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Un sultan á Palerme

9 junio, 2012

Un sultan á Palerme, roman de Tariq Ali. Traduit de l’anglais par Diane Meur. Sabine Wespieser, editeur. Paris, 2007.

Al Andalous n’a pas été le seul territoire musulman qui a pratiqué l’alliance de civilisations. La connivence était a l’origine du rayonnement de la Sicile au XII siècle, lorsque les Normands gouvernaient l’île alors que la culture et la langue arabes y étaient encore très présentes. Les croyants au Christ et à Mahomet cohabitaient en bonne intelligence, sous l’égide du roi chrétien Roger II- alias sultan Rujari -, protecteur d’érudits et d’artistes.


Il n’est pas étonnant que Tariq Ali, figure prépondérante de la gauche anti-libérale, ait choisi ce personnage pour étayer ses idées sur la justice et la tolérance et projeter sur cette époque les convulsions du monde

contemporain. Exemple, ce commentaire de son autre personnage principal, Idrisi, géographe et médecin et grand ami du sultan qui lui prêtait même sa bibliothèque pour ses recherches :

« C’est curieux comme, depuis cinq cents ans, le sort des Juifs est si souvent lié à notre propre avenir. Là où nous souffrons, ils souffrent. Là où nous prospérons, ils prospèrent […] C’est la même histoire ici, en al-Andalus et en al-Quds, à Bagdad, au Caire et à Damas ».

« Le Sultan de Palerme » n’est que le tome premier d’un ambitieux « Quintet de l’islam » dans lequel chacun des cinq récits évoque un moment de l’histoire où éducation et culture étaient synonymes d’un islam en coexistence avec le monde chrétien.

Les premières lignes constituent une description exacte de l’angoisse de tout écrivain, donc de Tariq Ali lui-même, au moment où il commence un livre : C’est dans cette situation que se trouve Idrisi : « Il savait d’instinct, et aussi pour avoir travaillé sur de vieux manuscrits, que la première phrase est décisive. Comme les Anciens comprenaient bien cela ! Avec quel soin ils choisissaient leurs commencements, et avec quelle facilité leur travail devait progresser une fois cette décision prise. Où commencer ? Par quoi commencer ?».

Avec cet artifice habile, efficace, l’auteur entre dans la peau de son propre personnage et réussit le départ d’un roman d’aventures aux allures picaresques et aux parfums des Mille et une nuits : histoires d’amour croustillantes, secrets d’alcôve, complots politiques et même scènes rabelaisiennes. Mais aussi avec de graves discussions théologiques entre le roi Roger (ou Rujari), et Idrisi comparant les vertus et les défauts de leurs religions respectives. Car Tariq Ali ne cherche pas à donner une vision idyllique de l’islam, même si, comme on va le voir, à cette époque l’intransigeance était bien de l’autre côté.

Idrisi rentre à Palerme après sa dernière navigation autour de Siqilliya (Sicile), avec l’intention d’écrire une Géographie universelle et une conviction bien précise : « La géographie de cette île modèle notre caractère, et, d’ici une cinquantaine d’années, il sera impossible de distinguer entre Croyants, Juifs ou Nazaréens. Nous devenons des Siquilliyani, confrontés aux mêmes problèmes..

Protecteur des musulmans contre l’intransigeance de l’Eglise et la cupidité des barons lombards, Roger II arrive en fin de règne ; il avoue à Idrisi que pour satisfaire les notables normands dont il a besoin pour assurer sa succession, il va sacrifier Philippe, le plus respecté de ses conseillers musulmans. On assiste alors au procès trafiqué et a la mise a mort de l’innocent.

A partir de ce meurtre, le rapport entre les deux communautés n’a rien a envier a certains évènements d’aujourd’hui : prises d’otages, viols, assassinats, sans que rien ni personne ne puisse arrêter l’escalade. Après la mort de Rujari, un massacre de musulmans a lieu à Palerme ; Idrisi décide de quitter l’île et de se rendre dans la ville des califes, se mêler aux poètes et aux philosophes, et chercher de nouveaux livres dans la Maison de la sagesse. Il ira donc à Bagdad, « la ville qui sera toujours à nous. La ville qui ne tombera jamais » Et il insiste : Qui ne tombera jamais ».

Ramón Chao. Le Monde Diplomatique , octubre 2007. 

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