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José Agustín Goytisolo

22 abril, 2012

Le poète catalan José Agustín Goytisolo est décédé vendredi dernier, 20 mars 1999 à l’âge de 70 ans. Selon sa famille, il est tombé par la fenêtre de son appartement de Barcelone alors que, seul dans sa chambre, il était en train d’en réparer les persiennes. « Non seulement il était l’un des poètes les plus importants de la seconde moitié de ce siècle, mais aussi l’une des personnes les plus nobles que j’ai pu connaître », dit Manuel Vázquez Montalbán à propos du poète disparu.

Né à Barcelone en 1928, José Agustín Goytisolo était l’aîné de trois frères écrivains : Luis se consacre au roman et Juan au roman et à l’essai. Mais la voix de José Agustín, pour dénoncer la mort de sa mère, victime d’un bombardement de Barcelone par les avions franquistes, devient poésie.

Il appartient à la fois à l’école lyrique de Barcelone et à la génération qui n’a pas fait la guerre civile (Angel González, Caballero Bonald, Carlos Barral…), et il sera toujours un antifranquiste irréductible. « Je n’écris pas de la poésie ; je fais de la politique », disait-il, lui qui se considérait comme un « franc-tireur de gauche » et n’a jamais milité dans aucun parti. En fait, il s’est battu avec des mots de tous les jours pour ouvrir de nouveaux horizons, pour déchirer le voile avec lequel les différents groupes sociaux occultent le langage.  Ceci lui a valu plusieurs séjours en prison.

Catalan d’origine basque, vivant à Barcelone, il écrira toujours en castillan. Parmi les auteurs de sa génération, il assume mieux que quiconque le lien entre les langues et les cultures catalane et castillane, et proclame le caractère pluriculturel  de la Catalogne. Il traduit Salvador Espriu, Pasolini, Ungaretti et en 1966 publie son « Anthologie bilingue de poètes catalans ».

Le sacrifice de sa mère constitue le cri de son premier livre, « El retorno »( (Le retour, 1955) ainsi que la rupture avec le monde de son enfance et le refus d’un contexte extérieur médiocre.

« Salmos al viento » (Psaumes de la douleur,1958) dans la lignée d’une grande tradition poétique, dénoncent la sale histoire d’un pays et montrent le visage bouffi d’une bourgeoisie catalane hypocrite

A ces poèmes satiriques et autobiographies s’ajoutent  « Claridad » (1960), où Goytisolo recrée et actualise les formes de la poésie castillane traditionnelle. Au début des années soixante, il croit percevoir quelques lueurs dans la vie sociale espagnole. Cela transpire dans « Años decisivos » (Années décisives) et dans « Algo sucede » (Il se passe quelque chose); puis ce sera à nouveau la déception, le scepticisme qu’il déploie de façon sarcastique dans »Bajo tolerancia » (Sous tutelle, 1977.)

Le large champ culturel, à la fois populaire et intellectuel, que Goytisolo a su dominer dans sa poésie, le place au premier rang des poètes espagnols contemporains. Il a voulu que ce langage poétique du quotidien soit une façon de construire, sur le langage même, une citadelle solide contre la banalité, contre la mort des idées, contre l’institutionnalisation des rapports humains. « Palabras para Julia » ( Paroles pour Julie ) mises en chansons par Paco Ibáñez, Rosa León, Joan Manuel Serrat, Mercedes Sosa et d’autres, en est l’exemple le plus admirable.

Avec « Final de un adiós » (Final d’un adieu) 1984, il revient à la atmosphère poétique de ses débuts. Mais ce retour aux sources est également un constat : après quelques mirages fugaces et des illusions frustrées, l’évolution vers une démocratie réelle restait toujours à faire. Déjà il parlait au passé : « Ecrire m’a aidé à vivre, à être gai au milieu de ce désastre et de tant de misère, morale et réelle ». En proie à la dépression, il se réfugie dans son lit : « Le lit est maintenant ma véritable patrie, ensuite la maison, et finalement la rue » – avouait-il .

« J’ai pensé à me suicider, et laisser ces salauds tous seuls / pour qu’ils arrangent leur petite boule comme bon leur semble.» – avait-il écrit. Vendredi dernier il a voulu, peut-être, nous adresser un dernier au revoir pour se lancer dans d’autres chemins. « J’aimerais mourir la tête claire et sans douleur ». Une fenêtre accueillante l’a incité à basculer dans le vide. Outre ce spectaculaire adieu final, José Agustín Goytisolo nous laisse une récolte de poèmes. Plus de vingt livres, où il exprime son mal de vivre, sa révolte et sa tendresse. « Je t’offre quelques mots d’amour. Et rien de plus ».

 Ramón ChaoKonciencia social,  25-III-1999

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