pays, principal allié des États-Unis dans le monde arabe, est confrontée à une opposition croissante contenue au moyen d’une dure répression de toute expression de sentiment anti-gouvernemental. Malgré les succès obtenus jusqu’à présent, la fréquence des attentats terroristes en Arabie et le mécontentement vis-à-vis de son gouvernement sont suffisants pour comprendre que cette domination ne va pas durer pour toujours.

Le dernier motif de préoccupation ne repose pas seulement dans le constat que des pays comme l’Iran et l’Irak sont loin d’être en bons termes avec les États-Unis, mais, surtout, dans le fait que la compagnie française Total-Elf-Fina a fait de lourds investissements en Iran et s’est associée à la Russie pour l’exploitation des réserves de la Mer Caspienne. Cette alliance permet à la Russie de contrôler, directement ou indirectement, un territoire qui englobe les régions productrices du Caucase (parmi lesquelles la Tchétchénie) et d’une bonne partie de l’Asie Centrale.

Une sortie pour la situation inconfortable dans laquelle se trouvent les intérêts nord-américains avait déjà été révélée début 1998 par le lieutenant-colonel de réserve Lester W. Grau qui fut, entre autres, adjoint politique et économique au quartier général des forces alliées d’Europe Centrale à Brunssum, aux Pays Bas. Dans la revue Foreign Affairs, Lester reconnaît la fragilité des conditions d’approvisionnement des États-Unis, évalue les alternatives pour améliorer cette situation et indique comme le chemin le plus viable, la construction d’un oléoduc qui partirait des puits du Kazakhstan ou du Turkménistan, proches de la Mer Caspienne, passerait par les villes de Herat et de Kandahar, en Afghanistan, entrerait au Pakistan par Quetta et se terminerait au port de Karashi. De là le pétrole et le gaz seraient facilement embarqués vers les États-Unis, la Chine et le Japon, en évitant ainsi les eaux agitées du Golfe Persique qui furent déjà le théâtre de violents affrontements. Le coût du projet tournerait autour de 2 milliards de dollars et donnerait accès à des réserves de pétrole 33 fois plus importantes que celles de l’Alaska et à une quantité de gaz naturel estimée à 50% du total découvert à ce jour au niveau mondial. Le seul problème technique est la présence en territoire afghan d’un certain Oussama Ben Laden dont les forces se refusent à satisfaire les expectatives de ses anciens alliés.

Ainsi, jusqu’en 1998, les États-Unis se sont vivement intéressés à la position de l’Afghanistan. Si les réserves d’hydrocarbures de ce pays sont faibles, sa position géographique en fait une clé de l’évacuation des ressources de la zone. Il constitue un accès à la mer d’Oman et à l’Océan Indien. Cette position intéresse directement le Turkménistan qui dispose de réserves gazières importantes. Le projet américain de gazoduc UNOCAL ayant été retenu par le président turkmène et un accord devait être passé en 1998 entre les États-Unis et les talibans (à cette époque le régime taliban était vu favorablement à Washington). Mais devant l’opposition de mouvements féministes américains et à la suite des attentats contre les ambassades américaines à Nairobi et Dar Es-Salaam, le projet UNOCAL a été suspendu.

Par ailleurs, en décidant de bombarder ce pays, les États-Unis lancent la première campagne de la guerre contre l’énnemi qui leur manquait depuis l’écroulement de l’empire soviétique : le terrorisme.

« Cette guerre sera longue », annonce le président George W. Bush.

Face à la violence de l’attaque, au choc subi par l’opinion publique, à la soif de vengeance qui habite une bonne partie du peuple des États-Unis et tous ses gouvernants, la première puissance économique mondiale réagit vite et fort. Le monde doit être impressionné par la force du peuple américain, tant dans sa réponse au terrorisme, que dans sa capacité à surmonter cet événement. Il faut d’abord identifier, localiser, et puis châtier les auteurs. Ils sont donc identifiés,

Inmédiatement, les Américains considèrent Oussama Ben Laden comme le seul capable d’orchestrer de telles attaques contre les États-Unis. Ils l’accusent de diriger l’organisation Al-Qaïda, qui compte 3 000 à 5000 membres.

