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Julio Cortázar (1914-1981)

19 abril, 2013

cortazar

Quoique de parents argentins- avec des origines basques, françaises et germaniques -, Julio Cortázar est né à Bruxelles (par hasard, son père étant employé à l’ambassade d’Argentine) sous un bombardement allemand. « Ma naissance a été très belliciste, ce qui engendra l’une des personnes les plus pacifistes de la planète “.

Arrivé enfant dans la patrie de ses parents, son éducation familiale est assumée par sa mère ; et surtout par sa grand-mère, d’origine juive, qui exerça une influence certaine sur ses différents signes d’identité. Il demeura plus de trente ans à Buenos Aires avant de s’établir à Paris en 1951.

Dans les pampas, la littérature ne s’occupe pas des splendeurs tropicales ni des problèmes du métissage ; on y est plutôt prédisposé à la méditation et aux grands concepts ; disons aux spéculations théoriques, telles qu’elles traversent les contes de Borges. Dans ses premiers livres, du milieu des années 1940, Cortázar s’adresse à l’irréel et à l’invisible : vampires, mutations physiques, de rêves bizarres et de scènes futuristes. Le style rapide, grave, sans méandres, dégage une agréable impression d’étrangeté, tempérée par l’ironie d’un parfait ciseleur. On frémit parfois, mais c’est aussi de plaisir.

Une double rencontre, avec Paris et avec Sibylle, est à l’origine d’un tournant radical dans sa vie et son œuvre. En 1950, lors d’un voyage en bateau, il  entrevoit  Edith Aron, une jeune Allemande d’origine juive, aux cheveux noirs et les yeux verts. Cortázar ne tarda pas à la repérer. La silhouette efflanquée et le visage de grand enfant du jeune garçon n’échappent pas non plus à la curiosité d’Edith. Pourtant, c’est à peine s’ils échangent quelques paroles. Ils se quittent sans même se laisser d’adresse en débarquant au Havre ; quelques jours plus tard, ce que d’aucuns auraient nommé une coïncidence, les fait de nouveau se rencontrer dans une librairie : nouvelle séparation sans se donner rendez-vous ; peu de temps après, la force mystérieuse qui les rapprochait les fait retomber nez à nez.

Julio découvre alors que cette jeune femme au sourire ensorceleur était « vive, compliquée, ironique et enthousiaste » ; autrement dit, irrésistible. Et quand, en 1951, il revient à Paris pour s’y installer, il ne se borne pas à la revoir et à entretenir avec elle une liaison qui, malgré ruptures, réconciliations et une multitude d’intermèdes féminins, durera toute leur vie. Il finit par en faire une héroïne (Sibylle) de son roman Rayuela, publié en 1963. Aussi, Rayuela décrit la rencontre de Cortázar avec Paris. « Paris fit pour moi la secousse existentielle majeure.» Et il ajoute par ailleurs:« On dirait que je suis né pour ne pas accepter les choses telles qu’elles me sont données. » Cette rébellion allait l’accompagner toute sa vie. Sa littérature s’harmonisait avec le mouvement révolutionnaire qui se propageait alors sur le continent et dont le noyau de diffusion était la révolution cubaine. Rien n’est plus logique, donc, que la fascination de Cortázar pour Cuba. Il entretint avec cette révolution une relation fidèle mais aussi critique II défendit ses idées (comme le prouve son admiration pour Lezama Lima, même durant les années dogmatiques de 1970), tout en prenant garde que ses commentaires ne puissent être utilisés par les ennemis de la révolution, ce qui lui vaut de longues périodes de solitude, incompris par les adversaires du castrisme comme par les autorités cubaines.

A partir de Rayuela, l’œuvre de Cortázar s’enquiert d’une autre réalité possible, marquée par le mai 1968 français. Il se radicalise et publie El Libro de Manuel, avec une écriture plus libre et des réflexions sur les nouveaux guérilleros latino-américains, dont il partage les opinions sans parvenir à s’en identifier. Il reçoit le prix Médicis et en remet le montant à la résistance chilienne, participe à la constitution du tribunal Russell pour dénoncer les violations des droits humains et soutient la révolution sandiniste au Nicaragua. Cet alignement passionné donne le jour à des livres qui mêlent essais, expositions et récits, ainsi Dernier Round ; ou des romans à la structure complexe comme Modelo para amar. Amour, révolution et écriture composèrent alors le triangle de l’aventure cortazienne.

Latino-américain par son engagement politique et sentimental aux côtés de Cuba et du Nicaragua, Cortázar  – géant de deux mètres, à la voix douce de baryton, à l’amabilité sans limite-, fut, en plus, français par sa culture et sa nationalité. Sa naturalisation lui fut concédée en 1981 par François Mitterrand, au cours d’un acte hautement symbolique, en même temps qu’à Milan Kundera. Deux déracinés, l’un du Sud, l’autre de l’Est. Il finit ses jours dans sa nouvelle patrie. Selon son biographe, Mario Goloboff, sa qualité fut sans doute d’être « toujours ludique, et toujours, malgré tout, anti solennel ». Ses lecteurs l’on bien compris : depuis un quart de siècle, Paris est le théâtre d’un discret pèlerinage qui peut passer inaperçu au milieu de l’effervescence touristique. Il se déroule au cimetière Montparnasse devant sa tombe. Sur cette sépulture, les fidèles déposent quelques lignes écrites à la hâte sur un bout de papier, convaincus que le sommeil éternel ne les empêche pas de communiquer avec lui. Ce sont des adorateurs venus de tous les coins du monde, et souvent des écrivains.

Sources – José Manuel Fajardo, Le Che Guevara de la littérature. Le Monde Diplomatique, 1 février 2004

– Raúl Silva Caceres, L’Arbre aux figures. Motifs fantastiques dans l’œuvre de Julio Cortázar. [Paris], Éditions L’Harmattan, « Recherches et Documents Amérique Latine », 1996, 240 p.
— L’Arc n° 80 : « Julio Cortázar », 1980, 104 p., illus. [Textes de Julio Cortázar et contributions de Edoardo Sanguinetti, René Micha, Angel Rama, Alain Sicard, Jean Andreu, Alicia Borinsky, Jaime Alazraki, Saúl Yurkievich, Claude Fell, Pierre Mertens, Julio Ortega, Ugné Karvélis.

Ramón Chao. Del libro inédito « Esos metecos que han hecho a Francia »

7 comentarios leave one →
  1. Federico Iribarne permalink
    20 abril, 2013 15:11

    Ramón:

    Muy buena la nota sobre Cortázar.
    Me da la impresión que se le coló un pequeño error en las fechas; ahora, de memoria, sin buscar en internet ni en viejas revistas, creo que Julio murió en 1984, si no me equivoco, año de su setenta aniversario.

    Saludos

  2. 22 abril, 2013 21:26

    Un frío día de invierno de 1984…….

  3. 8 mayo, 2013 9:31

    Cuentas conmigo con otro lector de tu RSS. Acabo de darme de alta
    y me encantará seguir leyéndote.

  4. 10 mayo, 2013 7:43

    Honestamente, me ha sorprendido y entusiasmado
    en el mismo grado

  5. 23 junio, 2013 6:09

    This is my first time pay a quick visit at here and i am really pleassant to read everthing at alone place.

  6. Maria Cristina permalink
    12 febrero, 2014 21:47

    un 12 de febrero de 1984

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