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L’artiste des dames (El tocador de señoras)

25 marzo, 2012

L’artiste des dames (El tocador de señoras), Roman d’Eduardo Mendoza. Traduit de l’espagnol par François Maspero. Edition du Seuil. 2002. 19,50 euros. 127,91 F.

Eduardo Mendoza fit ses débuts dans le roman en 1975 : « La vérité sur le cas Savolta », une histoire qui a pour cadre la Barcelone anarchiste des années 1910, lui valut le prix de la Critique et une place de choix parmi les écrivains de langue espagnole. Il y déployait déjà une écriture bourrée de clins d’œils, de citations décalées, d’autocitations, et d’énormités qui déclanchent chez le lecteur des éclats de rire inattendus, n’ayant souvent rien à voir avec le déroulement de la narration. Il récidiva quatre ans plus tard avec « Le mystère de la crypte ensorcelée », une comédie plus légère où l’intrigue délirante est dénouée par un détective improvisé et anonyme, et où le genre policier se plie aux patrons du roman picaresque. On retrouve le personnage et le même schéma en 1982 dans « Le labyrinthe aux olives. Le style particulier de Mendoza, presque cervantin, est fidèlement rendu en français par François Maspero dans « L’artiste des dames », et ce n’était pas facile.

Oui, je sais; je vais commettre une série de sacrilèges tout au long de cet article, mais il serait malhonnête de ma part ne pas vous communiquer les réminiscences qui m’ont assailli pendant la lecture du dernier roman de Mendoza. La première phrase pour commencer. Cervantès ( « Dans un lieu-dit de la Mancha… » ) se place sous la protection de Feliciano da Silva, l’un des plus célèbres auteurs de romans de chevalerie de l’époque. Pour sa part, dans L’Artiste des Dames, Mendoza se rapproche de Raymond Chandler, cette grande figure du genre policier : « Lorsque ses jambes ( bien faites, et tout et tout) sont entrées dans le local où j’exerçais mon office, cela faisait déjà plusieurs années que je vivais dans le plus total abrutissement. » Don Quichotte, on le sait, était fou. Il sort un matin de son hacienda, avec ses armes et son cheval, chercher des aventures, redresser des torts et venger les affronts infligés à demoiselles et malheureux. Le personnage ( anonyme) de Mendoza est mis à la porte d’un asile psychiatrique que le directeur corrompu veut – signe des tempstransformer en supermarché. Lâché dans la nature ( en  l’occurrence une autoroute), alors que sa seule prétention était de refaire sa vie dans un établissement miteux de coiffure pour dames, il se voit mêlé, à son corps défendant, dans une histoire de trahisons, vols et assassinats, pour sauver la blonde propriétaire des jambes susnommées. Ce retour à la vie se fait dans la Barcelone post-olympique ravalée, relooké, et lui, plus sceptique et plus nihiliste que jamais, derrière le carton-pâte, découvre les quartiers sordides de toujours, une bourgeoise aussi mesquine que sous le franquisme, et des affairistes plus arrogants que jamais. Mais à force d’intuition, avec des recours matériels dérisoires ou inexistants comme des châteaux en Espagne , à coups de rapprochements naïfs, cet inspecteur malgré-lui réussit à débrouiller un cas où se mêlent crime, spéculation, et corruption politique –, les maux de notre époque.

Il trouve son Sancho Panza en la personne de Magnolio, un gigantesque Sénégalais immigré, qui respecte scrupuleusement la loi ancestrale de la jungle, mais se trouve désorienté dans la forêt de lianes de la justice occidentale. A l’instar de Sancho avec don Quichotte, Magnolio maintient avec l’inspecteur anonyme des conversations désopilantes sur le sens de la vie. La séquence de la fin, où tous les personnages ( et possibles assassins), se retrouvent dans un pavillon de banlieue, nous fait penser à la réunion tumultueuse au château des ducs dans la seconde partie du roman de Cervantès. « Don Quichotte » serait-il le livre de chevet de Mendoza ? On ne peut s’empêcher de réfléchir sur le commentaire de Sebastian de Cobarrubias à propos des livres : « Dieu nous garde de l’homme d’un seul livre, car si celui-ci est bon, ses arguments deviennent irréfutables ». Et puisque avec un roman chevaleresque Cervantès mit fin à un genre qui asséchait  le cerveau des espagnols, il ne serait pas absurde de supposer que Mendoza puisse faire de même avec la mode du roman policier, que le premier venu se croit en droit de cultiver, surtout dans la littérature de langue espagnole. En tout cas, on comprendra mieux le vrai sens (le non sens) des discours politiques, la mécanique des affaires, et le pouvoir de la corruption.

Ramon Chao.

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