Michael Barry, un des meilleurs spécialistes de l’Afghanistan pense que l’assassinat du Commandant Massoud, chef afghan qui luttait dans la vallée du Panshir contre le pouvoir des Talibans, était était un préalable aux attaques contre le World Trade Center et le Pentagone.

Ben Laden et ses conseillers sont immédiatement accusés d’avoir perpétré cet attentat,. Ils. Ben Laden et ses conseillers avaient anticipé la réaction prévisible des Etats-Unis après la tragédie du World Trade Center. Celle-ci aurait lieu, à n’en pas douter, contre l’Afghanistan et le régime des talibans qui accueillait les islamistes arabes et hé­bergeait les camps d’entraînement d’Al-Quaida. Or, en Afghanistan, les Américains, pour les opérations au sol, risquaient de pouvoir s’appuyer opération­nellement sur la «résistance» anti-Talibans incar­née par la fameuse Alliance du Nord, dirigée. par Massoud depuis son refuge de la vallée du Panshir. Il fallait donc tuer préalablement Massoud en es­comptant de cette mort qu’elle aboutisse à une dis­location de ladite Alliance, de sorte que les Améri­cains se retrouvent sans alliés crédibles. Massoud fut assassiné le 9 septembre 2001, soit deux jours exactement avant les attentats en Amérique. Cette redoutable et parfaite planification fournit des indi­cations alarmantes sur l’efficacité organisationnelle d’Al-Qaïda. Du moins telle qu’elle était à l’époque. Pourquoi, alors, le calcul de Ben Laden se révéla, malgré tout, erroné? Parce que, en dépit de la mort de Massoud, l’Alliance du Nord (assemblage fra­gile de seigneurs de la guerre et de militants for­més par Massoud) tint le choc et ne se dispersa point. C’est finalement cette Alliance qui, avec le soutien massif de l’aviation américaine, chassa les talibans de Kaboul.

Militant islamiste, Oussama Ben Laden est un milliardaire saoudien, ancien agent de la CIA soutenu pendant de longues années par Washington dans la guerre contre les communistes. Il est l’invité du régime taliban.

Les preuves de cette identification, gardées secrètes, sont jugées suffisantes par la majorité des gouvernements. C’est après avoir vu ces preuves, que le Pakistan accorde son soutien à l’intervention américaine. Identifiés, localisés, il faut maintenant les punir.

La politique américaine est claire : le démantèlement du réseau Al Qaïda sera la première étape dans la lutte contre le terrorisme mondial.

Les attaques contre l’Afghanistan obligent les pays arabes et musulmans à choisir entre Ben Laden (et la soi-disant défense de la religion islamique) et George W. Bush.

En se décidant pour le soutien ou pour la neutralité en relation aux États-Unis ces régimes tendent à exacerber les actions des groupes qui s’opposent à leurs gouvernements. S’ils choisissent Ben Laden, ils perdent un important allié militaire ou économique et deviennent automatiquement les ennemis des États-Unis. Les manifestations qui ont eu lieu dans les rues du Pakistan et de l’Indonésie sont seulement un petit échantillon de ce qui pourrait arriver à bien plus grande échelle.

Cette guerre, condamnée par les opinions publiques du monde musulman, alimente les visions les plus extrémistes, notamment au Pakistan. Lors des élections législatives d’octobre 2002 et malgré les manipulations du général Pervez Moucharraf, les groupes islamistes se réclamant de la même idéologie que les talibans ont obtenu d’incontestables succès, notamment dans les provinces frontalières de l’Afghanistan.

Même si le régime taliban n’a pas été reconnu officiellement par les USA, Georges W. Bush demande l’extradition d’Oussama Ben Laden et du Mollah Omar. Les autorités afghanes refusent.

La volonté américaine n’a pas de limites et les états apportant un soutien direct ou indirect aux terroristes seront frappés avec la même force que le seront les terroristes. C’est bien sûr l’État afghan qui est visé.

Les États-Unis oublient que les activités terroristes ont d’abord été facilitées par les paradis fiscaux (Suisse, Lichtenstein…), par la passivité de Londres (rebaptisée Londistan, dû au nombre de terroristes que cette ville semble héberger impunément), par l’incohérence de la politique étrangère américaine et européenne de ces dernières décennies.

