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Attaque à Corée, 1950

28 marzo, 2012
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Observación: Corea del Norte aparece en blanco en Google Maps
À la fin du XIXe siècle, la péninsule de Corée devient l’objet des visées de trois empires : la Chine, la Russie et le Japon. En 1910 ce dernier annexe le pays, et y instaure un système colonial, mettant fin à la dynastie des Yi, et avec elle, à la Corée traditionnelle. Cette occupation sera dénoncé lors de la conférence qui se tient au Caire en novembre 1943, réunie les puissances alliées ennemies de  l’Axe  et du Japon. Roosevelt, Churchill et Tchang Kaï-Chek publient un communiqué avec une clause spéciale : « Nous reconnaissons que le peuple coréen se trouve dans un état d’esclavage et que la Corée doit être libre et indépendante en temps opportun ».

En 1945, après la défaite du Japon, les vainqueurs se partagent la Corée ; les Soviétiques occupent le Nord jusqu’au 38e parallèle, séparation avec la Corée du Sud, où s’installent les Américains.

En 1948, deux gouvernements sont établis. Celui du Nord (République démocratique populaire de Corée) refuse de reconnaître la légitimité des élections menées dans le Sud sous l’égide de la Commission des Nations unies. Celui du Sud (République de Corée) se réclame de la tutelle de l’O.N.U pour prétendre qu’il est le seul gouvernement légitime de la Corée. Dès lors, chacun d’eux se croit autorisé à conquérir l’autre. Entre 1948 et 1949 les armées des États-Unis et de l’U.R.S.S évacuent les deux parties du pays.

D’importants conflits sociaux dans le Sud ainsi que l’opposition croissante à l’égard son Président, Syngman Rhee, persuadent le dirigeant nord-coréen Kim Il Sung (arrivé dans les bagages soviétiques), qu’il serait accueilli par beaucoup de Sud-Coréens comme un libérateur. Il instaure un régime dictatorial dans le Nord, renforce son armée sous les conseils et avec l’aide de Staline et multiplie les provocations qui, dès 1949, causent des affrontements sur le 38e parallèle. Plus les agitateurs nordistes fomentent des troubles au sud, plus Syngman Rhee réprime, plus le mécontentement grandit, plus on peut dénoncer les oppresseurs de Séoul.

C’est dans ce contexte que le Secrétaire d’État à la Défense américain, Dean Acheson, commet une erreur. Il laisse entendre publiquement que les États-Unis ne soutiendraient pas la Corée du Sud en cas d’attaque.

Cette déclaration n’échappe pas à Kim Il Sung : le 25 juin 1950, la Corée du Nord déclenche la guerre en franchissant le 38e parallèle. Dans un offensif éclair, les Nord-Coréens prennent Séoul et foncent rapidement vers le sud.

La surprise est totale. L’attaque à lieu durant le week-end alors que le dernier rapport de la C.I.A sur la Corée n’envisageait pas du tout l’éventualité d’un conflit.

Pour cette opération, Kim Il Sung a vraisemblablement obtenu l’accord conjoint de Staline et de Mao. Néanmoins, les deux grands frères communistes ont l’intention de laisser Kim Il Sung se débrouiller seul. En ce qui concerne la Chine, elle soutiendrait la Corée du Nord en cas d’intervention américaine seulement. Dans les deux cas leurs dirigeants sont quasiment persuadés que les États-Unis ne bougeraient pas. Les Soviétiques, qui ne s’engagent en aucun cas dans le conflit, espèrent tout de même en retirer avantage.

Ils font là une erreur de jugement. Truman, déjà durci par plusieurs parties de bras de fer avec Staline, prend cette affaire comme une provocation : « Jusqu’à l’affaire de Corée … écrit-il dans ses Mémoires, … l’agresseur rouge s’était contenté de faire usage de la subversion, de l’agression indirecte, du bluff et de la révolution. (…) Là, pour la première fois depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, les communistes se lançaient ouvertement dans une invasion à main armée. »

Harry Truman donc n’hésite pas et s’arrange pour que l’O.N.U le suive ; Staline lui facilite la tâche car il boycotte la structure onusienne depuis février 1950.

C’est ainsi que le 27 juin le Conseil de sécurité, en l’absence de l’Union Soviétique, décide de lancer des sanctions contre la Corée du Nord. Il invite tous ses membres « à apporter à la République de Corée toute l’aide nécessaire pour repousser les assaillants ». Le même jour, le Président des États-Unis demande aux forces du Pacifique, tant aériennes que navales, de se porter au secours des armées de la Corée du Sud et de protéger Taiwan. Trois jours plus tard, il ordonne une attaque aérienne au Nord et le déploiement en Corée des forces de combat terrestres américaines stationnées au Japon. Les forces U.S sud-coréennes et les contingents australiens, belges, luxembourgeois, canadiens, colombiens, éthiopiens, français, britanniques, grecs, hollandais, néo-zélandais, philippins, sud-africains, thaïlandais et turcs, ainsi que les unités médicales danoises, indiennes et suédoises, sont placées sous un commandement unifié de l’O.N.U dirigé par le Général Douglas Macarthur. C’est la première fois que l’O.N.U adopte des mesures militaires pour chasser un agresseur.

