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Paul Lafargue (1842-1911)

26 mayo, 2012

Du livre inédit  Ces métèques qu’on fait laFrance, nous vous vous présentons le nonchalant Paul Lafargue (1842-1911), genre de Karl Marx et  auteur de Le droit à la paresse.

Né à Santiago de Cuba d’une famille de colons et d’esclaves, Lafargue se vantait de concentrer le sang de trois races opprimées: juive, caraïbe et mulâtresse.

La famille regagne la France en 1851, alors que Paul vient d’avoir neuf ans. Il suit des études secondaires à Bordeaux puis à la Faculté de Médecine de Paris, tout en collaborant à La Rive gauche, journal de tendance proudhonienne. Comme il participe au premier Congrès international étudiant (Liège, 1865), il est exclu de toutes les facultés de France: il s’exile alors en Grande Bretagne ; à Londres, en 1880, il réside avec sa femme Laura, fille de Karl Marx, qu’il rédige Le Droit à la paresse. On peut facilement imaginer qu’il en a discuté avec son beau-père ; par Friedrich Engels on sait que pour nourrir son travail il a profité de la bibliothèque de l’auteur du Capital. Car cet éloge de la liberté de ne rien faire résulte d’un travail documentaire particulièrement sérieux, comme le prouvent les annotations marginales de Marx à l’exemplaire Du droit à l’oisiveté et de l’organisation du travail servile dans les républiques grecques et romaines de Moreau-Christophe, que Lafargue a consulté à Paris. Avait-il lu la brochure de Maurice Cristal, intitulée Les Délassements du travail  publiée en 1861 ? C’est fort possible ; rien ne sort de rien. En tout cas, Lafargue connaissait les écrits de Fourier et n’a pu qu’être séduit par la remarquable dénonciation du dogme du travail qu’élabore le théoricien de l’attraction passionnelle.

Le pamphlet de Lafargue est publié en feuilleton dans le journal L’Egalité du 16 juin au 4 août 1880 et connait un incontestable succès, tant de librairie comme en éditions officielles et pirates. Ce texte a longtemps été considéré comme différent du reste de la production doctrinale de l’auteur et à part dans le catalogue des œuvres marxistes. Il dérange par ses accents libertaires, son impertinence à l’égard des valeurs traditionnelles du mouvement ouvrier.

Lafargue n’hésite pas à écrire « Honte au prolétariat français ! » : «Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. Cette folie traîne à sa suite des misères individuelles et sociales qui, depuis des siècles, torturent la triste humanité. Cette folie est l’amour du travail, la passion moribonde du travail, poussé jusqu’à l’épuisement des forces vitales de l’individu et de sa progéniture».

Mais surtout, Lafargue scandalise par son appel à la « jouissance », mot effrayant tout autant pour le militant que pour le bourgeois. Dans Le Droit à la paresse (1883), il démystifie la valeur travail : « Pour qu’il parvienne à la conscience de sa force, il faut que le prolétariat foule aux pieds les préjugés de la morale chrétienne, économique, libre penseuse ; il faut qu’il retourne à ses instincts naturels, qu’il proclame les Droits de la Paresse, mille et mille fois plus sacrés que les phtisiques Droits de l’Homme concoctés par les avocats métaphysiques de la révolution bourgeoise ; qu’il se contraigne à ne travailler que trois heures par jour, à fainéanter et bombancer le reste de la journée et de la nuit.  Paressons en toute chose, sauf en aimant et en buvant, sauf en paressant. »

N’oublions pas que la paresse a longtemps été considérée comme l’un des sept péchés capitaux, c’est dire la gravité de la transgression, d’autant que le péché est un des moteurs de la culpabilité ! « Paresse » est un mot dont l’étymologie n’est guère explicite : il provient du latin pigritia, dérivé de piger, qui signifie « lent », « indolent », « peu travailleur». Nous retrouvons ces différents sens dans la conception chrétienne des péchés capitaux. Selon les travaux de Jean Delumeau (4), « paresse » traduit d’abord et avant tout l’acédie, cette « torpeur spirituelle » qui caractérise le croyant peu actif, celui qui ne s’empresse pas à prier Dieu, à pratiquer les divers rites, etc.

Lafargue ne dénonce pas seulement la « religion du capital », mais tous les systèmes sociaux qui se fondent sur le travail comme unique valeur sociale et individuelle. Il espère une libération du salariat (« le pire des esclavages ») par la machine et l’accès prochain pour tous aux « loisirs ». Le mot semble neuf et sa réalité bien improbable, compte tenu des horaires disciplinaires, du temps contraint pour les déplacements et de la faible espérance de vie de l’ouvrier moyen ! Le loisir, c’est avoir du temps pour soi, non pas pour rien, mais pour en faire ce qu’on veut. C’est du temps libéré en quelque sorte et surtout pas du temps libre.

La qualité de l’écriture pamphlétaire a rendu célèbre son auteur, en même temps que l’analyse incisive sur la perte de sens dû au travail au XIXème siècle. Lui, le mécréant total, enrage contre le dessaisissement des religions, qui de Christ à Jéhovah, en passant par les philosophes grecs, ont «enseigné le mépris du travail, cette dégradation de l’homme libre », devant le nouveau dogme de l’ère industrielle. Dans un autre texte sarcastique, Lafargue -très influencé par les thèses proudhoniennes -imagine une rencontre à Londres de la haute finance et des industriels pour fabriquer une religion définitive qui dominera le monde : la religion du travail. Après le drame de Fourmies (1er mai 1891 : la troupe tire sur les ouvriers faisant neuf morts et une soixantaine de blessés), Lafargue est condamné pour incitation au meurtre.

Réfugié en Espagne, il y est le correspondant de Marx et anime la polémique contre les anarchistes. Avec Pablo Iglesias, il fonde la Nouvelle Fédération madrilène, amorce du Parti socialiste ouvrier espagnol. Il représente l’Espagne à la Première Internationale,  rentre en France à la chute du second Empire et vit la période de la Commune à Bordeaux.

C’est ici qu’il se lie avec Jules Guesde et fonde avec lui le Parti ouvrier français (1880-1882). Tenu pour un des introducteurs du marxisme en France, il est à ce titre considéré comme l’interprète autorisé de la pensée de Marx. Le 8 novembre 1891, il est élu député à Lille. Artisan de l’unification des forces socialistes, il se présente à la députation contre Millerand, mais il est battu. Il siège à la commission administrative permanente du P.O.F., puis de la S.F.I.O. et au conseil d’administration de L’Humanité jusqu’à sa mort. Le 26 novembre 1911, Paul et Laura Lafargue se suicident dans leur maison de Draveil, «avant que, selon les termes du dernier message de Lafargue, l’impitoyable vieillesse ne fasse de moi une charge à moi et aux autres».

Source : Le devoir de paresse, par Thierry Paqot. Le Monde diplomatique  10-04-1999.
Sources : Le Droit à la paresse, par Paul Lafargue, Maspero, 1972, précédé d’une substantielle « Introduction » de Maurice Dommanget, historien du mouvement ouvrier.

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  1. Alter Ego permalink
    26 mayo, 2012 10:37

    En el antepenúltimo párrafo, dice “Laforgue” en vez de “Lafargue”. Si bien parece un simple error de tipeado, conviene aclararlo para no confundir a este Paul Lafargue con Jules Laforgue, poeta simbolista nacido en Montevideo a mediados del siglo XIX.

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