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Pearl Harbor

12 marzo, 2012

Aujourd’hui, Ignacio Ramonet et Ramón Chao vous conduisent aux origines de la II Guerre Mondiale, au toujours mystérieux sabotage de la base yanqui de Pearl Harbour (1941)

En 1941, le cryptage japonais de communication le plus perfectionné, nommé  « code pourpre », ne présente aucune difficulté pour les services secrets des États-Unis. C’est ainsi que les messages envoyés de Tokyo à l’ambassade japonaise à Washington sont systématiquement déchiffrés et analysés par les experts nord-américains.

L’après-midi du 6 décembre 1941 y  parvient un message singulier qui aboutit quelques minutes plus tard dans le bureau ovale du président Franklin Delano Roosevelt. Celui-ci, après l’avoir relu plusieurs fois, lève les yeux et annonce aux personnes présentes : « Cela signifie la guerre ».

On se doutait déjà qu’une attaque japonaise avait de fortes chances de se produire à Pearl Harbor (Hawaï) où était basée, depuis peu, la Flotte du Pacifique.

Cependant, il semble qu’il ne vienne à l’esprit de personne à Washington d’informer l’Amiral H. E. Kimmel, Commandant en chef de cette flotte, de la teneur de ce message capital.

Le dimanche 7 décembre au matin, les militaires américains de la base de Pearl Harbor vaquent à leurs occupations de routine. Ils sont alors surpris par l’irruption d’une escadrille de 183 appareils japonais composée d’avions torpilleurs, de bombardiers piqueurs et de chasseurs « Zéro » qui fondent sur le port, attaquent les aérodromes et la rade bondée de navires de guerre.

Les officiers japonais, qui avaient prévu de sacrifier la moitié de leurs forces engagées dans l’opération, n’auront finalement à déplorer que 55 morts et 29 avions détruits.

De leur côté, les États-Unis perdent, entre autres, 8 cuirassés, 3 croiseurs et 247 d’avions. On dénombre entre 4.000 et 5.000 blessés ou morts parmi les militaires et les civils nord-américains présents à ce moment-là sur la base. Curieusement, les trois porte-avions attachés habituellement au port de Pearl Harbor, en sont absents ce matin-là.

Pour le Japon c’est une victoire étrangement facile et historique. Le commandant Fuchida, en charge de l’opération, s’en étonne même au moment d’évaluer les dégâts : il avoue avoir été « frappé par l’imprévoyance et le manque de préparation des États-Unis. En particulier par le fait qu’ils n’aient pas pensé à protéger leurs cuirassés avec des filets pare torpilles. »

L’effet de surprise a été très efficace, puisque malgré la récente détérioration des rapports entre les deux pays, la base nord-américaine la plus importante du Pacifique ne semblait pas en état d’alerte.

Pourtant on sait que, dans les semaines qui ont précédé l’attaque, des mémos confidentiels ont circulé au sein de l’administration militaire des États-Unis mettant en garde contre « une  action hostile japonaise ». Selon le Président Roosevelt, la flotte de Pearl Harbor a été prévenue quelques jours auparavant qu’elle était une cible potentielle.

En fait, le seul message d’alerte complet n’arrive entre les mains de l’amiral Kimmel qu’à 11H45 le 7 décembre alors que l’attaque est terminée depuis environ deux heures. Il semble que cette information ait été retenue à Washington par l’Amiral Stark et le Général Marshall. Ceux-ci expliqueront plus tard qu’ils ont décidé de ne pas envoyer le message pour « ne pas perturber » l’Amiral Kimmel. Dans ses mémoires, Richardson se range du côté de Kimmel dont il dit qu’il n’était pas au courant de la stratégie de Roosevelt. Il est beaucoup moins tendre envers l’amiral Harold Stark, chef des opérations navales depuis 1939, qu’il accuse d’avoir placé inutilement la flotte en danger, sans en avertir Kimmel.

Par ailleurs, l’argument, répété, que la flotte japonaise aurait maintenu un silence complet durant les journées de sa route vers Hawaï est faux.

Parmi d’autres messages interceptés et conservés dans les archives de l’Agence de Sécurité Nationale (N.S.A), figure celui envoyé par le bateau-citerne japonais Shirya. Il indique avec une précision parfaite la position de la flotte : « Nous nous dirigeons vers la position 30.00 nord, 154.20 est. Nous espérons atteindre cette position le 3 décembre.» Ce message en possession de l’armée des États-Unis depuis ce jour est en outre estampillé du tampon « déchiffré ».