Malgré ce déploiement de force, les Nord-Coréens qui tiennent Séoul refoulent l’armée ennemie autour de la ville portuaire de Pusan au sud-est de la péninsule. Mais le 28 septembre, la capitale est reprise et le premier octobre les Nord-Coréens sont repoussés au-delà de la ligne de démarcation.

Voulant tirer parti de la situation pour arrêter mais aussi éliminer l’expansion communiste, le Président Truman approuve l’ordre de franchissement du 38e parallèle Son but est de repousser l’ennemi au-delà du fleuve Yalu qui sépare la Corée du Nord de la Chine.

Malgré les avertissements répétés des Chinois, les forces de l’O.N.U entrent en Corée du Nord le 7 octobre. Le 25 elles s’emparent de Pyongyang, sa capitale ; certaines unités avancées atteignent le Yalu et donc la frontière chinoise.

Les communistes occupent à nouveau Pyongyang le 4 décembre. Entrés en Corée du Sud, ils s’emparent de Séoul le 4 janvier 1951. Mais ils s’avèrent incapables de pousser plus loin leur avantage. L’offensive communiste est stoppée le 15 janvier sur un front bien au sud de Séoul. C’est alors le 21 février, que le commandement de l’O.N.U tout entier monte l’attaque connue sous le nom de « Opération Killer » Sous la pression d’une puissance de feu supérieure, les Chinois se retirent lentement de la Corée du Sud. Séoul est reprise par les troupes sud-coréennes le quatorze  mars.

Le front se stabilise sur le 38e parallèle, là où tout avait commencé.  Malgré quelques petites variations, il reste stable jusqu’à la fin de la guerre. C’est à la demande des Soviétiques que le 10 juillet 1951 on parvient à un accord de cessez-le-feu. Mais les négociations de paix ne trouveront leur terme que deux ans plus tard. Le 27 juillet 1953, dans un contexte nouveau marqué par la mort de Staline et l’arrivée d’Eisenhower à la Maison-Blanche, on parvient à la signature de l’armistice à Panmunjom (village situé sur la ligne de démarcation).

Devant l’ampleur du conflit, les grandes puissances ont su interrompre à temps le processus ; néanmois, ce n’est pas le fait que ce conflit aurait pu dégénérer en troisième guerre mondiale qui est le plus effrayant. Ce sont les expériences nouvelles qui ont été lancées l’occasion de la guerre de Corée.

Ainsi, le 27 octobre 1950, deux semaines après l’entrée des troupes chinoises dans la guerre et à un moment où l’on craignait une généralisation du conflit, George Marshall, le secrétaire américain à la défense, donne le feu vert pour un important programme bactériologique. Le 2 février 1952, l’état-major interarmes ordonne le développement, « sans délai, d’une forte capacité offensive » et de « tous les moyens efficaces pour faire la guerre, même ceux dont l’emploi est sans précédent ».

Des chercheurs militaires et une foule de sous-traitants civils travaillent à la création d’armes anti personnelles, tout en développant des armes anti-récolte et commencent la fabrication en série d’une longue liste de produits.

Le programme comporte, par exemple, la conversion d’une bombe destinée à la distribution de tracts de guerre psychologique en « bombe à plumes » porteuse de spores de charbon céréalier mais visant aussi l’intendance et l’équipement des armées au combat. Pour le développement des munitions, on privilégiera les aérosols provoquant l’infection par voies respiratoires, tout en travaillant à d’autres vecteurs de contamination des cultures alimentaires. Selon les termes d’un accord tripartite avec la Grande-Bretagne et le Canada, les États-Unis travaillent également avec ce dernier sur des « insectes vecteurs » et sur les moyens de les propager.

L’ensemble de ces recherches obtiendront les félicitations du département de la Défense pour  « l’originalité, la grande imagination et l’agressivité dont elle ont fait preuve dans l’invention des moyens et des mécanismes de la dissémination secrète de substances de guerre bactériologique ».

On atteint la perfection sordide lorsque l’on parvient à ce que certaines de ces armes, moralement interdites, puissent rester secrètes. Leur usage même peut passer inaperçu et avoir l’apparence d’épidémies « naturelles»  de choléra, dysenterie, typhoïde ou botulisme. Au plan logistique, on pense pouvoir utiliser ces armes dès juillet 1954 voir même pour une partie dès mars 1952.

