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José Bergamín (1895-1983)

2 marzo, 2012

L’histoire de l’Europe à la veille de la seconde guerre mondiale, avec la montée en puissance du fascisme et la séduction du communisme, n’a pas laissé muets les penseurs chrétiens, catholiques notamment. En France, Jacques Maritain incarnait le courage et l’indépendance de ce courant intellectuel, démontrant que la primauté du spirituel ne contredit pas le réalisme politique. Mais parmi tous les évènements de la décennie  1930-1940, la guerre civile espagnole, en raison du rôle central qu’y joua l’Eglise, constitua une tragique épreuve de vérité pour la foi et l’identité des catholiques.

Comme le Français Georges Bernanos avec Les Cimetières sous la lune en 1938, José Bergamin éleva une voix puissante.

Espagnol s’il en fut, figure de proue de sa génération, bien que délibérément classique et paradoxal, il n’a cessé de brouiller les pistes. Connu en France pour ses essais sur la tauromachie, la majeure partie de son œuvre est consacrée à la culture espagnole et religieuse.

Né à Madrid, écrivain flamboyant appartenant à la Génération de 1927 (avec Lorca, Alberti, Gomez de la Serna…), Bergamin est profondément anclé dans la tradition affective et intellectuelle espagnole, celle de Gongora, des dramaturges du Siècle d’or, de Cervantès.

Plus que la plupart des écrivains de sa génération, Bergamín peut être considéré comme un afrancesado, depuis sa francophilie quasi “ native ” avec son institutrice française jusqu’à l’exil. Mais, à la manière de son maître Manuel de Falla, sa francophilie l’aidera à mieux cerner l’irréductible singularité du peuple espagnol.

En outre, Bergamin entretint de nombreuses relations personnelles avec des intellectuels français, grâce notamment aux liens étroits entre sa revue Cruz y Raya et Esprit. Ces amitiés furent parfois déçues durant la guerre civile (Claudel, Max Jacob, Gide…). Par ailleurs, à cette même époque, d’autres se renforcèrent, comme  avec Max Aub, attaché culturel à l’ambassade d’Espagne à Paris.

Chargé d’expliquer la cause républicaine aux intellectuels français, il est à la source de l’adhésion de Jacques Maritain, d’Emmanuel Mounier et de Georges Bernanos. Il n’hésite pas à faire interdire la présence d’André Gide, qui venait de publier Retour de l’URSS, au Congrès des intellectuels antifascistes de Valence.

En 1939, Bergamin quitte l’Espagne pour un premier exil qui le conduira au Mexique, au Venezuela et en Uruguay.

Après la victoire des nationalistes, il est contraint à l’exil. Il ne revient en Espagne que vingt ans plus tard, et Franco le cite comme exemple de ceux qui ont su perdre, à quoi il répond que lui n’a pas su gagner. En 1963, parce qu’il dénonce publiquement les tortures contre les mineurs en grève des Asturies, il est à nouveau contraint de quitter son pays et s’installe à Paris.

Il est hébergé à la Maison du Mexique de la Cité Universitaire, vivant grâce à l’aide de ses amis, qui s’arrangent pour ne pas blesser son orgueil. Bazaine, Calder, Masson, Miro et Tapies organisent une vente de tableaux à l’hôtel Drouot, mais il n’accepte la création d’une Association d’amis de Bergamin, composée de Daniel Pezeril, Michel Mitrani, Jacques Roubaud et d’autres, qu’à la condition que des belles femmes y prédominent, comme Florence Delay, Adélaïde Blazquez et Léonore Fini.

Il sera protégé également par André Malraux, qui l’avait connu lors de la guerre d’Espagne et avait même fait de lui l’un des personnages de L’Espoir.

Une fois ministre, Malraux lui cède les combles d’un monument historique dans le Marais et le fait nommer commandeur des Arts et des Lettres. Après Picasso et Luis Buñuel, Bergamin est le troisième Espagnol à recevoir cette distinction, à laquelle il renoncera quelques années plus tard en signe de solidarité avec les réfugiés nationalistes basques.

