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Les Algériens

29 marzo, 2012
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Fragment du livre inédit d’Ignacio Ramonet et Ramón Chao, « Ces métèques qui ont fait la France ».  Aujourd’hui, les Algériens.

Chacun s’accorde à reconnaître que les immigrés algériens en France constituent une population qui rencontre des difficultés particulières en matière d’intégration à la société et semble, en tout cas, emprunter une voie différente de celle suivie par les autres immigrés depuis le milieu du XIXe siècle quand la France est devenue un pays d’immigration de masse. Les débuts de cette immigration  remontent à la période coloniale, à la suite du soulèvement d’El Mokrani en Kabylie en 1871 et de la répression qui s’en suivit. Marseille voit ainsi s’installer un premier flux de commerçants ambulants d’origine kabyle, «les Turcos».

L’explication selon laquelle ces difficultés trouveraient leur origine dans le fait que l’Algérie fut longtemps une colonie française et n’obtint son indépendance qu’au prix d’une guerre qui a marqué les relations entre les deux pays n’est pas fausse, mais elle est trop courte.

Au début du XX siècle, le besoin de main-d’œuvre demandée par l’industrie naissante provoque la venue de nombreux travailleurs algériens. Ils sont dockers ou employés dans les huileries et savonneries à Marseille, mineurs dans le Nord, ouvriers dans la région parisienne. En 1914, ils étaient 13 000 Algériens à travailler en France.
Cette émigration ne semble pas poser alors de problèmes particuliers ; seuls les colons envisageaient d’un mauvais œil son développement, qui risquait de réduire le réservoir de main-d’œuvre bon marché dans lequel ils avaient l’habitude de puiser. Mais la guerre va bouleverser les choses. Appelés en masse pour servir en France comme soldats ou comme travailleurs civils, les Algériens y découvrent la société industrielle, sa richesse, et la considération relative dont jouit en France la main-d’œuvre, fût-elle immigrée

Durant la Première Guerre mondiale, la métropole mobilise 250 000 Algériens, 180 000 comme soldats et 70 000 comme travailleurs pour les usines d’armement. La guerre terminée, ils sont nombreux à vouloir rester en France ou à y revenir, fuyant la misère endémique qui sévit chez eux, l’oppression des colons et les carcans d’une société autoritaire.
Alertés par les administrateurs coloniaux, qui décrivent les conséquences de la guerre sur le comportement social, sexuel et politique des indigènes, les pouvoirs publics français font l’analyse que l’émigration constitue une menace pour le maintien de la France en Algérie et choisissent de donner la préférence aux immigrés européens. Les Algériens sont officiellement déclarés indésirables.

Si l’on cherche montrer en quoi le caractère colonial de l’immigration algérienne a pu créer pour elle des difficultés spécifiques, c’est dès la Première Guerre mondiale, qu’il faut donc porter son regard. On découvre alors que la politique menée par l’État français dans l’entre-deux-guerres a contribué à mettre les Algériens à l’index de la nation. Malgré ces conséquences, la politique de l’émigration algérienne, dont les causes sont structurelles, se poursuit. Cédant à la pression des lobbies coloniaux, le gouvernement entreprend de mettre en place une réglementation visant à la contenir ; sans aller jusqu’à l’interdire, une telle mesure n’apparaissant pas possible dans le contexte politique et diplomatique du moment. Pourtant, malgré l’arsenal réglementaire impitoyable auquel elle est confrontée, l’émigration se poursuit toujours.  Appelés de nouveau dans les années 1920 pour répondre aux impératifs de la reconstruction du pays, ils sont 71 000 Algériens en 1924, majoritairement Kabyles.

Faute de pouvoir résorber totalement ce flux, on se soucie de l’encadrer mieux. Ainsi naissent dans toutes les grandes villes de France les SAINA, Services des affaires indigènes nord-africaines. La confusion de l’action policière et d’une action sociale d’un type très particulier va avoir pour effet d’isoler les Algériens du reste de la population française ou immigrée et de lui fermer pour longtemps l’accès à toutes les voies par lesquelles les étrangers se fondent généralement dans la société française :  immigration des femmes et des enfants (qui fréquentent ensuite l’école publique), logement dans des cités ou des quartiers ouvriers où se développent des sociabilités contribuant à l’intégration (et non dans des garnis exclusivement peuplés de compatriotes), fréquentation des administrations ordinaires d’assistance, etc.

En 1926, sous l’impulsion des travailleurs immigrés, naît en France le parti de l’Etoile nord-africaine de Messali Hadj, qui est le point de départ du mouvement nationaliste algérien. La crise de 1929 met fin aux arrivées. Pour la seconde fois, les Algériens sont renvoyés dans leur pays. Pendant la Seconde Guerre mondiale, des Algériens feront partie de l’armée d’Afrique qui combattra en Tunisie, en Italie puis en Métropole.

Systématiquement utilisés comme jaunes pendant les grèves ou comme masse de manœuvre par les ligues de droite grâce à la complicité de la police, les Algériens se coupent des syndicats, constituant un lumpen prolétariat détesté du reste de la population ouvrière. N’ayant derrière eux aucun État national pour les protéger, ils deviennent des parias dans la société française alors même que leur immigration s’étoffe et commence à prendre l’allure de ce qu’elle deviendra bientôt : une immigration de masse destinée à faire souche en France.

Après la guerre, de nouveau, l’économie française a besoin de main-d’œuvre ; un courant d’immigration beaucoup plus fort s’amorce : si en 1946 on ne comptait que 22 000 Algériens, ils sont 211 000 en 1954, 652 000 en 1968, 800 000 en 1975. La France connaît durant ces Trente Glorieuses une prospérité économique remarquable, avec de gros besoins de main-d’œuvre. Les immigrés algériens occupent des emplois dans l’industrie, les usines automobiles (Renault à Boulogne-Billancourt) ou les grands chantiers de construction.

Durant la guerre d’Algérie (1954-1962), la situation des immigrés est difficile, pris entre leur idéal patriotique et les raisons économiques de leur séjour en France. Les rapports entre Algériens et Français de la métropole se tendent avec les attentats, les violences policières (manifestation du 17 octobre 1961) et le racisme ordinaire. L’indépendance de l’Algérie en 1962 ne freine aucunement les départs des Algériens vers la France.

Des accords bilatéraux sont mis en place afin d’organiser la circulation des travailleurs. En septembre 1973, l’Algérie décide d’interrompre l’émigration à cause des multiples agressions racistes. En juillet 1974, le gouvernement français suspend à son tour l’immigration (travail et familles), en réponse au début de la récession. Dès lors, les immigrés algériens conçoivent de moins en moins leur séjour en France comme provisoire. Lorsque le regroupement familial est à nouveau autorisé en 1976, les familles arrivent en masse, contribuant à la présence d’une seconde génération nombreuse. Souffrant de discriminations, mais témoignant d’une grande vitalité politique et culturelle, cette dernière tient une place importante dans la société française contemporaine.

À la suite des événements tragiques en Algérie dans les années 1990, des milliers d’Algériens tentent de trouver refuge en France. En 1999, leur nombre y était de 475 000 personnes.

Sources : Emmanuelle Santelli, La mobilité sociale des enfants d’origine algérienne, Presses universitaire du Mirail, Toulouse, 2001.
Liberation 12,12 2002.

Journal du Dimanche, 11-10-2002

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