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Americanos en Francia. Benjamin Franklin

13 diciembre, 2012

Franklin

L’inventeur américain du paratonnerre était aussi, entre autres, diplomate. C’est à ce titre qu’il vécut à Paris de 1776 à 1785.

Le Congrès américain l’avait dépêché dans la capitale française pour s’assurer du soutien de la France à la guerre d’indépendance que les Etats-Unis menaient contre l’’Angleterre, ancienne puissance coloniale. Il arrive à Paris à 70 ans, mais sa renommée l’avait précédé. Célèbre pour ses recherches sur l’électricité et ses inventions,  l’ont rendu célèbre en Amérique  et en Europe.

En 1772, il est élu membre associé étranger à l’Académie royale des Sciences de Paris, fait la connaissance de la Rochefoucauld et correspond avec Condorcet. Cela ne fait qu’élargir et renforcer les contacts établis lors de brefs séjours précédents à Paris, où Benjamin Franklin avait rencontré des personnalités du monde scientifique, économique, politique et littéraire. Citons  entre autres Malesherbes, Turgot, Mirabeau père…

Mais c’est bien plus tôt que Benjamin Franklin avait commencé à tisser des liens avec la France du siècle des Lumières.

Elu membre de l’assemblée de Pennsylvanie, son parcours politique l’aura mené de la fidélité à l’Angleterre à la lutte pour l’indépendance.

Un réseau de relations dans les milieux scientifiques et de l’aristocratie libérale qui va lui servir lors de sa mission et de son séjour « diplomatiques » dans la capitale. D’autant plus qu’aux yeux de la cour et du Roi, auprès duquel il est venu chercher le soutien financier, logistique  et diplomatique de la France, le « commissaire officieux » n’est après tout que le représentant d’un pays en rébellion contre son souverain légitime, la couronne anglaise…

C’est avec « le costume d’un cultivateur américain » – comme l’écrit Madame Campan dans ses Mémoires sur la reine Marie-Antoinette – que le ministre plénipotentiaire de la jeune Amérique se présente à la cour de Louis XVI à Versailles. Une gravure est là pour illustrer le propos de la première femme de chambre de la reine : on y voit effectivement Benjamin Franklin, « ses  cheveux plats sans poudre, son chapeau rond, son habit de drap brun » qui contraste avec les paillettes et perruques des courtisans. Mais la simplicité toute rurale du « Docteur Franklin », ajoutée à sa renommée de physicien et de patriote saura charmer « toutes les têtes vives des femmes françaises », qui se plairont à l’inviter dans leurs salons.

Le séjour parisien de Franklin aboutira le 3 septembre 1783 à la signature du traité de Versailles qui met fin à la guerre d’indépendance des Etats-Unis. Il faudrait dire plutôt « les traités » puisque chacun des alliés des Américains (France, Espagne, Provinces-Unies) signe un texte bilatéral distinct avec l’Angleterre. C’est un document original établi entre la  France et l’Angleterre de 14 feuillets, paraphé par le « Roi très chrétien de France et de Navarre »  et « le Roi de la Grande-Bretagne », tous deux souverains « par la grâce de Dieu ».

Benjamin Franklin restera à Paris encore deux ans. Depuis 1777 il s’est installé dans une aile de l’Hôtel de Valentinois, une demeure entourée d’un vaste jardin, située dans l’actuel 16ème arrondissement. Le bois de Boulogne est à proximité, la Seine également, en contrebas du « village de Passy ». Il ya aussi la Seine dans laquelle on pouvait alors se baigner : « De bon matin , à près de 80 ans, il apprenait à son petit-fils à nager dans la Seine », raconte l’abbé Lefebvre de La Roche. Car Benjamin Franklin est un hygiéniste qui accorde une grande place aux bains (trois fois par semaine il prend des bains minéraux très chauds dans les établissements thermaux de Passy) et à la natation. Son court essai sur L’Art de nager a été traduit et publié en français en 1773. Et c’est peut-être sous l’influence du « Docteur Franklin » que la première école de natation ouvrira ses portes à paris en 1786…

Habiter  Passy, c’est aussi être aux premières loges pour assister aux ascensions en ballon. Après une première ascension réussie à Annonay, en juin 1783, les frères Montgolfier renouvellent leur démonstration à Paris, sur le Champ de Mars, en août de la même année, devant une foule immense et en présence de Benjamin Franklin. Le 20 novembre ce sera la première tentative de voyage aérien habité, du château de la Muette, tout près de Passy, à la Butte aux Cailles, au sud est de la capitale. Notre Américain accueille le soir même chez lui les auteurs de cet exploit, Pilâtre de Rozier et le marquis d’Arlandes.

Les tentatives et exploits s’enchaînent…Un peu moins d’un siècle plus tard, le 5 décembre 1870, le ballon qui s’envole de Paris assiégé par les Prussiens, chargé de cent kilos de dépêches et de six pigeons voyageurs s’appelle Franklin, se posera à Nantes, à plus de 400 kilomètres de la capitale.

Fêté en tant que savant en cette fin du XVIIIe siècle où l’engouement pour les découvertes scientifiques est très fort, Benjamin Franklin l’est aussi comme le défenseur des libertés et l’incarnation de l’égalité, auréolé de la gloire de la révolution américaine.

Le savant, familier des philosophes des Lumières est devenu un des protagonistes de l’imagerie révolutionnaire, à son corps défendant, pourrait-on dire. Mais c’est l’absence de l’homme mesuré, pondéré, qui se fait sentir dans cette période révolutionnaire, comme en témoigne cette lettre de Lavoisier à Franklin : « Que nous regrettons votre absence de France en ce moment, écrit le célèbre chimiste. Vous auriez été notre guide et vous nous auriez montré les limites qu’il ne fallait pas dépasser ». Cette lettre est écrite en février 1790, deux mois avant la mort de Benjamin Franklin.

En juin, lorsque la nouvelle de sa disparition parvient à Paris, Mirabeau monte à la tribune de l’Assemblée nationale pour prononcer un vibrant éloge funèbre de l’Américain ami de la France et décrète un deuil de trois jours. Dans la foulée, l’association des ouvriers imprimeurs, des loges maçonniques, des sociétés savantes, rendent hommage à Benjamin Franklin. « Un homme est mort et deux mondes sont en deuil », entend-on dans l’hommage qui lui est rendu à l’Académie de médecine. Tandis que le café Procope, haut lieu de réunion des philosophes, improvise un service funéraire et lui élève un mausolée … l’émotion est générale.

Le mythe s’était emparé du paisible et pragmatique « Docteur Franklin ». Avant qu’il ne redevienne plus sobrement dans la mémoire collective l’inventeur du paratonnerre, et l’auteur de la fameuse phrase : « Remember that time is money »…

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