Une question reste posée. Est-ce que la logique de crise et la fascination pour de nouvelles technologies, libérées de toute contrainte morale, ont conduit les États-Unis à se livrer en Corée à des expériences destinées à vérifier l’efficacité des armes bactériologiques ? Selon des documents conservés dans les archives gouvernementales et militaires chinoises, récemment accessibles, la réponse est positive. De la communication ultra secrète entre Mao Zedong et Zhou Enlai, des militaires du plus haut rang et des cadres du parti confirment que les responsables chinois étaient convaincus que les États-Unis utilisaient l’arme bactériologique. Zhou Enlai fait publiquement état de ses soupçons dès 1950, alors que les forces des Nations Unies battent en retraite derrière le fleuve Yalu. Des vérifications scientifiques confirment que Washington s’emploie à répandre la peste et le choléra.

De nouveau, la Chine rend publics des indices recueillis par ses militaires à la fin du mois de février 1952 devant les Nations unies. Plusieurs études montrent des concentrations inhabituelles de mouches, de puces et de certains insectes dotés d’une forte résistance au froid et inconnus dans la région. On commence à connaître des poussées de maladies inhabituelles.

L’une des plus graves est une épidémie d’encéphalite toxique aiguë qui se répand pendant le mois de mars 1952 dans trois villes de la province de Liaoning, à la frontière coréenne alors que des pathologistes ont démontré que la tique véhiculant cette maladie n’est pas un animal indigène. Le travail d’autres équipes médicales prouve que certains cas de peste, d’anthrax, de choléra et d’encéphalite sont dus à une contamination volontaire et donc sont de l’ordre de la guerre bactériologique.

L’un des arguments utilisés à l’époque pour discréditer les révélations chinoises et nord-coréennes est qu’elles étaient bâties à partir des données sur la capacité de guerre bactériologique développée par les Japonais pendant la Seconde Guerre Mondiale. Depuis, en 1980, il a été confirmé que Washington avait secrètement « récupéré » les programmes japonais et certains de ses responsables. La réponse officielle d’alors est que ces études n’auraient débuté qu’après la fin de la guerre de Corée. Ces réponses sont pourtant réfutées par des documents récemment déclassifiés aux États-Unis et en Chine.

Mao a toujours prétendu que cette campagne bactériologique n’avait pas été très efficace, et, selon les statistiques, il n’y aurait eu, en Chine, que quelques centaines de morts parmi les militaires et environ deux mille parmi la population civile. Nous ne savons pas si ce sont ces piètres résultats qui ont conduit à l’abandon du programme états-unien en 1953.

Jusqu’à ce jour, Washington nie les faits. Pourtant, les archives dévoilées prouvent le contraire et confirment que l’état-major a mis la guerre bactériologique au sommet de ses priorités stratégiques, à égalité avec le nucléaire. Le gouvernement a financé massivement cette recherche, mobilisant au maximum les ressources militaires et civiles. Dans le cadre d’un programme urgent (crash program) développé entre 1950 et 1952 et généreusement financé, les États-Unis sont en passe de devenir la première nation au monde à introduire les armes bactériologiques dans un système et dans une doctrine d’armements modernes.

Cette guerre, extrêmement meurtrière et très intensive (les combats ne durent réellement que dix mois sur les trois ans de conflit) laisse le pays dévasté sans que soit réglé en aucune façon le problème de la division antérieure de la Corée.

Les pertes humaines se chiffrent à 38500 hommes des nations Unies, 70 000 coréens du sud et environ 2 millions de coréens du nord et de chinois. Au total 3 millions de civils sont tués par les bombardements et les épidémies.

Sans autres résultats que des pertes humaines, la guerre de Corée préfigure les guerres contemporaines par l’usage d’un nouveau type d’armes (élégamment appelées : non-conventionnelles) mais aussi par le fait qu’elle fait plus de victimes civiles que militaires.

Elle a en outre pour conséquence de relancer le réarmement des États-Unis et de l’Occident en général. Le budget du Pentagone, qui était tombé de 85 milliards de dollars en 1945 à 10,5 milliards en 1948, remonte jusqu’à 50 milliards et plus à partir de 1950, passant de 5 % à 12 % du PIB.) Le dictateur Kim Il Sung, de son côté, maintiendra son pouvoir encore pour plus de quarante ans.

A lire : –La Guerre de Corée 1950-1953. Guerre froide en Asie orientale, Patrick Souty, Presses universitaires de Lyon, Lyon, 2002.

Corée 1950, Claude Delmas, Complexe, Bruxelles, 1999.

Korea : The Unknown War, John Halliday & Bruce Cumings, Pantheon Books, New York, 1988.

The Origins of the Korean War : Liberation and the Emergence of Separate Regimes, 1945-1947, Bruce Cumings, Princeton University Press, Princeton (NJ), 1981.

– Killing hope, U.S. Military and CIA Interventions Since World Ward, Black Rose Books, Buffalo, NY, 1998.

-Les guerres scélérates. William Blum. Parangon, Paris, 2004.


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