Ainsi de nombreuses informations récoltées dans les jours et les semaines qui ont précédé l’attaque ne sont jamais parvenues à l’Amiral Kimel

C’est pourtant lui qui sera désigné comme responsable du désastre et obligé de démissionner. Toute référence possible à l’existence d’indices préalables à l’attaque est rejetée par l’enquête menée alors. Les commissions dressent cependant une liste impressionnante de défaillances dans la chaîne de commandement : ordres flous, priorité au contrôle de la population d’origine japonaise d’Hawaï plutôt qu’à la mise en état d’alerte contre l’ennemi extérieur.

Marshall et Stark seront appelés à comparaître plus tard devant une commission mixte convoquée par le Sénat nord-américain. Bien que les faits dont il est question soient très récents, les deux militaires sont victimes d’une soudaine attaque d’amnésie, et affirment ne pas se souvenir de l’endroit où ils se trouvaient au moment de la réception du message japonais.

Plus tard, un ami intime de Frank Knox, alors secrétaire de la Marine, déclare que la nuit en question Marshall, Stark et Knox lui-même se trouvaient en réunion avec le Président à la Maison-Blanche.

Les États-Unis viennent donc d’essuyer de lourdes pertes alors que leurs services de renseignement étaient au courant des projets japonais et que le plus haut sommet de l’État en était averti. Lors de l’enquête, les véritables responsables sont protégés tandis que des boucs émissaires sont désignés contre toute logique.

Loin d’être une surprise, il apparaît que cette offensive était envisagée, voire même souhaitée par l’Administration américaine depuis plusieurs mois. C’est ce qui se dégage des nombreux témoignages des personnes qui ont eu l’occasion de s’entretenir avec le président Roosevelt les 6, 7 et 8 décembre  1941.

Cela faisait plus d’un an que Washington cherchait un moyen de déclarer la guerre au Japon sans heurter son opinion publique. Pour comprendre cette attitude apparemment incohérente il faut se placer dans le contexte géopolitique de l’époque.

Depuis une dizaine d’années, l’expansion économique de l’Empire nippon menaçait les marchés états-uniens en Chine. Déjà à l’automne 1941, le Japon affichait clairement l’ambition de créer en Asie et dans le Pacifique une « sphère de copropriété ». Or les États-Unis sont très liés avec cette région puisque qu’une grande partie de l’acier et du caoutchouc qu’ils importent provient du sud-est asiatique. La signature entre le Japon et l’Allemagne en septembre 1940 d’un traité d’alliance et de défense mutuelles ajoute un aspect politique au conflit.

Une offensive japonaise permettrait de contraindre Washington à se préoccuper de sa propre sécurité et à l’empêcher de poursuivre son soutien aux Britanniques contre l’Allemagne.

À plus long terme, après la défaite britannique, le Japon se trouverait en position privilégiée pour se lancer envers les États-Unis et assurer la victoire finale de l’Axe. Enfin l’armée nippone avait la capacité d’attaquer les dominions britanniques et les routes d’approvisionnement vers l’Australie, mais aussi l’Inde et l’Indonésie.

Il fallait empêcher les Japonais de s’installer dans l’Océan indien, ce qui contraindrait les Anglais à se défendre sur deux fronts. « Les États-Unis, écrit McCollum (Lieutenant Commandant chargé par Roosevelt d’élaborer un plan d’action) font déjà tout leur possible pour aider le Royaume-Uni en Europe. Or, ce qu’ils peuvent faire de plus, c’est d’empêcher les Japon de créer un nouveau front maritime dans l’océan indien ».

D’un autre côté, le gouvernement des États-Unis ne peut ignorer l’attachement de la majorité de sa population à l’isolationnisme. F.D. Roosevelt avait signé en 1935 le « Neutrality Act » qui met l’embargo sur la vente de matériel de guerre à tout belligérant. Il gagne un peu de souplesse en 1939 avec le système du « cash and carry » qui autorise les ventes d’armes à condition qu’elles soient payées comptant et transportées par l’acheteur. Puis il multiplie doucement les mesures qui préparent l’intervention du pays dans les conflits en passant des accords avec les alliés et en relançant l’industrie de l’armement. Pourtant en 1941, l’opinion publique est préoccupée plus que tout par la situation économique fragile, et garde toujours présent à l’esprit le souvenir des horreurs de la Première Guerre Mondiale. Lors de sa campagne électorale de 1940, Roosevelt a assuré à son électorat que « vos garçons ne seront pas envoyés dans une quelconque guerre étrangère ».

