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Vietnam

5 junio, 2012
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Du livre inédit d’Ignacio Ramonet et Ramón Chao « Histoire de l’Impérialisme américain », nous vous offrons le chapitre concernant le Vietnam.

Por Gilles Aillaud (1928-2005)

1954 Viêt-nam. Durant la guerre d’Indochine (1945-1954), les États-Unis participent en aidant matériellement l’armée française à lutter contre le Viêt-minh et reconquérir sa colonie malgré les engagements de la Charte Atlantique (1941).  Ils financent à 80% l’effort de guerre français. Malgré le souhait des conseillers militaires, Washington n’intervient pas directement dans le conflit. En revanche, il s’engage pour ne avouer qu’ils provoquent la seconde partie du conflit indochinois.

De la même manière que pour la guerre de Corée* cette velléité interventionniste est justifiée par « le théorie des dominos » : Si l’un des pays d’Asie du Sud-Est tombe sous le joug communiste, les autres suivront irrémédiablement. Il faut absolument éviter la « chute » de la première pièce et donc la « contagion » communiste et antidémocratique.  D’autres motifs aussi cruciaux ne sont moins pas évoquéz par les dirigeants américains. Se priver de relations privilégiées avec la région indochinoise mettrait en péril la position stratégique des États-Unis dans le Pacifique et en Extrême Orient et leur interdirait l’accès à toutes les ressources naturelles dont regorge cette région : riz, bois, caoutchouc, étain, pétrole….

Vers la fin de la guerre, Washington craint plus que tout que la France qui se trouve en mauvaise posture ne négocie avec les Vietnamiens et laisse s’instaurer un régime communiste. Sous son égide naît à Manille le 8 septembre 1954, l’Organisation du Traité de l’Asie du Sud-Est (OTASE), chargée de veiller à la protection des pays menacés par la « vague rouge ». Un bloc militaire (Angleterre, France, Australie, Pakistan, Thaïlande, Philippines) est constitué. Dans le texte du traité, un protocole permet une intervention en Indochine.

Les Accords de Genève de 1954, qui mettent fin à la guerre d’Indochine, consacrent le scénario tant redouté par Washington. Ils reconnaîssent l’indépendance du Cambodge, du Laos et du Viêt-nam. Ce dernier est coupé en deux à la hauteur du 17e parallèle, le Nord devenant la République démocratique du Viêt-nam, dirigée par la communiste Ho Chi Minh.

Les États-Unis projettent alors de s’assurer la main mise sur le Sud Viêt-nam afin d’empêcher la réunification du pays.

Leurs objectifs sont clairs : faire du Sud Vietnam une colonie de type nouveau, une base politique et stratégique pour la domination du Sud-Est Asiatique. Violant ouvertement les Accords de Genève, Washington installe à Saigon un Ngô Dinh Diêm, un dirigeant sous contrôle qui sous ses conseils refuse les élections prévues pour 1956 en vue de la réunification.

D’innombrables missions économiques, des conseillers américains de toutes catégories viennent coiffer l’administration saïgonnaise. Ils prennent en main toutes les branches d’activités et les projets, depuis l’élaboration de la Constitution, l’instruction des forces armées et de la police jusqu’à la mise au point d’une “réforme agraire” ou des programmes d’enseignement.

Ngô Dinh Diêm entreprend de détruire l’infrastructure clandestine viêt-minh restée en place au sud et qui organise la réaction à son régime. De nombreuses opérations de ratissage effectuées par des forces allant jusqu’à 10.000 à 15.000 hommes « nettoient » de vastes régions. Avec le soi-disant objectif de bâtir des colonies agricoles, des mesures de concentration de population, de déportation de peuples entiers sont mises en application.

Très vite, cette répression, en plus des réformes inspirées par Washington, provoque la réaction du peuple vietnamien.

Au sein  d’une population ayant une longue expérience de la lutte politique armée se forme en 1960 e « Front National de Libération, majoritairement communiste,mais qui rassemble ma majorité des courants politiques et s’appuie sur la population paysanne. Le FLN se fixe comme programme le renversement de l’administration « diêmiste », l’élimination de toute ingérence étrangère, la constitution d’un gouvernement de coalition nationale, l’instauration d’un régime démocratique, une politique étrangère de paix et de neutralité, l’acheminement progressif vers la réunification pacifique du pays.