Le 14 septembre 2002, le Congrès autorise le Président à “recourir à la force militaire ”. Immédiatement, Georges. W. Bush signe le rappel de 50 000 réservistes dans les forces armées. Le 6 novembre, il réclame des preuves d’engagement aux alliés : « Ou vous êtes avec nous ou vous êtes contre nous… ».

La France a 2.000 hommes engagés, annonce le président Jacques Chirac. L’Italie fournira 2.700 militaires au total. La stratégie d’union contre un ennemi aux contours incertains va permettre à Washington de nouer des alliances avec des régimes peu respectueux des droits de la personne – Pakistan, Algérie, Chine, Libye – ou de cautionner des politiques répressives, comme celle qui est menée par la Russie contre le peuple tchétchène.

Des agents de la CIA commencent à opérer en Afghanistan juste après la date fatidique pour mener des opérations militaires et de renseignement. La CIA dispose d’un vaste centre d’opération à Kaboul. Situé dans le quartier d’Ariana Chowk, ce bâtiment étroitement gardé est protégé par un mur d’enceinte de13 mètresde haut, du fil barbelé et des miradors. L’Agence possède également un centre de détention et d’interrogatoire à la base aérienne de Bagram, bien que cela n’ait jamais été officiellement reconnu par les États-Unis. Il est impossible de savoir qui y est détenu, pour combien de temps et dans quelles conditions. On ne sait pas non plus quels sont les critères qui motivent le transfert de prisonniers vers d’autres installations américaines.

Les forces américaines emploient régulièrement des méthodes militaires pour effectuer des arrestations en Afghanistan, et ce parfois en négligeant de respecter le droit international humanitaire et la Charte des droits de 1’Homme.

Ainsi, les règles d’engagement américaines, conçues pour les situations de combat, sont souvent appliquées à la place des procédures d’arrestation civiles. De plus, les déficiences des services de renseignement entraînent la prise à partie de civils qui ne sont pas impliqués dans les hostilités. Ceci donne lieu à des pertes civiles au cours des opérations d’arrestation et à la destruction injustifiée de maisons. Des témoignages crédibles affirment également que les forces américaines frappent et font subir des sévices à certains prisonniers, que les troupes afghanes accompagnant les forces américaines brutalisent des civils et pillent les maisons des personnes arrêtées.

Selon un responsable de l’ONU chargé de recueillir les témoignages sur les opérations de 2002, on reproche aux troupes américaines de se « comporter avec une brutalité de cow-boys »  envers des civils qui « se révèlent généralement n’être que des citoyens respectueux de la loi ». Des témoins affirment notamment que les  soldats « détruisent les portes avec des grenades au lieu de frapper » et traitent les femmes et les enfants avec brutalité.

Au début, le secrétaire américain à la défense, M. Donald Rumsfeld, exprime ses regrets devant les « dommages collatéraux », mais cela ne dure pas. Admettant que 16 civils innocents ont été tués lors d’un raid au nord de Kandahar le 24 janvier 2002, il déclare quelques semaines plus tard : « Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une erreur. Les circonstances sur le terrain en Afghanistan sont difficiles, qu’on le veuille ou non. C’est le désordre. Ce n’est pas une situation nette où tous les bons sont d’un côté et les mauvais d’un autre ».

L’effet dévastateur de ces erreurs est aggravé par des bombardements tapissant de vastes zones, effectués à l’aide de bombardiers  porteurs de bombes à fragmentation CBU 87. Quand une CBU 87 est lâchée, les petites bombes qu’elle disperse couvrent une zone de la taille de deux à trois terrains de football. Chaque bombardier B1 peut transporter jusqu’à 30 CBU 87. Fin janvier 2002, environ 600 bombes de ce type ont déjà été larguées. Ces engins sont censés exploser au contact du sol, mais, dans 5 % des cas, ils n’explosent pas, ce qui signifie que quelques 6 000 de ces petites bombes, semblables à des mines, peuvent joncher le pays.

