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Le côté froid de l’oreiller, de Belén Gopegui

31 octubre, 2013

GopeguiLe Côté froid de l’oreiller, de Belén Gopegui, traduit de l’espagnol par Claude Bleton, Seuil, Paris, 2006, 256 pages, 21 euros.

On connaît Belén Gopegui en France depuis janvier 1999, lorsque les éditions Actes Sud ont publié son Echelle des cartes, suivi de La Cabine d’essayage (avril 1999) et de La Conquête de l’air (2002). Nous avons alors découvert et apprécié son écriture et le ton nostalgique de ses récits.

En Espagne, son style et sa voix sont reconnus comme les plus authentiques et délectables des dernières années. Ce nouveau roman réunit tous les ingrédients pour charmer, une fois encore, lecteurs et critiques : amour, agents secrets, espionnage, et cette prose admirable : « La nuit, nous posons la tête sur l’oreiller ; comme tout ce qui est mou, l’oreiller cède à la pression. Il s’enfonce, se réchauffe. Nous cherchons alors son côté le plus frais et le plus douillet, et c’est le début de quoi ? Là, un événement nous attendrait-il ? Des gens nous attendraient-ils ? Il s’agit de rendre l’imprécis un peu plus précis, car nous sommes faits aussi d’imprécision, de confusion, de flou. » (La réussite de la version en français revient au traducteur, Claude Bleton)

C’est par le « côté froid de l’oreiller » qu’on entre en contact, nous dit l’auteure, avec la pensée des morts, quand l’orgueil nous consume, quand nous méditons avec tristesse sur tout ce que nous avons raté, quand personne ne répond à notre désir.

Dès la première page, on apprend que la jeune Lucía Bahía, d’origine cubaine, agent de la Sécurité d’Etat de son pays, a été tuée lors d’un règlement de comptes dans une rue de la capitale de l’Espagne. Philippe Hull, diplomate américain en poste à Madrid, à la fin d’une carrière pleine de hauts et de bas, a accepté de servir d’intermédiaire avec des agents de la Sécurité cubaine. L’apparition de Lucía Bahía dans sa vie va faire vaciller son engagement. C’est le début d’une histoire d’amour, d’une intrigue politique et d’un imbroglio sauvé de la banalité par la construction narrative de Belén Gopegui. Dans une suite de méprises et de quiproquos, chaque personnage joue son rôle, mais tous sont guidés par le « facteur humain », comme aurait dit Graham Greene.

Ce qui préoccupe Gopegui, c’est moins l’éclat de son texte que les grands problèmes de la vie. Elle nous offre donc un roman politique en rapport direct avec la révolution cubaine, l’évolution du castrisme et l’énigme du futur de ce régime.

Ce roman a soulevé en Espagne une forte polémique. Des lecteurs, au nom du « politiquement correct », n’ont pas accepté les opinions de Gopegui sur la révolution cubaine. Nul n’a mis en cause la qualité littéraire du livre, mais son sujet a dérangé. « Je veux vivre à Cuba, dit Lucía, le seul pays qui, à ma connaissance, n’a pas accepté la loi du chacun-pour-soi. Et qui, jour après jour, essaie désespérément de vivre et de voir si on le laisse vivre sa révolte contre cette loi. » A un moment où beaucoup réclament à cor et à cri la fin du castrisme, il est intéressant qu’un auteur défende, avec courage mais surtout avec un superbe talent littéraire, le droit des Cubains à poursuivre leur voie.

Ramón Chao. Publié dans Le Monde diplomatique, février 2007

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