Structurant la guérilla Viêt-Cong commencée en 1958, « l’Armée populaire de libération » voit le jour début 1961. Elle reçoit le soutien du gouvernement communiste de Hanoi et du voisin Cambodgien, Norodom Sihanouk, qui permet l’acheminement par son territoire des combattants et du matériel au travers de ce qu’on a appelé « la piste Ho Chi Minh ».

Ngô Dinh Diêm n’arrive plus à faire face à la contestation. Le FNL maîtrise de plus en plus de régions rurales et des manifestations violentes se multiplient dans les villes. Même l’armée se retourne contre le dictateur : déja, le once novembre 1960, des officiers avaient tentent un putsch.

Face à la détérioration de la situation, les États-Unis réaffirment leur soutien à Saigon.

Kennedy, qui vient d’accéder au pouvoir, est placé devant l’alternative : ou bien abandonner le régime « diêmiste » et renoncer à la tentative de mainmise sur le Sud Viêt-nam ou bien faire la guerre au peuple vietnamien. Il choisit la deuxième voie. L’aide économique et militaire américaine au gouvernement Diêm s’intensifient, tndis que les services secrets poursuivent et multiplient au Nord Vietnam et au Cambodge les opérations secrètes de déstabilisation.

En décembre 1961, les premières troupes américaines ( 400 militaires en tenue), arrivent à Saigon. Néanmoins, les États-Unis déclarent que ces troupes ne doivent pas être considérées comme des unités de combat. Washington cherche à faire la guerre par personne interposée.

La puissance matérielle et financière américaine permet de payer une administration et une armée mercenaire équipée avec le matériel le plus moderne. Il suffit de coiffer cette armée avec des “conseillers” américains spécialement formés pour ce genre de guerre.

Washington choisit donc de faire du Sud Vietnam le banc d’essai de cette nouvelle stratégie de la guerre “spéciale”. Les préparatifs étant terminés au début de 1962, un commandement opérationnel américain s’installe à Saigon. Les effectifs grossissent rapidement pour atteindre 25.000 hommes en 1964.

L’objectif est double : par des opérations militaires rapides, liquider les forces armées de libération et forcer d’autre part l’ensemble de la population rurale à se regrouper dans plus de 16.000 hameaux stratégiques, véritables camps de concentration où, derrière des barbelés, le pouvoir saïgonnais peut installer un contrôle direct et draconien. Les hélicoptères en particulier doivent assurer aux troupes américano-saïgonnaises une suprématie absolue, leur permettant de frapper n’importe où, à l’improviste, et de débusquer les guérilleros Viêt-Cong.

Les bombardements en série, les pilonnages incessants de l’artillerie, les épandages de produits chimiques, la terreur opèrent sans discrimination et sont censés juguler toute velléité de résistance de la population pour la contraindre à rejoindre les hameaux stratégiques. Dans l’esprit des stratèges américains ceci doit permettre de régler le problème en quelques mois.

Malgré toute cette débauche de technologie et de stratégie, les défaites saigonaises se répètent. Le FNL contrôle 50 % du territoire vietnamien. Pour Washington, l’échec du regroupement de la population montre que Diêm n’est plus à la hauteur de la situation. Il faut donc substituer à la dictature civile une dictature militaire qui exécute directement les ordres du commandement américain. Le premier novembre 1963, le président Diêm, démis par un coup d’État militaire, est exécuté dans des circonstances douteuses. Diêm et son frère Nhu liquidés, les services américains installent au pouvoir une junte militaire.

Ce changement de régime pourrait être une occasion de quitter le Viêt-nam pourtant Washington la repousse : ” Cette solution ne fut jamais considérée comme une solution de rechange valable, la thèse de l’importance stratégique d’un Viêt-nam du Sud indépendant et libre de toute influence communiste prévalait “, écrira plus tard Robert Mc Namara alors Secrétaire d’État à la Défense.

Kennedy envisage le désengagement, mais son assassinat suit de quelques jours le coup d’état. Son futur successeur Lyndon Johnson déclare alors aux généraux qui le soutiennent : « Débrouillez vous pour que je sois élu et vous l’aurez, votre foutue guerre ».

