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République Dominicaine (1917-1962)

10 marzo, 2012

Issue du partage de l’île d’Hispaniola entre la France et l’Espagne, la République Dominicaine, voisine d’Haïti*, connaît de nombreux remous entre les XVIIe et XIXe siècles : rattachements successifs à la France, à l’Espagne ou à Haït et guerres d’indépendance (1821 et 1865).

Début XXe, la République Dominicaine doit encore faire face aux velléités haïtiennes de contrôle de l’ensemble de l’île. Pendant plusieurs années, s’opposent, d’une part, les partisans de la tutelle américaine et, d’autre part, ceux qui prônent le retour à l’autorité espagnole.

Au final, en 1906, les premiers obtiennent la signature d’un traité d’une durée de cinquante ans avec les États-Unis. L’administration et les services douaniers passent sous le contrôle de Washington en échange du paiement de la dette du pays alors en banqueroute.

Ainsi, dès 1916, les Marines débarquent une première fois à Saint Domingue. La raison invoquée est la nécessité de veiller au remboursement des créanciers états-uniens.

Les douanes, les finances et l’administration passent sous le contrôle direct d’un gouvernement militaire installé à Saint-Domingue. En fait, les troupes U.S. prennent rapidement la direction totale des affaires de la République dont l’autorité réelle appartient au vice-amiral Thomas Snowden.

Quelques années plus tard les clameurs des Dominicains, de nouveau privés d’indépendance, finissent par chatouiller les oreilles des sénateurs de Washington.

Un projet d’évacuation de Saint-Domingue est discuté en 1921, sans résultat appréciable. Il faut attendre l’accord de 1924 pour que les Marines commencent lentement leurs opérations de retrait.

Cependant, les douanes restent sous contrôle nord-américain jusqu’à l’accord Trujillo-Cordell Hull, du 24 septembre 1940, qui met fin au droit de regard des États-Unis sur l’administration dominicaine.

De la même manière qu’au Nicaragua, les Américains du nord, avant de quitter le pays, ont le temps d’y créer et d’y former une Garde Nationale dont est issu le Général Rafael Leonidas Trujillo y Molina (1891-1961).  Celui-là même qui grâce à eux, accède au pouvoir lors des élections de 1930.

Commence alors le règne de l’un des dictateurs les plus effroyables du Continent américain. Celui qui instaure un culte de la personnalité et se surnomme lui-même le « benefacteur de la patria », exerce, durant 30 ans, une répression impitoyable contre l’opposition et phagocyte l’ensemble de l’économie nationale.

Compromis dans la tentative d’assassinat du président vénézuélien Betancourt, Trujillo est condamné par l’Organisation des États américains (O. E.A) et finalement abandonné par les États-Unis. Le 30 mai 1961 il est assassiné par ses propres hommes et avec la complicité de la C.I.A. Mario Vargas Llosa a très bien décrit dans son roman « La fête del Chivo » (« La fête du bouc ») la fin du règne de Trujillo et l’aspect délirant de ce personnage peu recommandable.

La fin de la dictature est suivie du retour des exilés et du rétablissement des partis politiques.

C’est ainsi qu’en décembre 1962 à lieu la première élection libre depuis près de quarante ans. Elle porte au pouvoir l’ancien exilé Juan Domingo Bosch, chef socialiste du Parti révolutionnaire dominicain (P.R.D.).

Contrairement à Trujillo, celui-ci est immédiatement en butte à l’hostilité du gouvernement américain, qui depuis l’accession de Castro au pouvoir voit d’un mauvais œil tout gouvernement dit de gauche dans les Caraïbes.

Juan Bosch n’est pas communiste. Mais il lui suffit de vouloir assainir quelque peu la vie politique, économique et sociale de son pays pour être taxé de communisme par les forces les plus réactionnaires. Celles-ci ne manquent pas à Saint-Domingue. La disparition de Trujillo a laissé en place une camarilla de généraux assoiffés de pouvoir qui réfutent toute forme de démocratisation.

La fin de la dictature s’accompagna du retour des exilés et du rétablissement des partis politiques. En décembre 1962, la première élection libre depuis près de quarante ans porta au pouvoir l’ancien exilé Juan Domingo Bosch, chef du Parti révolutionnaire dominicain. Celui-ci fut accusé cependant d’une trop grande sympathie à l’égard du régime castriste et fut renversé par un coup d’État militaire soutenu par les élites du pays qui mirent en place un triumvirat civil. En avril 1965, ce dernier fut lui-même renversé par un coup d’État des militaires libéraux qui armèrent la population civile pour prévenir le retour des militaires de droite, provoquant l’intervention armée des États-Unis. La bataille de Saint-Domingue devait faire des milliers de morts.

Après l’élection de Juan Bosch, l’enthousiasme populaire qui a contribué à sa victoire ne suffit pas à le maintenir en place. Les généraux, amis du Gouvernement des États-Unis et liés à la CIA, décident de le renverser. Un coup d’état écarte Bosch en septembre 1963 et le pays passe sous le gouvernement d’une junte militaire.

