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Femmes en prison. Espagne, année 1940

13 octubre, 2013
cárcel Ventas

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Le 1er avril 1939, le général Franco met fin à la guerre civile d’Espagne (qu’il avait déclenchée en 1936) par un bref discours, écrit, paraît-il, de sa main : « En ce jour, ayant vaincu et désarmé l’ennemi, les troupes nationales ont atteint leurs derniers objectifs militaires. La guerre est finie. » Mots récités et sarcastiquement déformés par les personnages de Voix endormies. Des femmes. En prison pour motifs politiques. Pour elles, la guerre n’est pas terminée, ni dans les montagnes – leurs maris, leurs frères poursuivent la lutte dans les sierras –, ni en cellule. Les historiens estiment que, dans les années d’après-guerre, la répression fit presque autant de victimes que les combats. On chiffre à 200 000 le nombre de morts en prison pour la période 1939-1944. Sans compter, pour la même période, les milliers de civils anonymes raflés et exécutés par les vainqueurs. De nos jours encore, au bord des routes ou dans des champs, on découvre des charniers, témoins silencieux de la barbarie qui suivit la guerre.

Après la victoire fasciste, de nombreux républicains partirent en exil, mais un nombre encore plus important d’entre eux sont restés en Espagne dans le silence, la peur et la marginalité, en une sorte d’exil intérieur. On n’a pas beaucoup écrit sur ces millions d’Espagnols qui, jusqu’à la disparition de Franco, en 1975, vécurent comme séquestrés dans leur propre pays. Désormais les souvenirs se libèrent. Ecrivains et historiens récupèrent des fragments d’un passé caché et réveillent les paroles endormies par la peur.

Il fallait sans doute que le temps fasse son œuvre, que les générations passent. La troisième, celle des petits-enfants, a décidé de rompre le silence imposé dès 1975 par la sacro-sainte « transition démocratique », quand gauche et droite décidèrent de ne pas « réveiller les démons ». Il fallait peut-être aussi que des écrivains trouvent le talent et la force de se hisser à la hauteur de la sombre tragédie espagnole pour nous la rendre dans son exemplaire dimension. Ce fut d’abord Javier Cercas, avec son passionnant Soldats de Salamine (1). C’est maintenant au tour de Dulce Chacón (disparue prématurément en 2003) de rendre – avec quelle poésie ! – les voix endormies des femmes républicaines recluses dans la sinistre prison de Ventas, à Madrid, durant l’abominable après-guerre.

Voix endormies a connu un exceptionnel succès en Espagne, où il a été élu Livre de l’année 2003. Dulce Chacón bâtit, dans une prose somptueuse – le roman est fort bien traduit – inspirée par d’authentiques témoignages, un récit haletant qui mêle lyrisme, tragédie, angoisse, amour et passion. L’amour y est fortement présent dans la fascinante passion d’un couple (Pepita et « El Chaqueta Negra ») contrarié par la guerre. Dulce Chacón crée ou recrée des personnages inoubliables (Reme, Hortensia, Tomasa, Elvira…) et tout un bataillon de militantes républicaines au courage prodigieux. Elles se soutiennent les unes les autres pour supporter les horreurs : froid, typhus, mort des nourrissons enfermés avec elles, humiliations et coups des surveillantes odieuses comme des kapos. Une vie ponctuée par des nouvelles de l’extérieur : exécutions de proches, maladies des enfants, souffrance intolérable de celles qui, catholiques, voient leur Eglise renouer avec les pires moments du passé.

Entassées à dix mille dans des prisons construites pour cinq cents, solidaires et audacieuses, ces femmes républicaines espagnoles ont préféré « mourir debout que vivre à genoux ».

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