Ces quatre années à Paris seront longues et pénibles, même s’il renoue avec la pratique religieuse (grâce à l’abbé Pezeril) et avec la veine poétique qu’il cultivera jusqu’à sa mort.
Cette longue attente dans une France dont les débats politiques et littéraires semblent l’indifférer sera toutefois allégée par Mai 68, qu’il vit avec enthousiasme.

Sources, de José Bergamín :

Terrorisme et persécution religieuse en Espagne (1936-1939) Éditeur : L’Éclat
Le puits de l’angoisse Éditeur : L’Éclat
L’importance du Démon. Éditeur : L’Éclat.

3 comentarios leave one →
  1. 3 marzo, 2012 13:44

    Il faudrait ajouter aux sources indiquées de José Bergamín, celle qui a servi d’inspiration pour rédiger ce billet:

    Iván López Cabello, Yves Roullière, « José Bergamín et la France », dans Iván López Cabello, Yves Roullière éd., José Bergamín et la France. Actes de la journée d’étude du 23 mai 2008 à Nanterre. Suivi de Entretiens avec un fantôme. Les confidences de l’écrivain espagnol José Bergamín recueillies par André Camp, Nanterre: Université Paris Ouest Nanterre La Défense, 2011, p. 11-12. [http://josebergamin.hypotheses.org/150]

    Dans cet ouvrage on retrouvera des informations qui précisent certaines erreurs glissées dans ce billet, principalement à propos des deux exils de Bergamín en France (de 1954 à 1957 et de 1964 à 1969).

    Iván López Cabello

  2. Federico Iribarne permalink
    3 marzo, 2012 17:43

    Son exile uruguayen, de 1947 à 1954, fut, selon les propres mots de Bergamín, celui où il s’est senti un peu comme chez lui. Il disait qu’il y avait trouvé une Espagne où il faisait bon vivre et où l’on respirait la liberté. Certes, la période de richesse économique et financière que l’Uruguay traversait à cette époque, sa population issue de l’immigration européenne à 95%, sa vie culturelle (Génération Critique du 45′; de très nombreux journaux d’opinion et magazines littéraires, dont la revue ASIR -soutenue par Bergamín-; les nombreux dramaturges et les groupes de comédiens, représentés par l’espagnole Margarita Xirgu de la Comedia Nacional etc.) ont beaucoup aidé à ce que que Bergamín trouve tout de suite sa place dans la société montévidéenne.
    Professeur à la Fac. de Lettres (Facultad de Humanidades), il s’est pris d’amitié pour le poète Fernando Pereda, et noua une relation très étroite avec deux de ses disciples qui seront quelques années plus tard deux intellectuels uruguayens incontournables: Manuel Flores Mora et Guido Castillo.
    Vers 1950, à son retour du voyage en Pologne, plusieurs polémiques commencèrent à préparer son départ de Montevideo. La plus virulente de toutes fut celle qu’il a entretenue avec sa compatriote, Margarita Xirgu, qui refusa d’interpréter le rôle principal de La niña guerrillera, pièce écrite par Bergamín.
    Cet éternel exilé (il suffit de rappeler qu’à son retour en Espagne il s’installa définitivement loin de Madrid, au pays basque espagnol) a laissé un souvenir inoubliable en Uruguay: ses livres, ses cours à la fac., sa finesse, son humour. Il y a une anecdote d’un de ses nombreux passages par la douane espagnole, où il a dû répondre à un capricieux et peu intelligent questionnaire signé « Franco » (je sais, c’est un pléonasme…).
    – Êtes-vous communiste? demanda l’agent, la voix sévère et le regard méchant.
    – Communiste non -déclara Bergamín très calme, presque compréhensif- mais ce à quoi vous pensez, oui.

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  1. “José Bergamín (1895-1983)” | José Bergamín, poeta de una España peregrina

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