C’est le même Lyndon Johnson qui en pendant la campagne électorale, jure qu’il n’enverra pas son armée au Viêt-nam, car les mouvements pacifistes s’étendent dans l’opinion américaine et le prestige international des États-Unis s’en ressent. Pourtant, Washington décide de continuer la guerre, de l’intensifier pour essayer de sauver à tout prix le régime fantoche qui croule, et s’accrocher coûte que coûte au Viêt-nam et à l’ensemble de l’Indochine

Comme de coutume, pour éponger une telle contradiction, la CIA invente de toutes pièces, en août 1964, une attaque nord-vietnamienne sur un bateau de guerre US dans le Golfe de Tonkin. Cela n’est pas sans rappeler l’affaire de l’explosion du « Maine » à Cuba *en février 1898. C’est ainsi que le quatre août 1964 le Sénat des États-Unis adopte la « Résolution du golfe du Tonkin », qui autorise l’intensification de la participation américaine et laisse le champ libre au Président pour les décisions militaires. Les faucons prennent en charge la gestion du « problème du sud-est asiatique ». La guerre du Viêt-nam commence officiellement.

En février 1965, l’aviation américaine commence à bombarder régulièrement le Nord. Le six mars, les premiers Marines débarquent au sud de Danang. Johnson donne à l’intervention une vague coloration internationale en y associant quelques contingents de l’OTASE, mais il reste sourd aux initiatives en faveur d’un règlement pacifique, qu’il s’agisse de l’appel des dix-sept pays « non alignés » ou du discours du Général de Gaulle à Phnom Penh. Dans l’esprit des dirigeants américains, l’accentuation de la menace d’extermination doit amener le peuple vietnamien à se plier et accepter les conditions exigées.

Un diplomate canadien est chargé d’alerter le Premier ministre du Nord, Pham Van Dong, des dévastations que son pays risque d’endurer, mais le Vietnam du Nord rejette toute négociation tant qu’il subira des raids aériens.

L’effort de guerre américain est de plus en plus massif : fin 1965, il y a 200 000 soldats ; à l’été 1968, 550 000 en seront stationnés au Vietnam.

Pour forcer la décision sur le terrain, toutes les techniques de guerre sont utilisées.

Au Nord, les bombardements stratégiques détruisent complètement les villes et les bourgades situées entre le 17e et le 20e parallèle. Les Nord-Vietnamiens trouvent une parade en dispersant les populations et les centres de production. L’effet de terreur ne joue pas sur le moral de la population et ne provoque pas l’effondrement attendu. De même, l’US Air Force ne réussit pas à couper la piste Hô Chi Minh, l’artère vitale qui alimente les maquis du Sud.

De la fin octobre 1966 à avril 1967, le commandement américain lance successivement trois grandes opérations en direction de Tay Ninh, dont la plus importante, “Junction City”, mobilise jusqu’à 45.000 hommes, 800 blindés et plusieurs centaines d’avions. Du coté saigonnais, 175.000 assistés par 40.000 agents « d’action civique” cherchent à “pacifier” la région, spécialement formés à cet effet. Jamais l’effort militaire américain au Sud Vietnam n’a été porté à un tel niveau. Pendant ce temps, les bombardements contre le Nord s’intensifient, jusqu’à atteindre en 1968 une intensité unique dans l’histoire du monde. À la fin de la guerre, sept millions de tonnes de bombes auront été larguées sur le pays. De vastes régions du Sud Viêt-nam sont déclarées « Free fire zones » : tous ceux qui s’y trouvent sont considérés comme des ennemis, femmes, enfants, vieillards compris.

Dans la nuit du nouvel an du Singe (fête du Têt, 30 janvier 1968), les forces révolutionnaires déclenchent une offensive en plusieurs vagues contre les villes du Sud. Une série de points névralgiques à l’intérieur même de Saigon sont attaqués : l’ambassade américaine, le palais présidentiel, le siège de l’état-major, la station de radio, le siège du Commandement des marines et paras, le siège central des services de police et de nombreux dépôts de munitions et carburants. Les IVe, Ve, VIe, VIIe, VIIIe arrondissements de Saigon sont occupés par les forces de libération. L’offensive est repoussée. Le Nord Viêt-nam perd 85.000 hommes  mais le coup porté au Sud est déterminant par les dommages causés et l’impact psychologique.