Après deux ans de gouvernance chaotique d’un triumvirat civil qui sert de paravent à la hiérarchie militaire, une fraction de l’armée, dirigée par le colonel Francisco Caamaño et soutenue par les quartiers populaires de la capitale, se soulève le 24 avril 1965 pour rétablir l’ordre constitutionnel. C’est le début de la « révolution d’Avril », désormais point de référence de l’histoire dominicaine contemporaine.

Très vite, le Président de États-Unis, Lyndon Johnson, affirme que la rébellion dominicaine, démocratique et populaire à l’origine, est passée sous le contrôle d’éléments communistes obéissant à des consignes venues de l’étranger : les nations américaines ne peuvent tolérer l’établissement d’un nouveau régime communiste dans les Caraïbes. Washington publie la liste des « cinquante-trois personnalités communistes » qui s’apprêtent à prendre le pouvoir à Saint-Domingue à la faveur du soulèvement.

Invoquant le sempiternel « danger » ainsi que la non moins sempiternelle nécessité de protéger les citoyens américains, il peut ainsi annoncer l’envoi de soldats à Saint-Domingue, et faire approuver a posteriori cette intervention par l’Organisation des États Américains.

Il assure, bien entendu, que les États-Unis n’ont aucun désir de s’immiscer dans les affaires d’une République sœur.

Ce qui n’était au départ qu’une révolte de casernes et une crise interne dominicaine devient une affaire internationale. Les troupes américaines à terre dépassent à la mi-mai le chiffre de 22.000 Marines et parachutistes. En comptant les services de transmission d’intendance et les équipages des quelque trente-sept navires de la Navy croisant au large, on arrive à plus de 40 000 soldats de l’armée des États-Unis en République dominicaine. La bataille de Saint-Domingue dure deux mois et fait des milliers de morts.

Cette riposte furieuse et démesurée à une menace toute relative suscite un malaise à la Maison-Blanche et dans l’opinion internationale. Le conseil de l’Organisation des États Américains, convoqué à la demande de l’Union Soviétique, est saisi de trois projets de résolutions. Washington appelle « à une action coordonnée et efficace » des forces armées. Tandis qu’a contrario, le projet présenté par le Chili demande que les USA mettent leurs forces à la disposition de l’O.E.A, et celui présenté par le Mexique exige le retrait total de ces forces.

La force d’occupation américaine obtient toutefois la nomination d’un gouvernement provisoire dirigé par Hector García Godoy. La voie est désormais libre pour la chasse aux militants de gauche.

En 1966, de nouvelles élections présidentielles sont organisées. Joaquín Balaguer est élu. Chef du Parti réformiste social-chrétien (PRSC) c’est un ancien homme de main de Trujillo.

Depuis lors, des élections dites démocratiques, le plus souvent truquées, sont régulièrement organisées. Balaguer sera ainsi réélu en 1970 et en 1974.

Ces différents mandats ne seront guère sous le signe de la démocratie. En digne élève de Trujillo, il installe un régime de terreur avec un escadron de la mort connu sous le nom de la Banda qui procède à l’élimination de milliers d’opposants au régime.

Quarante-neuf ans après leur première occupation d’Hispaniola, l’intervention des troupes américaines « sauve » une nouvelle fois les forces contre-révolutionnaires.

Certes Washington a réussi à faire cautionner son intervention armée en République Dominicaine par une O.E.A traditionnellement aux ordres du puissant voisin du Nord. Mais cette victoire à la Pyrrhus obtenue grâce à des artifices de procédure et à des pressions effectuées par Ellsworth Bunker, délégué des États-Unis, provoque de violents remous dans toute l’Amérique Latine.

Peu de gouvernement parviennent à dissimuler le malaise profond de leurs opinions publiques. Un des exemples les plus remarquables de ce trouble est celui de la République argentine. Des pays comme le Chili et l’Uruguay adoptent une attitude de combat qui met en évidence l’éclatement de fait de l’O.EA.

Déjà affaiblie par la mise en quarantaine de Cuba, l’O.E.A. fait la preuve à Saint-Domingue qu’elle n’est pas un organisme régional indépendant mais une assemblée hétérogène soumise aux États-Unis.

Ses « missions de paix » successives manifestent une partialité qui n’est plus surprenante mais restent choquantes étant donné l’ampleur du drame traversé par le peuple dominicain.

A lire: De Monroe à Johnson. La politique des États-Unis en Amérique Latine. Georges Fournial, Roland Labarre. Editions Sociales, Paris, 1966.

La fête du bouc

– « Fin de la neutralité hondurienne », par Maurice Lemoine, Le Monde diplomatique, janvier 1983.

– « Comment Washington intervient dans la politique économique du Honduras », par Walden Bello, Le Monde diplomatique, mai 1982.

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