« C’est une guerre stupide, et inutile. Je l’ai suivie avec un immense chagrin, et mieux vaudrait qu’elle cesse immédiatement. L’heure est maintenant à la reconstruction ». L’ex-roi Mohammed  Zaher Chah ne sait pas qu’un journaliste est présent lorsqu’il tient ces propos au dirigeant d’une mission humanitaire qui lui demande ce qu’il pense des combats dans son pays. Ignorées par l’ensemble des médias américains, ces paroles méritent pourtant d’être prises au sérieux.

Ces propos acerbes font écho à la colère grandissante des Afghans devant les victimes civiles des opérations militaires américaines. Personne ne connaît exactement l’ampleur des pertes causées par les bombardements dans la population. Mais une enquête menée par un économiste de l’université du New Hampshire, M. Marc W Herold, qui a méticuleusement rassemblé les témoignages sur le terrain de travailleurs humanitaires et de journalistes, recense 3712 civils tués au cours des huit premières semaines de combats, soit plus que les 3 067 Américains victimes des attentats de l’once septembre.

Le bilan de la guerre d’Afghanistan – sans même évoquer son coût humain – suscite un certain trouble.

Le pays, début 2003, est au bord de l’anarchie. L’autorité du Président Hamid Karzaï installé par Washington ne dépasse pas les limites de Kaboul.

Des rapports de la CIA s’inquiètent du fait que l’Afghanistan risque de plonger dans le chaos si rien n’est fait pour contenir la rivalité entre chefs de guerre et contrôler les tensions ethniques. Des échauffourées entre chefs de guerre rivaux se produisent à Mazar-e-Sharif, Kandahar, Kunduz, Khost, Allahabad et dans d’autres villes. Le banditisme a littéralement explosé dans tout le pays, des barons de la drogue locaux ayant relancé la production d’opium à une échelle plus vaste.

La destruction d’Al-Qaïda, objectif primordial de la « guerre contre le terrorisme », est un échec : les principaux responsables de cette organisation restent introuvables, dispersés à travers le monde ou abrités dans les zones tribales de l’Afghanistan. Ils organisent des coups de main contre des troupes américaines ou fomentent des attentats dans divers pays du monde. Les droits de la personne, notamment ceux des femmes, continuent à être bafoués.

En Occident, comme dans le reste du monde, la guerre contre le terrorisme a été le point de départ d’une offensive sans précédent contre les libertés individuelles. Tandis que les prisonniers enfermés par les États-Unis à Guantanamo ou ailleurs subissent un régime d’exception contraire aux principes internationaux et à la législation américaine elle-même, les citoyens des pays occidentaux et les immigrés sont les cibles de mesures liberticides dénoncées par les organisations des droits humains.

A lire :

– Massoud l’Afghan. Christophe de Ponfilly Editions du Félin, Paris.

– L’ombre des talibans. Admed Rasid. Autrement, Paris. .

– L‘échec de l’Islam politique. Olivier Roy, Edi. Du Seuil, 1992.

– La crise afghane aux miroirs des ambitions étrangères. Olivier Roy, Seuil

– Histoire de la guerre d’Afghanistan. d’Assem Akram, Balland, 2002

– Documents on the Soviet Invasion of Afghanistan

 – Out of Afghanistan Diego Cordovez, Selig S. Harrison, Oxford University Press, New York, 1995,

Le royaume de l’insolence, l’Afghanistan : 1504-2001 de Michael Barry, Flammarion, 2002

– L’URSS en Afghanistan. de Jacques Levesque, Complexe, 1999

Blank Check : The Pentagon’s Black Budget, Tim Weiner, Warner Books, New York, 1990.

Low Intensity Warfare : Counterinsurgency, Proinsurgency, and Antiterrorism in the Eighties, sous la direction de Michael Klare & Peter Kornbluh, Pantheon Books, New York, 1988.

– « Partners in Time : The CIA and Afghanistan since 1979 », par Charles C. Cogan, World Policy Journal, été 1993.

– « L’histoire secrète des négociations entre Washington et les talibans », par Pierre Abramovici, Le Monde diplomatique, janvier 2002.

– « Avec les talibans, la charia plus le gazoduc », par Olivier Roy, Le Monde diplomatique, octobre 1996.

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