« La première puissance mondiale s’acharne à anéantir un petit pays pauvre » : Cette idée se répand dans l’opinion publique américaine et internationale. Ajouté au peu de succès des opérations, cela oblige Johnson à ralentir l’escalade ; en apparence en tout cas.

Le 31 mars 1968, il déclare que désormais les bombardements seront limités à une zone restreinte du Nord Viêt-nam, qu’il ne se représentera pas aux élections présidentielles, et que Washington accepte de discuter avec une délgation du gouvernement de la République Démocratique du Vietnam. Ce dernier accepte rapidement la proposition et en mai 1968 s’ouvrent à Paris les pourparlers qui devront durer jusqu’en 1973, pendant que les opérations militaires se poursuivent.

À l’automne, le mécontentement de l’opinion américaine permet aux Républicains de gagner les élections. Les Américains élisent cependant un partisan acharné de la guerre : déjà en 1954 Richard Nixon avait préconisé une intervention directe aux côtés des colonialistes français. Cette fois disposant de tous les pouvoirs, il est bien décidé à gagner la guerre.

Mais la situation ne lui permet plus d’avoir les mains aussi libres que Johnson en 1965. Il ne peut plus renforcer le corps expéditionnaire. Les pertes au Viêt-nam atteignent des proportions inacceptables pour le peuple américain. Dans les mois qui suivent sa prise de fonctions, il annonce que 25 000 soldats américains quitteront le Vietnam en août 1969. Le retrait de 65 000 autres est programmé pour la fin de l’année. Il présente ainsi une nouvelle politique, dite de « vietnamisation » : retrait progressif de l’armée américaine en passant l’effort sur l’armée sud-vietnamienne, qui sera réorganisée. Les troupes au sol se retirent, mais l’aviation et l’argent américain continuent de soutenir les troupes de Saigon.

Cependant, ni le retrait progressif américain ni la mort du président nord-vietnamien Hô Chí Minh, le 3 septembre 1969, ne réussissent à débloquer la situation. Au contraire, Nixon renchérit en 1970, plongeant aussi le Cambodge* dans la guerre. Mais la supériorité en nombre et en matériel ne lui permet toujours pas d’imposer ses conditions. La meurtrière bataille de « Hamburger Hill» et le massacre de villageois de My Lai, qui rendu public met à jour les atrocités commises par les soldats US (500 civils exécutés), troublent la conscience d’une Amérique inquiète du sort des prisonniers et du chiffre croissant des pertes humaines. Son armée sombre dans le désarroi, minée par la drogue, les antagonismes raciaux, la corruption et les trafics, tandis que les idées pacifistes se répandent parmi les soldats.

La redéfinition de l’engagement américain est déclenchée en 1971par la publication «des Pentagone papers » dans le New York Times et d’autres journaux: une série de documents secrets du gouvernement américain concernant la situation vietnamienne. Ces documents éclairent de façon consternante la manière dont les États-Unis ont jusqu’alors géré la guerre et les négociations de paix. De son côté, le Congrès américain, dont les rapports avec l’exécutif se sont dégradés, annule la résolution dite « du golfe du Tonkin » et retire au Président les pouvoirs spéciaux. Mais le conflit se prolonge encore et encore. Nixon relance alors le dialogue avec Hanoi par le truchement d’Henry Kissinger, son secrétaire d’État.

L’année 1972 est celle des élections présidentielles : pour se faire réélire, Nixon, doit vraiment donner l’impression d’être décidé à finir avec cette guerre.  Mais néo-colonialiste obstiné, il veut continuer à perpétuer la mainmise sur le Viêt-nam et imposer ses conditions aux vietnamiens.

Trois années de “vietnamisation” lui ont permis de mettre en place un appareil gigantesque. L’armée et la police de Nguyen Ván Thieu, le dirigeant sud vietnamien, sont nettement renforcées. Les effectifs s’élèvent à 1.200.000 hommes. Mais n’empêche : l’armée saigonnaise se voit dotée d’une aviation, d’une flotte navale et fluviale, d’un corps de blindés des plus modernes. Treize divisions d’élite (rangers, parachutistes, marines), en forment le fer de lance. L’aviation et la marine américaines apportent une aide puissante à ces forces, tandis qu’une « pacification » implacable maintient la terreur dans les zones contrôlées par Saigon. Les zones « libérées » sont transformées en déserts semés de millions de cratères où aucune végétation ne poussera plus et où, par conséquent, les forces révolutionnaires ne peuvent plus se cacher tandis que des millions de ruraux sont forcés de se réfugier dans les villes.