Face à ce conflit d’intérêt, le plan de Mac Collum (peut être inspiré des prologues des guerres contre le Mexique en 1846 et contre Cuba en 1898) consiste à placer l’empire nippon dans une situation dont la seule issue est de déclencher la guerre contre les États-Unis.

Le premier pas est de décréter un embargo sur l’acier et le pétrole qui handicape totalement l’expansion japonaise en Asie et met l’Empire du soleil levant de fort méchante humeur.

Il ne manque que l’appât. Le transfert de la flotte du Pacifique depuis San Diego (Californie) jusqu’à Pearl Harbor (Hawaï) fait d’une attaque préventive contre cette flotte la seule option stratégique valable pour les Japonais.

Washington le sait, et c’est pourquoi il crée les conditions favorables pour que cette attaque se produise. La base de Pearl Harbor est particulièrement vulnérable. Au collège militaire de la Marine japonaise, un cours « d’études stratégiques et tactiques dans les opérations contre les États-Unis » indique : « au cas où le gros de la flotte de l’ennemi serait stationné à Pearl Harbor, l’idée devrait être d’ouvrir les hostilités par une attaque aérienne surprise »

La décision d’y transférer la flotte états-unienne est prise le 8 octobre 1941, le lendemain de la rédaction du mémorandum  de Mc Collum. Lorsque Roosevelt l’annonce aux amiraux William D. Leahy, chef des opérations navales, et James O. Richardson, commandant de la flotte, celui-ci explose : « Monsieur le Président, les officiers supérieurs de la Navy n’ont pas la confiance du commandement civil de ce pays qui est essentiel pour que soit menée avec succès une guerre dans le Pacifique ». Il désapprouve également la politique de provocation à l’égard du Japon, puisque le « premier pas » qui doit déclencher la guerre visera, selon toute évidence, la flotte qu’il commande. En conséquence, il est démis de ses fonctions et replacé par le sous-amiral Husband.

La question n’est donc plus seulement : « Pourquoi rien n’est entrepris lors de la captation des messages japonais ? », mais aussi : « Pourquoi avoir fournit au Japon l’occasion idéale d’attaquer ?; d’une part Roosevelt a besoin d’une guerre pour camoufler les symptômes d’une économie affaiblie qui menace de ramener le pays aux temps de la Grande Dépression ; d’autre part, il prévoit que le résultat du conflit lui permettra de participer au partage politico-économique mondial.

Le temps presse et face à l’opinion publique, il doit trouver une bonne excuse, un rival, un ennemi présenté comme un agresseur qui provoque par traîtrise les États-Unis.

Son stratège Mc Collum en conclut que « si le Japon pouvait être amené à commettre un acte officiel de guerre, tant mieux. Dans tous les cas nous devons être entièrement préparés à accepter la menace d’une guerre ». 

L’agression japonaise de décembre 1941 est donc la justification pour entrer dans la guerre européenne. Cette attaque « officiellement surprise » agit comme un électrochoc sur le peuple américain et transforme un pays en une nation soudée derrière son président et habitée d’un esprit de revanche irrationnel.

A lire :

The Day of Infamy, par Jeremy R. Hammond, The Yirmeyahu Review, novembre 2002 (http://www.yirmeyahureview.com/articles/the_day_of_infamy.htm).

Pearl Harbor, Claude Delmas, Complexe, Bruxelles, 2001.

Day of Deceit. The Truth about Franklin D. Roosevelt and Pearl Harbor, Robert B. Stinnett, Touchstone Books, Carmichael (CA), 1999.

La Guerre du Pacifique, John Costello, Pygmalion, Paris, 1982.

The Pacific War, 1931-1945, Ienega Saburo, Pantheon Books, New York, 1978.

– Las cloacas del imperio. Santiago Camacho. La esfera de los libros. Madrid, 2004.

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