L’aide américaine, militaire et économique, se monte en moyenne à 2 milliards de dollars par an. Cela représente une somme considérable pour le Viêt-nam, mais c’est une dépense bien inférieure aux 30 milliards que coûtait l’intervention directe des troupes américaines dans la guerre.

Le 25 janvier 1972, Nixon dévoile un nouveau plan en huit points qui inclut la tenue d’une nouvelle élection présidentielle au Viêt-nam du Sud. Quelques avancées sont faites, mais les négociations de paix sont à nouveau rompues le 23 mars.

La guerre prend une tournure encore plus inquiétante une semaine plus tard. Le 30 mars, le Viêt-nam du Nord lance une offensive massive vers le sud au-delà de la zone démilitarisée, dans la province de Quang Tri. En avril, les États-Unis répliquent par des raids aériens, les premiers et les plus avancés dans le territoire du Viêt-nam du Nord depuis 1967. Presque toutes les villes nord-vietnamiennes sont entièrement ou partiellement détruites, et toutes les installations industrielles sont touchées. Washington cherche à anéantir systématiquement toutes les infrastructures industrielles du pays. L’agriculture est visée également, les ouvrages hydrauliques les plus importants sont bombardés à outrance. Et pour couronner l’escalade, le réseau de digues fluviales et maritimes du Nord Vietnam deviennent la cible de nombreuses attaques, en vue de provoquer des inondations au moment des grandes pluies de juillet août et par voie de conséquence une famine dans les mois suivants.

Pour compléter l’effet des bombardements, le huit mai Nixon ordonne le blocus de tous les ports de la République Démocratique du Viêt-nam avec des milliers de mines, afin d’interdire tout ravitaillement venant de l’extérieur.

Après avoir été contrôlée par le FNL pendant quatre mois et demi, la province de Quang Tri est reprise par les Sud-Vietnamiens, le 15 septembre.

Le onze septembre, le Gouvernement Révolutionnaire Provisoire, mis en place par le FLN en 1969, avance propose le retrait des troupes américaines, la formation d’un gouvernement provisoire de concorde nationale à trois composantes : le GRP, le gouvernement de Saigon, et une troisième composée des autres forces politiques du Sud Viêt-nam. Il ne serait imposé au Sud Viêt-nam ni un régime communiste, ni un gouvernement d’obédience américaine.

Il devient de plus en plus difficile, en période électorale, d’opposer un refus obstiné à ce  plans de paix. Nixon doit se résigner à faire avancer les négociations d’autant plus que les pertes américaines en avions et en pilotes s’aggravent.

Alors que la guerre se poursuit les pourparlers de paix secrets entre Henry Kissinger et le délégué nord-vietnamien Lê Dúc Tho reprennent le 8 octobre. Le vingt-deux, Nixon envoie un message au Premier Ministre de la République Démocratique du Viêt-nam. Ainsi peut-il se présenter devant ses électeurs comme ayant déjà réglé l’affaire vietnamienne. Ce résultat obtenu, Washington prend prétexte de difficultés soulevées par Saigon pour remettre en question l’accord et le calendrier convenu.

Les opérations militaires au Sud et les bombardements contre le Nord continuent, pendant que le commandement américain profite pour envoyer d’importantes cargaisons d’armes, surtout des avions, des hélicoptères et blindés à l’armée saïgonnaise qui compte fin 1972 plus de 2.000 appareils, devenant ainsi la troisième flotte la plus importante dans le monde.

Des officiers américains se déguisent en techniciens civils pour “conseiller” l’armée de Thieu. L’aéronavale s’acharne surtout sur les provinces nord-vietnamiennes situées entre les 20e et 17e parallèles. Washington exige alors de changer les clauses fondamentales de l’accord convenu en octobre (126 changements sont proposés), en vue d’enlever au peuple vietnamien la jouissance de ses droits nationaux fondamentaux.

Ne parvenant toujours pas à imposer ses conditions aux négociateurs vietnamiens, Nixon envoie, entre le 18 et le 30 décembre 1972, plusieurs centaines de chasseurs bombardiers et environ 150 B.52 qui opèrent quotidiennement sur le Nord Viêt-nam. La défense vietnamienne abat 81 avions américains dont 34 B.52 considérés jusque-là comme invulnérables.

L’échec des B.52, qui ne réussissent pas à provoquer la panique dans la population nord-vietnamienne, les pertes sévères en appareils et pilotes, l’indignation mondiale obligent à nouveau Nixon à arrêter les bombardements et à revenir à la table des négociations. Après six jours de discussion, Kissinger et Tho se rencontrent à nouveau le 23 janvier 1973. “L’accord sur la cessation de la guerre et le rétablissement de la paix au Vietnam” stipule, en particulier, que les États-Unis doivent respecter les droits nationaux fondamentaux du peuple vietnamien, et que les troupes américaines doivent être retirés du Sud Vietnam avant le 27 mars.

Implicitement l’accord de Paris reconnaît l’existence de deux administrations et de deux armées, ainsi que de trois forces politiques qui doivent œuvrer pour la réalisation de la concorde nationale. Le 21 février à Vientiane, le même genre de traité est signé pour le Laos.

Ainsi, en janvier et février 1973, Washington reconnaît, au moins en principe, le droit des peuples vietnamien et lao de régler leurs affaires sans aucune intervention extérieure.

À la fin du mois de mars 1973, toutes les forces de combat américaines sont retirées.

Le Sud Viêt-nam de Thieu et le Nord Viêt-nam communiste sont désormais seuls face à face. Il apparaît vite que le Conseil National de Concorde et de Réconciliation, prévu à Paris en attendant des élections, est un leurre. À l’intransigeance de Thieu, qui refuse d’envisager des élections avec la participation des communistes et lance un appel au combat, répond la détermination de Hanoi à réunifier le pays par la force. Dès octobre 1974, le Nord considère les accords de Paris comme caducs et engage les préparatifs de l’invasion. Les États-Unis se désintéressent de leurs anciens protégés auxquels ils réduisent leur aide.

Début 1975, l’Armée populaire vietnamienne attaque dans la région centrale des Hauts Plateaux. C’est la débandade.  Réfugiés civils et soldats en fuite sont suivis ou poursuivis par les divisions du général Van Tien Dung, qui foncent le long de la côte vers Saigon.

Paralysé par « le scandale du Watergate » et l’interdiction de toute nouvelle opération par le Congrès, Washington se limite à évacuer les ressortissants américains et alliés. L’Armée populaire avance et s’empare de Saigon le 30 avril 1975.

La guerre du Viêt-nam s’achève ainsi au bout de trente ans. Elle a été un engrenage de conflits émaillés de nombreuses occasions manquées parvenir à la paix. Guerre coloniale puis corollaire à la guerre froide elle se termine en guerre civile.

Les États-Unis n’ont pas subit de défaite militaire puisque la guerre se termine sans eux. Mais s’achève avec la victoire des petits paysans révolutionnaires sur le géant néo-colonialiste.

Les huit années de guerre ont ravagé le pays économiquement et écologiquement et causé la mort de plus de deux millions de Vietnamiens ; trois millions furent blessés.

Entre avril 1975 et juillet 1982, approximativement un million deux cent mille de réfugiés quittent le pays.

A lire : Kiss the Boys Goodbye: How the United States Betrayed own POWs in Vietnam, Duton, N. Y, 1990.

– In Retrospect: The Tragedy and Lessons of Vietnam, Robert S. McNamara, Times Books, 1995,

Tonkin Gulf and the Escalation of the Vietnam War,University of Nord Caroline Press, Caroline do Nord, 1996.

-Les soldats blancs de Ho Chi Minh.Jacques Doyon. Fayard, 1973

Les Viêt Cong. Jacques Doyon. Dénoel, Paris, 1968.

2 comentarios leave one →
  1. celaya permalink
    5 junio, 2012 19:45

    Inhóspita región del Mekong, asolada con el agente naranja…….

  2. 22 junio, 2012 11:53

    ¿Piscicultura en el Mekong del pescado “panga” aprovechando los cráteres de las bombas?

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